Philippe Lellouche accouche d’une publicité Herta d’1h34

Le piège des invitations aux Avant-Premières. On a l’impression qu’on est convié au saint des saints avec tout le gratin parisien, alors qu’en vrai on fait juste du remplissage dans une salle de La Défense où la séance risquait de ne pas afficher complet. Quand tu as une carte UGC et qu’on t’invite à des avant-premières qui, de toute façon, sont accessibles au quidam qui se pointe au ciné dix minutes avant la séance (du moment qu’il raque ou qu’il dégaine sa carte UGC Illimité), tu dois te méfier. Pourtant, la mécanique est bien pensée : tu es flatté car personnellement invité par un mail automatique, tu te pointes, tu es bien installé, et le réalisateur arrive, sous tes yeux, avec sa main droite tenant un micro, et sa main gauche qui semble te tendre son petit cœur encore battant… Comment pourrais-tu, suite à ça, trouver que son film est nul à ch’ ? Il faudrait que tu n’aies, toi-même, pas de cœur…

Bon, ça tombe bien : de cœur, moi, je n’en ai pas trop. C’est pas que je me suis fait chier devant Nos plus belles vacances, non. Mais alors qu’est-ce que j’ai soupiré de consternation…
Le pitch : « Juillet 1976, année de la canicule. Claude, juif d’Algérie arrivé en France quinze ans plus tôt, emmène sa jeune femme Isabelle, ses deux garçons et sa belle mère en Bretagne. C’est Isabelle, ayant pris Claude en flagrant délit d’adultère, qui a choisi pour les vacances le petit village où elle est née. Dès le lendemain de leur arrivée, Bernard et Bernadette, Jacky et Marie-France, deux couples d’amis, les y rejoignent. Au Rocher Abraham, ils sont accueillis avec méfiance par les autochtones à l’accent rugueux comme leurs mains… »

Euh ok.

L’Homme était présent à côté de moi, et lui il s’est carrément offert une petite sieste, bien calé dans son siège, assuré qu’il était que je lui secouerais le bras gauche s’il se mettait à ronfler.
A la base, je ne suis pas un gros fan de Philippe Lellouche, surtout remarqué dans ses pièces de théâtre avec sa femme Vanessa Demouy, puis récemment dans un second rôle naze dans le plus mauvais film de l’année 2011. Le grand public aura pu relever qu’il était également le frère d’un acteur qui est à l’affiche d’environ 58 films par an au cinéma, Gilles Lellouche (le Kad Merad sexy), et qu’il était vaguement homophobe sur les bords (ou juste bêtement maladroit / dramatiquement bête) (comme 70% des Français, ai-je lu récemment). Mais bon, si on peut reconnaître à Lars Von Trier son talent en dépit de ses déclarations stupides sur les nazis, on peut laisser une chance à Philippe Lellouche de nous prouver qu’il peut être un bon cinéaste, non ?

Le problème, c’est que là, le Philippe ne nous aide pas beaucoup à être indulgents. Si on sent bien que c’est un film de potes et qu’ils se sont marrés à le faire (en gros, c’est toute l’équipe des deux pièces de théâtre de Philippe Lellouche, Le Jeu de la Véritéet Boire, fumer et conduire vite, qui se sont réunis pendant un été pour faire un film ensemble), dans la salle, on a un peu envie de se pendre.

Pour une réplique à peu près marrante de Gérard Darmon ou de Christian Vadim (fils de), c’est poncif sur poncif, et réplique de merde sur situation éculée, avec ambiance téléfilm de France 3 à la clé. Le pire du pire ? Les scènes avec les enfants (qui jouent tous comme des pinces à linge), qu’on croiraient toutes tirées d’une publicité Herta. A chaque fois que l’un d’eux apparaissait dans sa culotte courte vintage, à courir dans les prés ou à remonter la rivière sur un radeau en bois, je m’attendais à entendre une flûte de pan nous souffler le fameux air des saucisses Knacki, pendant que les mioches seraient retournés chez leur mère réclamer des mouillettes avec du jambon blanc dessus pour bouffer les œufs à la coque de la fermière du coin.

Nos plus belles vacances, la bande-annonce officielle



Chez les adultes, ce n’est guère mieux, avec des couples aussi peu crédibles que bons à baffer, notamment Vanessa Demouy et Julie Bernard, carrément mauvaises (on peut minauder et articuler ses répliques très fort au théâtre, les filles, mais au ciné ça sert à rien), tandis que Nicole Calfan se débrouille comme elle peut avec la partition merdique qu’on lui a confiée, à base de secret lourdingue même pas digne d’une saga d’été de TF1 et de romance vaguement grotesque avec Jackie Berroyer. Claude et Isabelle se font la tronche pendant les trois quarts du film, et à la fin ils s’embrassent parce que Claude est devenu sympa au contact des braves villageois et qu’il a (un peu) arrêté de penser comme un commerçant juif avide d’argent (j’exagère, mais à peine). Reste la mise en scène, assez basique, qui culmine dans une risible scène de réconciliation en clair obscur entre les deux « héros » du film, qui en profitent pour nous réciter du Marc Lévy pour parler des épreuves traversées par leur couple. Certains riront peut-être des clichés sur les paysans bretons, mais je pense que d’autres lanceront une fatwa contre le malheureux Philippe Lellouche.

Et puis d’abord, c’est quoi ce titre, « Nos plus belles vacances » ? Un épisode d’Une Famille Formidable ou de Famille d’Accueil ? Loin de moi l’idée de snober les films français à tendance familiale, mais on a tort de considérer que c’est un sujet intéressant par principe. C’est un sujet intéressant si on explore des relations inhabituelles, des sentiments ambivalents chez les personnages, voire s’il se passe quelque chose d’exceptionnel, de tragique, d’inhabituel, de spectaculaire, que sais-je, et qu’on obtient des indices qui permettent de comprendre pourquoi, à la fin du film, ils n’en sont plus au même point qu’au début. Si, comme dans le cas de Philippe Lellouche, on n’a rien de bien folichon à raconter à part trois clichés Herta sur le patois et la générosité des gens du cru (même s’ils sont un peu concons et antisémites quand même), alors il faut compenser par des qualités d’image, de mise en scène, de narration, de beauté photographique, ou au moins par des acteurs et des dialogues qui réussissent à t’embarquer à travers l’absence de scénario. On peut n’avoir qu’une bonne histoire à raconter et réaliser comme une tourte, ça peut quand même donner un film sympa. On peut avoir une mauvaise histoire (ou même pas d’histoire du tout) à raconter, si c’est beau et que ça réussit à nous interpeller sur la manière de montrer ou de raconter les choses au spectateur, l’expérience reste intéressante, parfois même agréable. Si on n’a ni une bonne histoire ni une patte de réalisateur, c’est pas du cinéma qu’il faut faire.




On sauvera éventuellement de ce naufrage Julie Gayet (jamais vraiment mauvaise de toute façon), et le numéro étonnant quoique très cliché aussi de David Brécourt, en idiot du village qui ressemble un peu à mon père bourré, mais qui a au moins le mérite d’être aux antipodes de Baptiste, le brillant chirurgien de Saint-Tropez de Sous le Soleil, qui était marié avec Jessica, la danseuse américaine qui était devenue maire de Saint-Tropez en trois épisodes, avec laquelle il avait adopté un gamin noir qui était devenu star du R’n’B trois jours après s’être fait larguer par une de ses profs du lycée (ce qui lui avait alors inspiré une chanson d’amour sur la douleur qui s’était transformée en single à succès), tandis que lui-même avait fini par se barrer de son obscure clinique de Saint-Tropez pour devenir professeur à Harvard deux semaines plus tard (et probablement Maire de New York puis Président des Etats-Unis depuis…). Au moins, David Brécourt sait mettre un frein à son ascension sociale fictive. Pour le reste…
Le film de Philippe Lellouche se veut autobiographique, en hommage à son papa. Mais honnêtement, il sent surtout la condescendance parisienne et la nostalgie rance. J’ai réussi à rester éveillé jusqu’au bout, pas parce que l’histoire était bonne ou bien racontée (il me semble avoir précisé qu’elle ne l’était pas) (faut suivre, hein), mais bien « grâce » aux nombreuses scènes qui étaient si ridicules qu’elles me mettaient mal à l’aise… Dans le genre film choral sur la famille en vacances, préférer Le Skylab ou Nos enfants chéris, qui avaient compris que ces situations ne sont pas à montrer et répéter telles quelles au public, mais bien qu’elles disent quelque chose sur  l’humain, qui va bien au-delà des faits mis en scène. Nos plus belles vacances nous dit seulement que quand on est un peu bourge et qu’on part en vacances tous les étés, qu’est-ce que ça fait des souvenirs sympa, quand même. Ah bah ouais, tu l’as dit Henri !
Note :4/20
Est-ce que je te recommande d’y aller : Oui bien sûr ! Ça vaut largement la place de ciné à 10 euros ! 

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