François Sagat chante nu

Mes carrés de chocolat blanc, parfois la pornographie porte jusqu’à la sphère mainstream la notoriété d’une de ses stars, qui devient alors une icône un peu sulfureuse sur les plateaux de talk-shows et autres magazines en mal de chroniqueurs aptes à exciter le lectorat sur leur seul nom. Ce sont les Ovidie, Katsuni, Clara Morgane, Julia Channel et autres HPG, qui, parce qu’ils sont un peu plus bavards, un peu moins bêtes en apparence, capables de produire un discours et une argumentation construite autour de leur carrière, réussissent à pousser, même de manière un peu artificielle, les portes du showbiz « traditionnel ».

Je dis artificielle, parce que finalement, quand Ovidie écrit des bouquins, c’est pour parler de cul, quand elle tourne dans un film tradi, c’est Le Pornographe de Bertrand Bonello, quand elle anime une chronique radio, ça parle de sexe façon Brigitte Lahaie ; quand HPG tourne un film « traditionnel », c’est pour pondre On ne devrait pas exister, un ovni déglingué prétexte à faire tourner des acteurs pornos dans un film non sexuel ; quand Clara Morgane quiite le milieu du porno pour se recycler, c’est pour minauder sur des singles de R’n’B vaguement bas de gamme et vendre des calendriers lingerie… Bref, on fait genre les passerelles sont ouvertes entre le porno et le reste des sphères culturelles, mais elles sont surtout ouvertes pour s’offrir des cautions culturelles sulfureuses ou, dans le cas du cinéma, s’offrir des acteurs suffisamment décomplexés au niveau physique pour tourner la scène de cul un peu osée que Gérard Lanvin ou Isabelle Carré auraient probablement refusée (cf. Rocco Siffredi chez Catherine Breillat), et qui permettra aux journalistes de bâiller un peu moins pendant la projection presse.
Et puis il y a François Sagat. Pas forcément épargné par la tendance des acteurs pornos essentiellement recrutés pour montrer leurs fesses dans des productions « grand public » où ils essaient de ne pas jouer comme des pinces à linge (cf. son partenariat intello-cinématographique avec Christophe Honoré, que presque personne n’est allé voir en salles), l’acteur bénéficie toutefois, par rapport à de nombreux autres, d’un atout majeur qui le sauve un peu, au moins pour un temps, du pathétique : il vise plutôt l’underground que le grand public, en fait. Et puis c’est un acteur porno gay, aussi : de facto, le public de Clara Morgane, il peut l’oublier dès le départ, même s’il arrive à faire un single avec Lord Kossity en featuring. Mais dans sa démarche et ses délires visuels, on sent clairement qu’il n’en a rien à foutre d’aller ou non causer un jour sur le plateau de Thierry Ardisson.
Quand il tourne un film « traditionnel », c’est avec Bruce LaBruce, ça s’appelle L.A. Zombie et on ne peut pas vraiment dire que ça s’adresse au grand public (cite moi un garçon hétéro qui a vu ce film), vu que ça contient entre autres choses réjouissantes et sanguinolentes, des scènes porno. Quand il devient muse des Inrocks ou d’Honoré, c’est pour montrer son corps nu. Parce que François Sagat, son corps, c’est son outil, son talent, son oeuvre. Outre son très beau scalp tatoué (même si je me demande toujours comment vont vieillir l’encre et la forme de son crâne), c’est son corps sculpté par la fonte, sa cambrure de jeune gymnaste allumeuse et ses fesses à la rondeur imposante que François Sagat a décidé d’offrir au monde, comme une sorte d’oeuvre d’art contemporain, de pin-up mâle qui, au-delà de son aspect sulfureux, a quelque chose de fascinant. Est-ce un vide abyssal ou un esprit riche, je ne sais jamais trop. Mais il a l’air d’avoir compris que sa postérité, il la devra à son corps. Du moins c’est comme ça que je perçois les choses pour le moment. Et je trouve la démarche finalement plus intelligente (car plus originale, même si probablement moins rémunératrice) que celle qui consiste à se faire produire un single pourri que de toute façon personne n’achètera, ou celle qui consiste à s’enfermer dans le créneau du conseil de cul (comme si tourner des pornos était une activité sexuelle normale et rendait légitime à donner des conseils pour les pauvres types lambda à la sexualité plan-plan que nous sommes tous)… Là, au moins, personne ne se sert de lui pour ajouter une caution sulfureuse à une oeuvre intello-bobo sur Amira Casar qui fait une dépression : il évolue dans la sphère beaucoup plus cohérente et tolérante du weird art, où l’érotique n’est finalement que du corps, pas du produit à branlette.
Bon, pour sa nouvelle création, dans la lignée de ses séries de photos perchées postées sur le web, il nous gratifie d’un clip musical, dont je doute sincèrement qu’il ait vocation à atteindre le sommet du Top 50, où il chante et montre ses fesses (dommage, pour une fois, elles sont stratégiquement cachées par des barres noires) (mais peut-être est-ce voulu va savoir, je pige rien à l’art, moi).
Cela s’appelle « HADES », c’est conçu en collaboration avec Franck Glenisson et Sylvia Göbbel (connais pas… fais-je honte à la communauté ?) (c’est une ancienne muse d’Helmut Newton apparemment) et c’est probablement le truc le plus bizarre que tu verras cette semaine. Bon, je te préviens tout de suite, si c’est pas ta came ni ta sensibilité, tu risques d’y voir une parodie de clip de Mylène Farmer mais avec des fesses et du cuir. Surtout avec des paroles du genre « timidement par ma salive, régénérer tes entrailles »…
Perso, je suis un peu trop premier degré pour apprécier pleinement la portée du truc, mais Callie, elle, appréciera sûrement…

2 réflexions au sujet de « François Sagat chante nu »

  1. Eh ben écoute je m'attendais au pire et je suis agréablement surprise.

    J'adore la voix de Francois (entre autre hein) et même si le texte me laisse pantoise, je trouve que ca se laisse écouter.

    Par contre les rectangles noirs sont définitivement de trop 😉

  2. Au deuxième visionnage, ça passe un peu mieux mais je ricane toujours pas mal, quand même. C'est horrible, je dois être élitiste, puant et snob…

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