Se souvenir de Whitney Houston

Mes currys d’agneau, il est difficile de commencer la semaine sans causer de la malheureuse Whitney Houston, décédée ce week-end dans une baignoire de chambre d’hôtel. Une fin idéale pour la postérité, si tu veux mon avis. En plus, faire ça la veille des Grammy Awards, c’est tellement diva. Non pas que je pense qu’elle l’a fait exprès, hein. Enfin, ça, on sait pas encore. Les semaines à venir seront certainement agitées autour de cette question, et je pense qu’on aura droit à un cirque similaire à celui qui a entouré la triste de fin de Michael Jackson : qui était son médecin, qui lui fournissait ses médocs, où était son staff, est-ce que tout est de la faute de Bobby Brown… Bref, entre la guéguerre médiatique des ayants-droits, le premier pilou qui publiera une biographie non-autorisée genre « Whitney, l’ange brisé » ou « Into the Whitney mystery », les très probables thèses plus ou moins foireuses qui vont émerger (suicide, accident, surdose, meurtre orchestré par la CIA) et la haine des fans qui devra bien se déverser sur quelqu’un, on est bien partis pour quelques mois de classe internationale. Whitney aurait adoré.

Ce qui est triste, dans cette histoire, c’est que Whitney était finie, que c’était plus ou moins considéré comme acquis, mais qu’on va probablement, chez Arista Records, comme pour les autres chanteurs morts, chercher à déterrer des faces B et des enregistrements non officiels pour les « offrir » aux fans éplorés (qui viennent apparemment de réveiller du coma dans lequel ils étaient plongés depuis 1998). Autant, pour une Amy Winhouse qui était en train d’enregistrer son album, c’est glauque mais why not ; autant pour une Whitney qui n’avait vraisemblablement rien en cours, ça relèvera de l’exploitation commerciale moche et inutile. Je veux dire, vu ses performances des dernières années, faut-il vraiment aller chercher un inédit posthume de Whitney Houston à diffuser à la radio ? Les radios et robinets à clips n’en voulaient plus de son vivant, pourquoi est-ce que ce serait devenu meilleur maintenant qu’elle est morte ?
Je n’ai jamais été un grand fan de Whitney, dont je ne connais bien, en définitive, que la période Bodyguard (B.O. de film la plus matraquée de la planète) et le dernier sursaut My Love Is Your Love (dernier album avant un best of qui, on l’ignorait encore, enterrait sa carrière en grandes pompes). Me manquait-elle ? Un  peu, mais quand je me posais la question, je me demandais ce qu’elle aurait bien pu foutre dans le paysage pop des années 2010, la pauvrette.  La triste vérité, c’est que, comme un Michael Jackson à l’heure de son décès, les grandes années de Whitney Houston étaient derrière elle. Ce qu’elle avait de meilleur à offrir à la musique pop et à l’industrie du disque, elle l’avait déjà offert. Elle aurait pu tenter plusieurs come backs un peu ratés comme celui de 2009 si elle le voulait, je pense qu’elle n’aurait plus jamais tutoyé les sommets atteints à la fin des années 80 et au début des années 90 (essentiellement avec la B.O de Bodyguard). Elle serait restée en retrait, soutenue par une base de fans très solide à travers le monde, mais plus jamais « mainstream » au point de connaître de gros succès publics. Du coup, voulons-nous vraiment voir le cadavre encore fumant de Whitney Houston devenir une bête de cirque dont on essayera d’exploiter jusqu’à la dernière petite note enregistrée en studio ? Le dernier album de Michael Jackson, bien aidé a priori par son décès, est-il vraiment le sommet de ventes qu’on pouvait espérer ? Est-ce que c’était sa meilleure came (sans jeu de mot lolesque) ? Les chansons qu’on retiendra de lui dans trente ans ? Non, bien sûr. Idem pour une Amy Winehouse. C’est bon pour les fans, mais pour la postérité, dans la musique pop, seul le mainstream vous offre l’accès à l’éternité.
Whitney Houston était devenue une icône triste, dont on voyait la discrète déchéance la porter, doucement mais sûrement, vers une retraite forcée, ou une mort un peu sordide, donc. Pour ma part, si je suis un peu plus surpris par ce décès que par celui de Michael Jackson (que j’aurais difficilement imaginé avoir un jour 75 balais), je ne suis pas non plus sur le cul. Je veux dire, cela fait des années qu’on n’entendait plus parler de Whitney Houston que pour ses problèmes de couple, de divorce et de drogues. Drogues dures ou douces, on ne savait jamais trop, mais il était connu de tous qu’elle était gentiment accro et notoirement incapable de décrocher durablement, même contre la promesse de lui organiser le come back du siècle. La pauvre chose était devenue un sujet de blagues (cf. MadTV), et son hypothétique retour au premier plan, après moult annonces, a un peu fait pschitt en 2009. Dommage mais tristement prévisible.
Au final, je me doute bien que sa mort générera quelques rééditions et inédits, mais ce qu’il faudra retenir de Whitney Houston, c’est avant tout qu’elle aura été une reine de la pop, et le maître étalon du R’n’B contemporain… il y a plus de vingt ans, donc. Alors que son lucratif parcours a fait de nombreuses émules dans le registre des « chanteuses à voix » (aurait-on eu Lara Fabian, ou Christina Aguilera, sans Whitney Houston ?), elle était aussi, malheureusement, à ranger dans la catégorie de ces chanteuses de variété pop un peu « premier degré », qui font de beaux produits pop bien calibrés mais qui ne prennent jamais le risque de la vulgarité, de la provoc’, ou simplement d’un tournant musical un peu alternatif (contrairement à sa rivale des 90’s, la grosse Mariah Carey, qui a su – ou pu – prendre le virage de la « grosse pouffe qui n’a plus besoin de prouver qu’elle a du talent et qui peut donc se permettre d’être une grosse pouffe »). Whitney Houston, c’est typiquement le genre d’artiste dont le public vieillit avec elle, mais qui aurait été bien en peine de conquérir de nouvelles audiences de nos jours. Pas étonnant que, musicalement, elle n’ait pas survécu à l’an 2000.
Voila, c’est froid et méchant, mais je crois qu’il serait sain de ne pas en faire trop autour du décès de Whitney Houston, d’être triste comme il convient de l’être quand une femme a priori saine de corps et d’esprit finit par succomber à ses mauvaises habitudes à 48 piges, mais de se rappeler que, contrairement à d’autres, elle n’a pas été « abattue en plein vol ». Mourir en pleine gloire et en pleine santé, c’est moche mais excellent pour la postérité. Mourir après ses heures de gloire, c’est beau et tragique comme de dire adieu à sa jeunesse. Ce week-end, j’ai dit au revoir à des souvenirs d’enfance que j’estime être très chanceux d’avoir. Je fais malheureusement partie de la génération qui l’a plus longtemps connue en mauvais état qu’en pleine gloire, mais cette gloire-là avait de la gueule.

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