Mes années MTV

C’était mieux avant. Comme tous les crétins qui approchent doucement la trentaine et qui tardent un peu à dire adieu à leur vie de post-adolescent décérébré, je fais encore quelques efforts pour me raccrocher aux wagons des tendances culturelles et télévisuelles de mon temps. Manquerait plus que je sois un vieux croûton à la ramasse avant mes 28 ans. Le souci du cool n’est heureusement plus aussi prégnant dans ma vie quotidienne qu’il y a dix ans. Du moins veux-je le croire. Ne plus se soucier d’être cool, c’est déjà se la jouer cool. On n’en sort plus, de ces histoires. Mais au fond, je me raccroche à cet âge soi-disant doré qui m’a vu émerger à l’état de semi-adulte capable d’avoir un avis propre, des références culturelles, le permis de conduire et le droit de voter. Le début des années 2000, donc. Avec ce sommet de culture pop que fut l’année 2001 notamment, mais globalement les années qui s’étalent de 2000 à 2003. Le lycée. Mes années MTV surtout.

Pourquoi donc est-ce que MTV, c’était mieux avant ? Bah déjà, parce que ce n’était pas scindé en quatre chaînes comme aujourd’hui (« MTV l’originale » pour les séries mal doublées et autres télé-réalités sur des pauvres gamines paumées du New Jersey enceintes à 16 ans par fanatisme religieux ou absence d’éducation à la contraception plus ou moins assumé – et les trois robinets à clips et à pubs pour sonneries de portable payantes, MTV Base, MTV Idol, MTV Pulse, qui ont quand même fini par avoir droit à leurs propres émissions de real TV, genre Yo Momma ou Une Famille de Rev‘, du moins en France). Nan, sur MTV Europe, puisque c’est sous ce nom que cela parvenait péniblement jusqu’au vieux décodeur CanalSat familial, il y avait de tout, mais surtout de la musique.
La plupart des programmes étaient présentés en anglais, par des présentateurs anglais ou américains, dans des locaux londoniens, ou bien c’étaient des rediffs de l’antenne américaine. Parfois c’était sous-titré, mais bien souvent non. Il y avait Daria en anglais ou des séries animées qu’on n’a jamais plus vues nulle part ailleurs ensuite comme Spy Groove, et c’était chouette. Comme j’avais l’option anglais renforcé au bac, ça me faisait une excuse presque crédible pour traîner devant la télé. Note que j’aurais pu regarder CNN aussi, mais bon…
En fait cette époque bénie, c’était, tout bêtement, avant que MTV Europe n’ait fini son processus de régionalisation des antennes. MTV Europe, c’était alors la même chose en France, en Allemagne ou en Espagne : c’était MTV UK, quoi. Avec des sous-titres ajoutés ça et là quand on avait le temps, mais c’était la matière brute, en somme. La chaîne avait alors un petit côté élitiste pour le plouc campagnard que j’étais : ce n’étaient pas, comme aujourd’hui, des contenus américains mal doublés à la bouche par de pauvres intermittents enfermés dans un studio d’enregistrement à Neuilly sur Seine, c’étaient LES VRAIS contenus MTV, avec les vrais présentateurs, les vraies émissions, les vrais clips de chansons qui étaient dans le top 10 anglais ou américain, et qu’on n’entendrait que trois mois plus tard sur NRJ ou Fun Radio en France. Car oui, à l’époque, la mondialisation, on en parlait déjà, mais comme en France on avait des connexions Internet 56k de Amish, les succès musicaux internationaux pouvaient mettre des semaines à traverser ne serait-ce que la Manche (c’est toujours un peu le cas aujourd’hui d’ailleurs).
Depuis, tout va bien plus vite, les usages du public dont je faisais partie à l’époque ont évolué, et plus personne n’a besoin de MTV pour découvrir l’existence de Fun ou de Gotye. L’internet est devenu la source logique. MTV a donc, très probablement, eu raison de faire évoluer sa grille TV. N’empêche que c’était mieux avant. MTV, pour moi, c’était une chaîne animée par des VJ, pas par des ados américains qui faisaient visiter leur « maison de star » (enfin celle de leurs parents, surtout) ou par de vieux épisodes de How I Met Your Mother (que leur public a de toute façon téléchargés illégalement il y a belle lurette).
Je me souviens notamment des deux animateurs / VJ qui m’amusaient le plus à l’époque. Il y avait Neil Cole, qui présentait généralement Total Request, et Joanne Colan, qui était absolument hilarante, avec son air de bêcheuse un peu prétentieuse quand elle présentait le MTV Euro Top 20. Elle faisait le boulot basique de VJ / animatrice de Top 50, en commentant chaque nouvelle entrée du classement, mais il y avait deux avantages. Le premier, c’était que les clips étaient diffusés en entier. Alors ok, aujourd’hui, on a tendance à zapper quand un clip est diffusé en entier dans le cadre d’une émission. Mais à l’époque, ça me convenait très bien. Le second, c’était qu’elle ne commentait pas du tout de manière niaise : elle bitchait sur la personnalité de J-Lo, sur la virginité de Britney, sur le cul de Lenny Kravitz, ou sur son incompréhension totale à trouver les S Club 7 ou les Steps dans le classement (« nan mais sérieusement, les gars, qu’est-ce qui vous a pris ? »). Un jour, alors qu’Escape, le single d’Enrique Iglesias avec Anna Kournikova dans le clip, était numéro 2 du classement, elle n’a pas fait de commentaire d’introduction avant le début du clip : à la place, on voyait ses pieds pendre en haut de l’écran, juste avant que le clip ne soit lancé. Je sais pas toi, mais moi je me demande si quelqu’un ferait encore ça aujourd’hui dans un classement musical hebdo. En tout cas c’est pas avec Ness que ce serait arrivé (tiens d’ailleurs, quelqu’un sait ce que devient Ness ?)…
Certes, les classements, tout le monde s’en tape, mais au final, c’était surtout un moyen clair et efficace d’éditorialiser le robinet à clip, et d’apporter un semblant de commentaire (et donc de valeur ajoutée) aux vidéos d’Eminem ou de Linkin Park. J’apprenais des trucs. Ce sont des émissions comme Total Request, TRL, The Lick with Trevor Nelson, Dancefloor chart ou MTV News qui ont construit l’essentiel de ma culture musicale de morue. Il y avait les clips, mais il y avait aussi de l’animation, des infos, des nouveautés, des exclusivités, et la possibilité de voir émerger de futurs tubes, ou au moins de suivre l’évolution des carrières solos de Spice Girls (et ça, ça n’avait pas de prix). C’était un peu comme si Ce soir ou jamais était présenté par des gens cools en T-Shirts Bob l’éponge et que ça parlait seulement du dernier single de Jennifer Lopez ou du nouveau clip de Robbie Williams, entrecoupé de diffusions de clips bien sûr. C’était supaire.
C’est aujourd’hui quelque chose qui manque à l’antenne de MTV France, même si des formats comme « Playlist de star » essayent de maintenir un peu de cet esprit. Car en vrai, les commentaires de China Moses quand elle interviewait Camélia Jordana ou Raphaël en lolant toutes les cinq secondes étaient un peu pourris. Évidemment, le public n’est plus le même, ou du moins plus avec les mêmes attentes. Mais du coup, je trouve que MTV France est aujourd’hui une espèce de sous-produit concurrent de MCM, alors qu’entre 2000 et 2003, c’était autrement plus cool, exclusif et intéressant : c’était une fenêtre ouverte sur l’actualité culturelle des jeunes anglo-saxons, quasiment en temps réel. Aujourd’hui, ce n’est malheureusement plus qu’une chaîne jeunesse de plus, avec peut-être un ADN musical plus affirmé, mais finalement pas bien distinguable du tout venant des chaînes djeunz du câble et du satellite. Restent tout de même les cérémonies de récompenses de la chaîne qui, rendons à César ce qui lui appartient, ont toujours plus de gueule et de tenue que nos NRJ Music Awards (ne serait-ce que parce que les stars internationales y vont). Cela fait au moins une madeleine de Proust à se remettre sous la dent de temps en temps.

2 réflexions au sujet de « Mes années MTV »

  1. MTV France c’est vraiment de la merde aujourd’hui, autant avant dans les années 2000 ça allait, mais depuis les années 2010 ça part un peu en cacahuète, avant on avait Made, True Life, MTV Cribs, les MTV music awards étaient plus intéressantes à regarder, quelques clips de temps en temps.

    Peut être que les programmes de la version américaine sont moins nuls, mais sur MTV France ce sont des rediffusions d’émissions de merde comme super shore, ex on the beach… Comment des gens peuvent encore regarder cette chaîne au jour d’aujourd’hui ?

    Cette chaîne a évoluer dans le mauvais sens.

Répondre à Katryna Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*