AlloCiné TV : aimer le cinéma à la télévision

Mes cakes aux cerises confites, tu sais que j’aime ma télé. Bon, certes, depuis quelques années je l’aime à égalité avec le web mondial, sur lequel je passe le plus clair de mon temps, mais il n’empêche que je reste en admiration devant le petit écran du salon depuis ma plus tendre enfance, pour ainsi dire sans discontinuer. C’est qu’il y a quelque chose de magique, dans la télévision, que le web n’a pas encore (du moins sous sa forme actuelle) : la capacité à te scotcher sur la même chaîne, sur le même contenu vidéo, pendant plus de dix minutes d’affilée. Combien de fois as-tu zappé d’une page à l’autre de l’Internet mondial depuis que tu as allumé ton ordinateur aujourd’hui ?

Je te laisse compter, hein.
Bon, tu vois, c’est pas glorieux. La télévision, et plus particulièrement les émissions de télévision (que ce soient les jeux, les talk-shows ou les magazines), a cette capacité formidable à créer, organiser et orchestrer du contenu éditorial sur plusieurs dizaines de minutes, sans que tu n’ailles bâiller sur la Une de L’Equipe.fr ou de ta timeline Facebook au bout de trois minutes. La beauté du web, c’est de t’ouvrir à tant de contenus que tu en as le vertige, et avec les années qui passent, l’incapacité à te concentrer sur un contenu qui ne te captive pas. La laideur du web, c’est de te pousser, du même coup, à une sorte de zapping permanent qui mène les créateurs de contenus tout droit à la surenchère (le troll, le trash, le cul, le lol). La publicité du web est encore plus triste que la publicité « traditionnelle », quand on y pense : pour des sommes parfois indécentes, c’est un clic et une dizaine de secondes de ton attention qu’on va solliciter, en espérant que tu répandras à ton tour, d’un tweet ou d’un commentaire, la bonne parole vers ta propre audience. Plus encore que trente secondes de temps de cerveau disponible, c’est désormais un clic qu’on te mendie en ligne, entre deux pages que tu lis plus ou moins distraitement et que tu auras vraisemblablement oubliées dans une heure.
La télévision a bien des défauts, mais au moins, elle sait te retenir sur une page pendant vingt, quarante ou soixante minutes. En comptant la pub, certes, mais là n’est pas la question. Un type d’émission que j’aime bien, c’est évidemment ce qui touche au cinéma ou à l’actualité musicale. Mais curieusement, c’est le genre de discipline ou le dilettantisme le dispute à l’indigence. Je veux dire, c’est si compliqué que ça de donner la bonne année de sortie d’un album, la bonne prononciation du nom d’un acteur ou l’intitulé exact de la récompense obtenu par telle actrice ? Les aléas du direct ne sont même pas à blâmer pour ces petites erreurs qui, si elles ne sont pas graves, sont souvent perpétrées dans des mini-reportages ou des plateaux enregistrés : c’est dire, si, du coup, ça me gave de voir un animateur (dont c’est le METIER rémunéré, bordel) n’est pas foutu d’avoir des fiches à jour, ou de voir qu’un journaliste a monté son reportage sur un chanteur sans vérifier les données qu’il évoque à l’écran. Parfois, un simple tour sur Wikipédia suffirait, mais il faut croire que c’est un effort trop chronophage.
Un autre problème de ces émissions culturelles de la télévision, c’est évidemment qu’elles sont, bien souvent, soumises à l’actualité promotionnelle. Pour quelques émissions purement critiques (comme Le Cercle, de Frédéric Beigbeder), beaucoup d’émissions plus orientées talk-shows, ou acteurs français et vedettes internationales en promo viennent assurer la tournée des plateaux. Du coup on voit huit fois la même bande-annonce, on entend huit fois les mêmes anecdotes de tournage, on se retape autant de fois la minute « artistique » du pourquoi Machin a fait ce film et pourquoi Bidule a accepter d’intégrer ce sujet à sa filmographie, sur fond de questions percutantes d’Ariane Massenet.
Alors lorsque j’ai vu qu’Allociné lançait « sa » chaîne TV, j’étais un peu circonspect. D’une parce que le site possédait déjà une chaîne TV il y a une dizaine d’année (donc je ne voyais pas pourquoi ça marcherait mieux maintenant), et de deux parce que parler de cinéma à la télévision semble toujours déboucher sur de la critique verbeuse ou de la promo people sans grand intérêt.
J’avais bien tort, mes amis. Après avoir passé un peu de temps sur la chaîne en ce beau week-end de fin d’année, je me suis aperçu que la chaîne d’Allociné avait réussi ce pari étrange et délicat : rapprocher les formats éditoriaux de la télévision et de l’Internet mondial. Les formats, généralement courts (La Minute, Faux Raccord) et tirés de mini-programmes vidéos qui avaient au départ été lancés sur le site d’Allociné, ont le bon goût de s’intéresser à l’actualité du cinéma en salles sans faire la part belle à la promo, ce qui est hautement appréciable. Le soir, une « Grande Séance » permet de découvrir, à l’ancienne, un vieux film qu’on a pratiquement toutes les chances de ne jamais avoir vu (à moins d’aimer regarder le Cinéma de minuit de France 3) (tu sais, le truc qui passe le dimanche soir genre à 2 heures du mat’ et qui a l’air interdit aux films de moins de cinquante ans), précédé d’un dessin animé de Tex Avery. C’est un peu oldies mais ça peut être très sympa, en ces temps de rediffusions multiples où les seules vraies nouveautés sont dans les salles, de regarder, au moins une fois dans sa vie, un film d’Ernst Lubitsch ou de Frank Sinatra (je veux dire, ces mecs, on sait qu’ils ont existé, et avec un peu de chances on sait qui ils étaient, mais combien d’entre nous ont réellement maté leurs films ou achetés leurs DVDs pour les longues soirées d’hiver ?).
Parallèlement, des mini-émissions rythment la grille de la chaîne, en mettant l’accent sur des choses dont on ne parle presque jamais à la télévision, et qui mériterait pourtant notre attention : l’actualité des films « Direct-to-DVD » qui ne connaissent pas le bonheur d’une sortie en salles (généralement des séries B ou Z un peu foutraques, des films qui ont fait un four aux USA à leur sortie, des petits films fauchés, etc.), l’actualité des films tellement nuls qu’ils n’arriveront peut-être jamais chez nous (Escale à Nanarland)… Bref, une chaîne animée par des passionnés, qui ne parlent pas que des films qui font des entrées en salles, qui ne sont pas que des passe-plats pour la promo des stars. Et c’est bien agréable. En tombant deux fois sur la chaîne en deux jours de zapping plus ou moins effréné, je me suis attardé les deux fois, et surtout, les deux fois j’ai appris un truc. Ouep. Les deux fois j’ai vu ou entendu un truc dont je n’avais jamais entendu parler sur une autre chaîne : une info sur un film en salles que je n’avais pas entendue ailleurs, un film dont je n’avais jamais entendu parler et au casting duquel se trouvent pourtant des comédiens que je connais… Bref, c’est bien coule qu’il existe une chaîne faite pour nous parler de ciné en nous APPRENANT des trucs, et sans nous servir l’inévitable interview de Mélanie Laurent ou d’Angelina Jolie de passage à Paris pour faire 15 interviews en 2 heures au Ritz.
Il y a bien quelques petits points à améliorer en termes de qualité d’animation ou de richesse de contenus (on sent encore un  peu les animateurs habitués au format « vidéo pour le web sans vrai plateu et sans thunes ») (et entre les bande-annonces et les mini-magazines, on a tendance à retomber assez rapidement sur un contenu déjà vu), mais au au moins, le peu de contenu qu’Allociné propose sur sa chaîne télé, c’est du vrai contenu critique, analytique et passionné, et pas du recrachage de communiqué de presse. Je leur souhaite vraiment de réussir à équilibrer leur modèle économique et à obtenir une audience honorable.

2 réflexions au sujet de « AlloCiné TV : aimer le cinéma à la télévision »

  1. Je ne pense pas que ce soit très adapté à une consommation fidèle et journalière (les « rendez-vous » sont peu clairs, sauf pour la grande séance de prime time), mais c'est loin d'être la chaîne la plus indigente à mater quand on fait du zapping. 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*