Don’t Trust The Bitch in Apartment 23

ABC se porte très bien ces derniers temps, l’air de rien. Alors oui, ils vont perdre Desperate Housewives dans quelques semaines et ils se sont un peu plantés avec Pan Am, mais ils ont la version US de Wipeout (qui est perfection), Modern Family, Happy Endings, Revenge, Dancing With The Stars, Body of Proof, Castle (deux de mes marottes actuelles s’étant glissées dans cette liste)… Bref, ça va plutôt bien. Du moins de mon point de vue. Mais c’est pas comme si je faisais les audiences à moi tout seul, hein. Surtout en matant tout ça en streaming. Mais en avril, la chaîne américaine a lancé deux nouveautés qui, si on les laisse s’installer, ont le potentiel pour devenir de vrais classiques.

Je passerai vite sur Scandal, le nouveau produit made in Shonda Rhimes (mais si, tu sais, la productrice de Grey’s Anatomy et Private Practice, mais aussi scénariste même si elle s’en vante moins on le sait moins, de Crossroads, le film avec Britney actrice – lol), qui est un peu une adaptation chez les avocats-un-peu-roublards des séries habituelles de la dame Rhimes : une héroïne un peu charismatique et vaguement plus exposée que les autres personnages (Kerry Washington en Olivia Pope, peut-être la nouvelle Patty Hewes – mais en sympa), des seconds rôles avec leurs propres intrigues (notamment amoureuses), et tout ce petit monde n’a d’yeux que pour le boulot (donc ils ont des vies privées de merde qui, parce qu’on est dans une série de Shonda Rhimes, connaîtront des instants de bonheur et des fulgurances tragiques – genre les cliffhangers de fin de saison). Pour l’instant je n’ai vu que le premier épisode, et j’ai trouvé ça intéressant, à la croisée de la série policière, du legal drama et du drama classique, mais je suis un peu frustré par le job un peu bâtard que font Olivia Pope et ses associés : étouffer le scandale / dévoiler la part de vérité qui concernent leur client, sans s’occuper de trouver le vrai coupable et donc, au final, de résoudre l’énigme de l’épisode. C’est un peu bizarre mais je suppose qu’on peut s’habituer.
Mais la vraie nouveauté zarb d’ABC (d’autant plus bizarre qu’il s’agit, justement, de la relativement frileuse ABC), c’est Don’t Trust The B**** in Apartment 23. Je n’ai vu que deux épisodes et, même si ce n’est pas vraiment une série qui se suit (c’est plutôt le genre sitcom, avec une intrigue par épisode et peu d’enjeux d’évolutions clairs pour les personnages ou leur histoire globale), je suis déjà impatient de voir le prochain.
Le pitch, que j’ai vu passer il y a quelques mois sur le ouèbe, n’est pas clairement explicité dans le pilote, mais on le comprend assez facilement : Chloé, une new-yorkaise syphonnée, a monté une arnaque infaillible ; elle recrute des colocataires naïfs en les séduisant avec un numéro de fille cool et funky, encaisse leur caution et leur part de loyer, puis leur rend la vie si infernale qu’ils/elles s’en vont en courant, et sans récupérer leur caution bien sûr.
A priori, j’avais pensé que la série se concentrerait uniquement sur le personnage de Chloé, avec genre un nouveau colocataire dans chaque épisode et les horreurs qu’elle lui ferait subir pour le faire dégager de l’appartement. En fait, et au vu des deux premiers épisodes, la série va plutôt se concentrer sur Chloé (Krysten Ritter) et sa relation avec June (Dreama Walker) (??), la dernière coloc’ en date, qui s’accroche… Il faut dire que la petite June, fraîchement débarquée d’un Etat plouc quelconque (genre Ohio ou whatever) avec son diplôme, sa promesse d’embauche et ses rêves de vie idéale, va déchanter en moins d’une semaine, perdant job, appartement de fonction et boyfriend. Du coup, l’appartement 23, dans lequel elle échoue en tombant dans le même panneau que tous ses prédécesseurs, elle ne tient pas à le quitter sans lutter un peu. 
La série se concentre donc sur la relation d’amitié bizarre et plus ou moins malsaine (un peu à la Shameless) qui naît entre la gentille June et la sociopathe Chloé, cette dernière acceptant finalement que June reste sa coloc’. Mais cela ne va pas sans coups bas et surprises, tant « the bitch in apartment 23 » est imprévisible. Tu crois qu’elle vient de faire un truc sympa pour toi, mais BAM ! en fait il y a un loup, un effet secondaire ou une motivation cachée. Tu crois avoir résolu la merde dans laquelle elle t’a mise, mais BAM ! surgit soudain un nouvel obstacle dont elle ne t’avait pas prévenu. Bref, c’est du gag méchant, donc jubilatoire, et plutôt bien interprété.
Dans le genre, ça me rappelle un peu 2 Broke Girls, avec la blonde gentille et positive qui essaie de s’en tirer en se faisant aimer de tous, et la brunette cynique et asociale qui n’avait pas besoin d’un boulet écervelé pour s’en tirer, mais qui s’est un peu attachée. La mécanique des contraires qui s’attirent et qui, forcément, font des étincelles comiques. En revanche, contrairement à 2 Broke Girls, on sent que les scénaristes n’essayent pas de manière trop appuyée de pondre de la réplique lol et du jeu de mot vaseux toutes les trois lignes : ils se sont davantage concentrés sur les situations. Ce qui n’est pas plus mal (ça fait 2-3 épisodes de 2 Broke Girls m’ennuie un peu) (notamment depuis l’arrivée du personnage de Sophie, qui sert probablement à donner plus de corps aux intrigues des personnages secondaires mais qui est, elle aussi, un peu caricaturale)…
Les seconds rôles sont un peu outranciers pour le moment (toujours comme dans 2 Broke Girls, donc) : Eli le voisin pervers, Mark le gars du coffee shop et Robin la voisine obsédée sont pour le moment un peu caricaturaux, mais si les scénaristes réussissent à leur trouver une utilité (à défaut d’une substance comique suffisamment subtile), pourquoi pas.
La vraie surprise, c’est James Van Der Beek, alias Dawson Leery, qui joue son propre rôle, mais en version fictionnelle : l’ex-petit ami de Chloé, James Van Der Beek, le héros de Dawson’s Creek qui tente de poursuivre sa carrière d’acteur en faisant oublier le seul rôle (mais quel rôle !) pour lequel les gens le reconnaissent encore dix ans après et l’interpellent à coups de « I don’t wanna wait… », tout en profitant encore un peu des avantages que ce statut d’icône pour ado lui procure. Le recul de James Van Der Beek sur sa carrière et son hasbeenisme est vraiment très rafraîchissant. D’autant que, et je ne doute pas que la question sera abordée bientôt, il était certes le héros de la série, mais même pas le personnage préféré des fans. Sa stratégie, depuis deux-trois ans, de rire de lui-même et d’entretenir les memes du web concernant son personnage d’ado tête-à-claques, me le rend vraiment sympathique. Comme quoi, les perceptions changent.
Les tribulations des trois héros de Apartment 23 (ouais, le diminutif va s’imposer de lui-même je crois) sont en tout cas assez prometteuses, même s’il va falloir bosser sec, niveau scripts et scénarios, pour les imposer comme un groupes de potes attachants et leur offrir des aventures et des répliques sassy un peu renouvelées. En tout cas, ça se tente.

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