27

Mes poitrines fumées, nous y voila (enfin, m’y voila, surtout). 27 ans. Après les 23, les 24, les 25 et les 26, je commence à me sentir comme un vieux routard de la blougosphère. Et comme un vieux tout court. Enfin, pas vieux. Grand, surtout. Quand j’avais dix ans (en 1995, donc), 27 ans était le genre d’âge auquel je pensais comme étant hyper lointain. J’imaginais certainement que je vivrais dans un monde totalement métamorphosé, avec des voitures volantes et des hologrammes à la place de la télé, que mes parents seraient des octogénaires à cheveux blancs qui passeraient leurs journées dans des fauteuils à bascule à lire le journal ou faire du tricot, et probablement, aussi, que je serais marié avec trois moutards dans un pavillon de banlieue résidentielle. Non pas que j’avais des projets très précis, hein. Ce qui tend à prouver 1/ que je ne sais pas compter (j’ai bien 27 ans, mais mes parents ne sont pas octogénaires) et 2/ que j’avais une vision un peu faussée de ce que serait mon existence.

La vie est passée par là, en somme, et finalement, 27 ans, c’est encore (presque) l’âge d’une post-adolescence qui s’éternise, à bouffer du MacDo trop souvent, à ne toujours pas être capable de cuisiner un plat élaboré sans bouquin de cuisine en support, à regarder des clips sur MTV comme un teenager fossilisé, à traîner en boîte comme à mes 19 ans, à gérer mon budget mensuel comme à l’époque de l’argent de poche, à regarder des séries en étant trop fan de l’attitude de Kelly et du look de Brandon (ou l’inverse) et à être perçu comme une pauvre petite chose à protéger par ma mère. Est-ce que l’âge adulte débute à un instant précis ? Y a-t-il un rite de passage qui me manque ?
Comme bien souvent pour mon anniversaire, je me demande où j’en suis, si j’ai bien avancé, si j’en suis à l’étape où je « devrais » en être. Et comme à chaque fois que je fais le point, depuis mes 15 ans environ, je regarde ma vie et je me demande : ça commence quand
Désormais je m’impatiente, je suis pressé, je veux tout, tout de suite, j’ai l’impression d’attendre depuis des  siècles. De vivre dans l’appartement où l’on s’installe « pour de bon », de bosser là où je bosserai encore dans quinze ans, de posséder une bagnole, un lieu de villégiature, un chien… Bref, une petite partie de moi, restée bloquée à dix ans apparemment, semble vouloir imiter la vie de mes parents, être aussi sédentaire et installé qu’ils l’étaient à mon âge. Ce qui est bizarre, parce que s’il y a bien une existence que je ne me souhaite pas, c’est la leur. Mais va savoir pourquoi, les schémas de pensée de l’enfance me suivent encore.
Du coup, face à ma vie d’ado attardé qui vit avec trois consoles de jeux vidéos, les CDs de ses quinze ans et ses fins de mois d’étudiante accro au shopping chez H&M, j’ai tendance à me frustrer. Quand j’étais petiot, ma mère m’a surnommé un jour le « jamais content ». Elle m’avait d’ailleurs offert un bouquin (que j’ai perdu) qui portait  ce charmant titre (ça causait d’un poulet qui se plaint qu’il n’a pas de palme, puis se plaint qu’il n’a pas un bec pratique, puis se plaint que son plumage c’est de la merde, et qui finit l’histoire comme un con avec une tronche d’ornithorynque et est encore moins content qu’au début) (bien  fait pour sa gueule) (je vois pas le rapport avec moi, en revanche). Ce doux sobriquet est de plus en plus justifié, toutefois. 
La fin d’année 2011 a été une période bizarrement éprouvante pour moi, en dépit des bonnes nouvelles et autres instants heureux qui l’ont jalonnée. J’ai pris conscience, lors des tous derniers jours de l’année, que j’étais devenu un être fatigué, irritable, jamais content, pessimiste, toujours à pointer du doigt le détail qui cloche sur n’importe qui et n’importe quoi : bref, un mec insupportable. Je ne sais pas vraiment quand je suis devenu comme ça, mais je commence, et c’est la première fois depuis le lycée, à être fatigué de moi-même. Pourtant, j’ai de quoi être content. Je vis désormais dans un vrai appartement, avec une vraie cuisine, séparée du salon, lui-même séparé de la chambre, tout ça. 2011 a été ma première année complète de salarié en CDI, du 1er janvier au 31 décembre. J’ai eu mes premiers vrais projets de vacances, acheté des meubles, continué à voir mes amis tous les quand-je-pouvais. J’ai à peu près géré, quoi. Mais j’ai quand même l’impression de ne pas gérer, de ne pas savoir m’organiser, de ne pas vivre aussi bien, aussi grand, aussi adulte que je le devrais.
L’Homme est un être d’une patience exquise, prêt à tout entendre et à tout comprendre, mais ces espèces de névroses qui m’assaillent régulièrement son très un peu relou pour lui. J’impose beaucoup mes vues, aussi, pour avoir l’impression de contrôler cette existence d’adulte fonctionnel. Je suis très chiant, quoi. J’aime à croire que, dans une certaine mesure, je suis également capable de discuter de tout et de composer avec une pensée, un mode de vie ou une inclination qui ne seraient pas miens. Mais j’accorde quand même une méga priorité à mon point de vue et à mes petites contrariétés. En résumé, je suis en train de me transformer en vieille mule capricieuse. Et je crois que ça va pas être gérable.
Alors ce que je me souhaite pour ma vingt-huitième année, c’est de travailler là-dessus, de ne pas devenir un cliché pour psychothérapeute de riche, et de tenter de parvenir à 28 ans dans un état qu’on pourrait appeler plénitude, mais que pour ma part je résumerai à un mot trop absent de mon vocabulaire : satisfaction.

2 réflexions au sujet de « 27 »

  1. oh mais cette nouvelle année doit être celle des résolutions plutôt que de l'auto analyse négative 😉
    Ton cynisme fait ton charme, et vient aussi équilibrer le super enthousiasme de ton Homme.Vous êtes un beau duo et c'est ça c'est un bel achèvement non?
    Et puis nous on t'aime fort, et des amis cools et aimants c'est un vrai truc d'adulte ca, non? 😉
    Des bisous et à samedi

    ps: MDNA, c'est surtout ca: http://forum.doctissimo.fr/sante/alcool-tabac-drogues/mdna-exactement-sujet_157258_1.htm

  2. J'ai un peu de mal à suivre si c'est MDNA, MDMA ou MDAM, sur ce forum… 😉

    Bon, et sinon, je vais bien, hein, faut pas se fier aux humeurs : elles passent.

    Bises !

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