Sex and the City, franchise fatiguée

Mes clafoutis au pruneau, je ne vais pas jouer l’ex-fan blasé avec toi : aujourd’hui, dire que Sex and the City est une série superficielle, débile et overrated, c’est un peu comme faire genre que t’as pas kiffé Titanic en 1997 et clamer que Leonardo DiCaprio a l’air neuneu dans le film. En gros, c’est pas crédible : on se souvient tous qu’on matait les épisodes sur M6 en troisième partie de soirée, qu’on trouvait ça novateur et subversif à l’époque (rappelons quand même que quand ça a commencé, la série féminine qui servait de maître-étalon était Ally McBeal, et que Britney, Xtina, Paris Hilton ou Lindsay Lohan n’étaient pas encore devenues des épaves hyper-médiatisées contribuant à blaser l’audience mondiale face aux frasques soit-disant choquantes des nénettes supposément glamour), et qu’on a acheté les DVD comme des blaireaux parce qu’on se reconnaissait trop dans les aventures sentimentalo-cochonnes de ces quatre pédés coincés dans des corps de femmes héroïnes modernes…

Aujourd’hui, revoir des épisodes de Sex and the City a quelque chose de douloureux. Non seulement parce que ça a mal vieilli (trop de fashion = trop d’ancrage dans une époque précise = horreur quand on voit comment Carrie osait se saper), mais surtout parce qu’on en a tous marre.
Déjà, il y a eu les 854 rediffusions sur M6, Teva et consorts. Et puis les films : le premier, pas terrible, le second, carrément atroce (crypto-raciste, pas drôle, pas subtil, juste bêtement et méchamment concentré sur les aventures sentimentalo-friquées de quatre bourgeoises qui ont perdu toute subversion depuis longtemps pour devenir les lisses héroïnes idéalistes d’une comédie romantique hollywoodienne basique) (tout ça pour ça, franchement, ça valait le coup d’être subversives, les connasses…).
Et maintenant, voila donc que s’annonce la série reboot, pour la rentrée de septembre 2012 de la CW : The Carrie Diaries. Avec AnnaSophia Robb, alias ASR, la nouvelle SJP, subtilement affublée d’un tutu qui rappelle irrésistiblement celui du générique originel, et au look d’ores et déjà bien trop moderne et pas assez démodé pour évoquer clairement la mode de la fin des années 1980 (années lors desquelles Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte avaient environ vingt ans). En gros, la série qui, faute de pouvoir lancer les filles sur le chemin de Cougar Town après les avoir toutes mariées et rangées en banlieue chic new yorkaise, va nous narrer la jeunesse de Carrie, avant puis quand elle a rencontré ses trois copines, et probablement l’espoir de connaître un peu leur background familial (même si on s’en tape complètement, au fond). On imagine bien un faux suspense sur le pourquoi du comment elles sont devenues potes (est-ce qu’elles se sont toutes appréciées dès le début, est-ce qu’elles ont été rivales, etc.) : une sorte de How I Met mes biatches, quoi.
Mais honnêtement, quel intérêt ?
Déjà, on en a tous marre de Sex and the City, et puis franchement, que peut apporter une telle série à l’univers, à la « mythologie » SATC ? Le risque est gros de réécrire l’histoire, de leur faire rencontrer de nouveaux « hommes de leur vie », de nouveaux Mister Big & Cie, de nouvelles interactions avec des personnages qui, bizarrement, seront totalement sortis de leurs existences dans le New York de 1998. Je crains aussi qu’on leur invente des souvenirs jamais évoqués dans la série de base, des frères et soeurs jamais réapparus par la suite (par exemple, le père de Carrie, supposé avoir abandonné sa famille quand elle avait trois ans… et qui a déjà été casté pour The Carrie Diaries), et qu’au contraire on occulte des souvenirs évoqués dans la série originelle (leur copine incontrôlable Laney, l’avortement de jeunesse de Carrie…). Et, enfin, que cette série ait besoin d’une fin, qui sera nécessairement un happy ending…
Alors que la fin de l’histoire, on la connaît. Donc pourquoi ?? Ok, pour l’audience, pour le public en manque de ses ex-idoles, pour la pub, pour le fric. 
Mais franchement, Candace Bushnell, faire divorcer nos quatre connasses et les relancer sur le marché du célibat et du cul débridé, est-ce que ça n’aurait pas eu plus de gueule ? Au final, la grosse déception de Sex and the City, c’est de nous avoir vendu de la subversion et de l’image moderne et indépendante de la femme, pour au final ne faire de ses héroïnes que de fragiles donzelles romantiques, monogames et fleur bleue, qui se sont sagement mariées et rangées avec de riches lourdauds qui financent leurs robes de créateurs et leurs shoppings compulsifs. Bref, tout ce qu’elles étaient supposées reléguer au rang de sous-crottes humaines anti-émancipation féminine lorsque la série de Darren Star a commencé. Et je vois mal The Carrie Diaries renverser le cours d’une histoire qui, aussi sympa qu’elle ait été à vivre, a déjà connu son piteux épilogue…

5 réflexions au sujet de « Sex and the City, franchise fatiguée »

  1. Se marier et croire à l'amour n'est pas le contraire d'être une femme moderne et libérée. Offrir à ses héroïnes une sexualité débridée toute leur vie, ce serait offrir au téléspectateur du désespoir en barre, et ça n'a jamais été le but de Sex and the City. Après, la série, c'est de la merde, j'en conviens.

  2. Le message de base de Sex and the City, du moins dans les premières saisons, c'était que les relations et les expériences sexuelles parsemaient le parcours des femmes et des hommes occidentaux modernes, et qu'il n'y avait pas de quoi avoir honte de s'être tapé la moitié de New York pour trouver chaussure à son pied. En attendant d'avoir trouvé chaussure à son pied, être célibataire ne fait pas non plus de vous une lépreuse. Et quand on a trouvé chaussure à son pied, avoir envie de se marier peut être une étape naturelle (pour une nana comme Charlotte) ou pas forcément nécessaire (pour les trois autres)…

    Or, au final, ils ont marié tout le monde, et les héroïnes ont fini par vachement ressembler, surtout dans les films, aux bourgeoises mariées qui leur servaient d'antagonistes ou de repoussoir dans les premières saisons de la série. La vie sexuelle de Carrie n'a plus aucun intérêt à partir de la saison 5, voire avant, et de « Sex », la série passe finalement à « Relationships in the city ». Même Samantha a fini par rentrer dans le rang de la monogamie, avant de redevenir, pour qu'il se passe quand même un truc intéressant dans le second film (et pour justifier à nouveau la présence du mot sex dans le titre), une célibataire libre et capable d'explorer de nouvelles pistes amoureuses.

  3. On a beau dire « sex and the city » reste comme même culte dans sa façon de traiter le féminisme et les femmes… avant on a toujours eu des séries gnangnan style ally mc beal. Après que ce soit devenu naze au bout de x saisons, je veux bien mais la série reste plaisante à regarder. Aujourd'hui la mode est aux remakes les plus improbables (« dallas » !!!!!!!), « sex and the city » doit subir le même sort. J'en ai peur d'avance.

    Fareed

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