Les César 2012, cru indécis

Où l’on reparle de Jean Dujardin (oui, on radote, sur ce blog). Je me demande quand la presse va se calmer autour de la bonne santé du cinéma français, qui a ces derniers mois vu un certain nombre de films sortir sous les acclamations de la critique et du public (au hasard, tous les films français présentés à Cannes en mai dernier, avec une forte appétence pour ceux qui y ont glané un prix). Pas de grosses surprises, donc, dans la liste des principaux films nommés aux César 2012. Mais du coup, parmi tous ces films très très chouchoutés, c’est avec bien des difficultés que des favoris émergent. Les pauvres loulous de l’Académie ont dû ramer comme des jumeaux Winklevoss pour réussir à mettre de l’ordre dans tout ça… 

Une chose est (presque) sûre, ça va être compliqué de voir un film plafonner à plus de 4 ou 5 César, et donc dominer outrageusement la compétition. Rien que Polisse, qui est en compétition avec lui-même dans une bonne moitié de ses nominations, donne le ton. Et puis, il y a cette nouvelle manie, très « Ecole des Fans », de coller 7 nommés au lieu de 5 dans les grosses catégories, aussi. Du coup, le jeu des pronostics (auxquels je suis toujours aussi médiocre) va probablement, cette année, être encore plus risqué que d’habitude…
Meilleur film

La guerre est déclarée
Le Havre
The Artist
Polisse
L’Exercice de l’État
Pater
Intouchables

Sept nommés, dont six films présentés à Cannes en mai 2011… Voila voila… On a une relation un peu idolâtre à notre plus célèbre festival, quand même. Le film le plus nommé de la soirée, Polisse, a de bonnes chances de s’imposer, tant il symbolise les progrès effectués par sa réalisatrice Maïwenn, en seulement trois films (Pardonnez-moi, Le Bal des actrices, et donc celui-ci), dans le traitement de ses thèmes de prédilection, la façon dont elle se met en scène, le talent de directrice d’acteurs qu’elle montre… Je ne vois que The Artist ou le très très surestimé La Guerre est déclarée (outsider de luxe) pour lui ravir ce prix. Le phénomène Intouchables est en embuscade, mais j’y crois moins. N’empêche, le choix final me semble avoir rarement été aussi indécis.
Meilleur réalisateur

Alain Cavalier pour Pater
Pierre Schoeller pour L’Exercice de l’État
Valérie Donzelli pour La guerre est déclarée
Michel Hazanavicius pour The Artist
Éric Toledano et Olivier Nakache pour Intouchables
Aki Kaurismäki pour Le Havre
Maïwenn pour Polisse

Cela a de bonnes chances d’être pour Michel Hazanavicius et son projet un peu fou et arty au départ, devenu blockbuster malin par la force des choses : le prix cannois remis à Dujardin par Robert De Niro, et le succès international permis par la jolie parade du muet. Y’a pas à dire, c’est un coup de génie : un film français (France = berceau du cinéma mondial) muet (= pas besoin pour les américains d’entendre des gens baragouiner en étranger, ni de lire les sous-titres), et en noir et blanc (= élégance, climat film d’auteur assuré), dont l’intrigue se situe à Hollywood (= le rêve américain chez nous, et l’hommage flatteur à leur cinéma, chez eux). Bref, c’est le produit le mieux marketé de l’année 2010-2011. Après les Golden Globes et les BAFTAS, on est obligés de récompenser Michel Hazanavicius d’une manière ou d’une autre. Si ce n’est pas le prix du meilleur réalisateur, ce sera celui du meilleur film. Ou les deux.
Meilleur acteur

Sami Bouajila, dans Omar m’a tuer
François Cluzet, dans Intouchables
Jean Dujardin, dans The Artist
Olivier Gourmet, dans L’Exercice de l’État
Denis Podalydès, dans La Conquête
Omar Sy, dans Intouchables
Philippe Torreton, dans Présumé Coupable

A petit feu, le genre du biopic envahit le cinéma français : ça se voit un peu dans les nominations de ces messieurs. On se désespère que Denis Podalydès l’obtienne un jour, mais ce ne sera pas encore pour cette année (à sa décharge, il est à peu près le seul élément positif de La Conquête, qui n’aura pas l’occasion de concourir au César des meilleurs brushings). Si on veut faire semblant de flipper deux minutes, on peut imaginer qu’Omar Sy peut gagner, vu qu’il a gagné un Prix Lumières et un Globe de Cristal pour Intouchables. Mais en vrai, c’est comme pour Cotillard en 2008 : on ne peut pas décemment snober une performance reconnue à l’international, donc ça va être pour Jean Dujardin.
Meilleure actrice

Bérénice Béjo, dans The Artist
Leïla Bekhti, dans La Source des femmes
Valérie Donzelli, dans La guerre est déclarée
Marina Foïs, dans Polisse
Marie Gillain, dans Toutes nos envies
Karin Viard, dans Polisse
Ariane Ascaride, dans Les Neiges du Kilimandjaro

Karin Viard et Marina Foïs tirent donc leur épingle du jeu dans le film de Maïwenn ? Genre elles ont des rôles plus importants ? Plus de scènes ? Non, pas vraiment, bien sûr. Mais elles ont probablement plus marqué le public et les votants, grâce à leurs dialogues assez savoureusement choisis dans le film, et bien sûr grâce à la très forte et très dérangeante scène dite « de Facebook ». Mais pour mettre tout le monde d’accord, une Valérie Donzelli a le profil idéal de la fausse outsider (cf. Marina Hands, Yolande Moreau, Sylvie Testud) qu’on n’avait pas trop vue venir parce qu’elle n’était pas assez mainstream mais qui a quand même capté l’attention des votants. J’avoue qu’un deuxième César pour la toute mignonne Leïla Bekhti me ferait plaisir, cependant. Mais alors là, ce serait une sacrée surprise. 
Meilleur premier film

17 filles
Angèle et Tony
Le Cochon de Gaza
La Délicatesse
My Little Princess

Je vois bien Le Cochon de Gaza, qui a fait son petit bruit au moment de sa sortie, s’imposer. La Délicatesse n’est pas un film désagréable à regarder (notamment grâce à la performance étrangement nuancée mais drôlatique de François Damiens), mais ce n’est pas à proprement parler un « bon » film, et il a clairement bénéficié de son statut d’adaptation de best seller. Peut-être 17 Filles ?

Meilleur film étranger

Black Swan, de Darren Aronofsky
Le Discours d’un roi, de Tom Hooper
Drive, de Nicolas Winding Refn
Le Gamin au vélo, de Jean-Pierre et Luc Dardenne
Incendies, de Denis Villeneuve
Melancholia, de Lars Von Trier
Une séparation, d’Asghar Farhadi

Plusieurs choix s’offrent à nous. Incendies, le choix de l’exigence. Drive, le choix de la hype. Le Discours d’un Roi, le choix de l’académisme. Black Swan, le choix de l’audace visuelle… Ou Une Séparation, le choix de l’évidence.
Meilleur film d’animation
Joann Sfar a la cote auprès de l’Académie : ça sent bon pour Le Chat du Rabbin, qui était par ailleurs très sympathique. Un Monstre à Paris, porté par l’aura de Mathieu Chédid et de Vanessa Paradis, a quand même une chance de lui faire de l’ombre. Mais bon.
Meilleur acteur dans un second rôle

Michel Blanc, dans L’Exercice de l’État
Nicolas Duvauchelle, dans Polisse
JoeyStarr, dans Polisse
Bernard Le Coq, dans La Conquête
Frédéric Pierrot, dans Polisse

Obvious choice is obvious. Venez tous assister de vos yeux ébahis à l’intronisation de JoeyStarr dans le gotha du showbiz respectable. En plus, c’est mérité.
Meilleure actrice dans un second rôle

Zabou Breitman, dans L’Exercice de l’État
Anne Le Ny, dans Intouchables
Noémie Lvovsky, dans L’Apollonide (Souvenirs de la maison close)
Carmen Maura, dans Les Femmes du 6e étage
Karole Rocher, dans Polisse

Karole Rocher avait l’une des meilleures scènes du film Le Bal des Actrices il y a deux ans. Ce serait intéressant que ce soir pour elle, cette année. Mais la favorite, dans cette catégorie bizarrement pas hyper relevée (ou trop ?), ce sera Noémie Lvovsky pour son rôle de tenancière de bordel dans L’Apollonide (Souvenirs de la maison close)
Meilleur espoir masculin

Nicolas Bridet, dans Tu seras mon fils
Grégory Gadebois, dans Angèle et Tony
Guillaume Gouix, dans Jimmy Rivière
Pierre Niney, dans J’aime regarder les filles
Dimitri Storoge, dans Les Lyonnais

Le seul dont je me souviens qu’il ait « marqué » les gens et les médias lorsque son film est sorti, c’est Guillaume Gouix dans Jimmy Rivière. Pierre Niney, qui a déjà quelques films sous le pied et une petite notoriété, a également un joli potentiel de gagnant.

Meilleur espoir féminin

Naidra Ayadi, dans Polisse
Adèle Haenel, dans L’Apollonide (Souvenirs de la maison close)
Clotilde Hesme, dans Angèle et Tony
Céline Sallette, L’Apollonide (Souvenirs de la maison close)
Christa Théret, dans La Brindille

Christa Théret bénéficie peut-être encore de l’effet LOL. Adèle Haenel aurait pu l’avoir pour Naissance des pieuvres en 2008. Si Clotilde Hesme avait dû l’obtenir, entre Les Chansons d’Amour et Mystères de Lisbonne, elle l’aurait déjà… Naidra Ayadi a une seule scène significative (mais quelle scène !) dans Polisse… Du coup, je serais assez tenté de préférer Céline Sallette, le rôle le plus intéressant et le plus approfondi de L’Apollonide. Mais s’il fallait miser, je dirais Adèle Haenel.

4 réflexions au sujet de « Les César 2012, cru indécis »

  1. J'ai pas encore fait mes pronostics ! Je les grifonnerai sur un bout de papier. Au moins, les César sont toujours moins prévisibles que les Oscars. Pour les actrices notamment, difficile de se prononcer.
    Ca va me faire un peu chier si Polisse rafle la mise, mais c'est effectivement une très forte personnalité. Joey Starr, mérité… mouais… il est très bien, sauf quand Maïwenn l'embarque dans ses scènes à elles où ce ridicule déteint du coup presque sur lui (la scène de la boîte de nuit, ralala, et le repas de famille, pfffff…)

  2. C'est vrai que chez les actrices, c'est compliqué. J'ai quand même remarqué que les César aiment bien les outsiders dans cette catégorie : une actrice considérée comme « grande actrice française » (Deneuve, Huppert, Binoche) perd souvent contre une égérie un peu intello / underground qui a fait le film de sa vie ou qu'on doit homologuer avant qu'elle ne passe dans la catégorie des « grandes » (Isabelle Carré, Sara Forestier, Elodie Bouchez…). D'où mon pronostic sur une Valérie Donzelli quasiment sortie de nulle part en 2011 (du moins aux yeux du grand public). 😉

  3. Oui. enfin, pour rappel, moi j'avais pas trop aimé (euphémisme) le lourd drame de Valérie Donzelli, donc sans regrets de ce côté-là. En revanche, je reste furieux qu'Omar Sy ait piqué le César qui revenait de droit, assez clairement, à Dujardin (ou alors Olivier Gourmet à la limite, vu que je suis en overdose de Jean Dujardin depuis les Oscars).

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