10 trucs qui disparaissent avec Desperate Housewives

And this is how it ended. Mes briques de jus de raisin, j’ai pu remarquer, en observant la liste des articles les plus « populaires » de ce bloug (tu sais, les liens en bas de la colonne de gauche, là), que l’un des posts qui ont amené le plus de lecteurs sur ces pages est celui qui cause, alors même qu’aucun épisode n’avait alors été diffusé, de la saison 8 de Desperate Housewives. Depuis l’été dernier, vous avez été quelques milliers à atterrir par mégarde sur ce billet, en tapant « desperate housewives saison 8 » dans Google, m’offrant un splendide taux de rebond de genre 99%. C’est que, malheureux, vous pensiez certainement tomber sur un lien de téléchargement Megaupload et que vous atterrissiez à la place sur mes prévisions foireuses concernant l’ultime saison de la série de Marc Cherry. La faute à Google, qui a longtemps rangé ce billet dans ses 10 premiers résultats pour cette requête. Bref, je dois aux Desperate Housewives une partie significative du trafic (accidentel) de ce bloug, ce qui n’apporte pas beaucoup de commentaires (plutôt du « oh merde, c’est quoi cette page pourrave » puis du clic sur le bouton « Précédent ») mais au moins l’illusion de trafiquer comme un malade, et donc d’être un blogueur influent de l’internet mondial. Merci le SEO.

Moi aussi, hier soir (oui, presque 24 heures après la diffusion US) (je suis une merde molle qui attend que les épisodes soient disponibles avec des sous-titres un peu foiros), j’ai vu le dernier épisode de Desperate Housewives. Et j’ai, comme tout le monde, eu un petit pincement au coeur pendant les cinq dernières minutes. L’impression d’une page qui se tourne, d’un bout de culture pop qui quitte l’actualité pour rejoindre le rayon souvenirs, presque de dire au revoir à quelqu’un. Il fallait donc (mais oui, il FALLAIT) que je rende hommage aux gentilles dindes de Wisteria Lane par un petit mot d’adieu, même si la toute fin m’a semblé un peu pompée sur celle de Six Feet Under (mais en moins bien). Et comme tu sais que j’aime les listes, voici que je m’en vais te conter mes sentiments contradictoires à travers un nouvel inventaire, forcément brillant : 10 choses qui disparaissent tragiquement avec la fin de Desperate Housewives.
1) Les années 2000 de la télévision
Qu’on trouve le cliché éculé ou pas, après tous les articles de blogs et de presse en ligne parus depuis quelques jours, Desperate Housewives était l’une des séries-phares de la décennie. Avec Lost, Grey’s Anatomy, 24 et House (qui s’achève le 21 mai), la série incarne la nouvelle vague de séries feuilletonnantes qui, s’appuyant sur les réussites d’HBO au début des années 2000 (Les Sopranos, Six Feet Under, Sex and the city) décidèrent de redonner des lettres de noblesses au genre sur les gros networks américains. Franchement, avant 2004, quelqu’un en avait-il quelque chose à foutre des catégories séries des Golden Globes ? Comme Beverly Hills, Hartley – Cœurs à vif, Friends ou Melrose Place incarnent les années 90, DH sera dans quelques années considérée comme un souvenir un peu vintage des années 2000, le genre de série à laquelle on pensera spontanément dans la catégorie « série des années 2000 ».
2) La dernière série féminine 100% plus de 40 piges
C’est probablement pas demain (comparaison oblige) qu’on verra une série dont le casting principal est composé de 100% de femmes, de plus de 40 balais en moyenne qui plus est. Le prochain a oser le pari sera peut-être Marc Cherry lui-même, puisqu’il avait déjà été un des producteurs des Golden Girls dans les 80’s.
3) La banlieue fantasmée
L’une des choses que les fans du début ont fini par reprocher à la série, outre le fait que ça se répétait un peu (1 saison = 1 nouveau voisin = 1 nouveau mystère), c’est son côté artificiel. La rue Playmobil, la pelouse en plastique vert bouteille, les maisons en carton-pâte : on se sentait un peu dans un quartier-témoin, à Wisteria Lane. Qui vit vraiment dans des quartiers aussi nickel aujourd’hui, avec jardin impeccable et clôtures blanches ? C’est que, même aux Etats-Unis où de tels quartiers existent, la crise des subprimes est passée. L’époque bénie des banlieues chic repliées sur elles-mêmes, où chacun avait les moyens de se payer un jardinier et de rafraîchir les murs de sa maison régulièrement, semble révolue. La prospérité de Wisteria Lane, tout en n’ignorant pas la crise économique ambiante (cf. les problèmes financiers des Scavo ou des Delfino), aurait bien du mal à passer aujourd’hui, si la série devait démarrer sa première saison en 2012. L’époque, déjà, a changé.
4) Les rentiers des années Melrose Place
En vrai, il n’y a que Marcia Cross et Doug Savant qui aient réellement été au casting de la série-culte d’Aaron Spelling. Mais dans l’esprit, Desperate Housewives aura tout de même été cela : un repère de stars TV plus ou moins oubliées des 90’s. Entre Teri Hatcher (Lois Lane), Felicty Huffman (Sports Night), Nicolette Sheridan (Côte Ouest), Richard Burgi (The Sentinel), Kyle MacLachlan (Twin Peaks) ou encore Brenda Strong (Seinfeld), la plupart des acteurs avaient connu leur heure de gloire dans la décennie précédente, et étaient censés être plus ou moins finis. L’âge des personnages de Desperate Housewives aidant (couples avec enfants/ados, la quarantaine), ce sont donc autant de fringants acteurs quadragénaires qui, grâce à la série, ont retrouvé du boulot.
5) Les grandes années d’ABC
Pareil, ce n’est probablement pas demain qu’ABC pourra se vanter d’avoir simultanément, à son antenne, des séries aussi lucratives et unanimement saluées que Desperate Housewives, Lost, Grey’s Anatomy et Brothers and Sisters. Grosses audiences sur le sol américain et poules aux œufs d’or pour l’international, ces séries incarneront pour longtemps l’âge d’or pour la chaîne. 
6) La série-réflexe des téléchargeurs
Depuis quelques années, entre le streaming et le téléchargement évidemment légal, les amateurs de séries US, en grande partie réveillés par l’âge d’or entamé avec Desperate Housewives et Lost, mais aussi par la généralisation de l’internet haut débit, ont pris l’habitude de suivre leurs séries préférées dans les 48 heures suivant leur diffusion US. De vraies communautés se sont mises en place, entre les sous-titreurs amateurs, les passeurs fidèles mettant religieusement en ligne chaque semaine de nouveaux épisodes à l’intention de leurs co-religionaires, ou les trolls des forums… Desperate Housewives, même si elle n’était plus hype depuis longtemps, est restée jusqu’au bout un incontournable de ces communautés, toujours dispo avec ses sous-titres golri le lundi soir, toujours suivie, un peu par réflexe à l’image d’un How I Met Your Mother, par presque tout le monde, y compris ceux qui se sont depuis longtemps tournés vers des trucs moins honteux comme Game of Thrones ou Boardwalk Empire.
7) La plus grande fenêtre d’humour gay mainstream ouverte au grand public
A part Ugly Betty (point commun : l’inénarrable Vanessa Williams, mascotte officieuse de ce bloug), quelle autre série aura, ces dernières années, su toucher un public aussi large (incluant ta mère et ta grande-tante de Corrèze) tout en déblatérant de la réplique bitchy queer au kilomètre ?  Desperate Housewives passera aussi à la postérité grâce à Gabrielle Solis, Andrew Van de Kamp, Lee McDermott, Edie Britt, Renee Perry ou Katherine Mayfair. On l’aura peut-être oublié dans quelques années, mais la visibilité LGBT et l’humour camp auront mis du temps à atteindre madame Michu. Et la série de Marc Cherry y aura contribué.
8) Le nouvel âge d’or du soap
Dallas va revenir le mois prochain à la TV américaine. La probabilité que cela se plante est énorme, mais peu importe : sans Desperate Housewives et sa cible assumée de la ménagère (ce qui est loin d’être la cible assumée d’un Mad Men ou d’un Californication, par exemple), ses situations premier degré et son trash propre, il est peu probable que l’idée de remettre du soap en prime time ait à nouveau effleuré les chaînes américaines. De notre côté de l’Atlantique, on a été précurseurs en lançant Poubelle la vie en août 2004. Comme quoi… 
9) La meilleure série républicaine de la décennie
Résolument républicaine comme son auteur, Desperate Housewives a apporté un éclairage très intéressant sur les milieux aisés des suburbs américains : leur repli, leur homogénéité sociale, leur organisation communautaire (fêtes locales, kermesses, rondes de nuit effectuées tour à tour par les voisins pour dissuader les rôdeurs), les névroses cachées derrière les portes fermées (sexualités alternatives, relations familiales tendues, problèmes financiers…). Marc Cherry a confronté cette apparence idéale aux contradictions et problèmes qu’elle rencontre inévitablement : l’homosexualité d’un fils, la misère sexuelle d’un mari, la solitude d’une épouse au foyer délaissée, la frustration d’une mère au foyer qui rêvait d’une carrière, le désespoir d’une célibataire qui prétend croquer les hommes avec enthousiasme… La vie selon l’idéologie républicaine, c’est cette banlieue cossue de Fairview et ses rituels, ses réunions souvent religieuses de la communauté (mariages, messes du dimanche, enterrement), ses sourires en public… mais c’est aussi ignorer ces petits secrets cachés, et ces intrus qui, à chaque saison de la série, réussissaient à s’introduire dans le microcosme de Wisteria Lane et à y provoquer le drame. Quand une série policière comme New York Unité Spéciale confronte des flics un peu obtus (catholiques, pas très fans de l’IVG, voire pro-peine de mort) à des collègues, des victimes et des criminels qui mettent à l’épreuve leur idée de la justice, Desperate Housewives a confronté ses personnages résolument conservateurs à des situations dont leur cocon bourgeois ne saurait les protéger. Quitte, parfois, à ce qu’un salaud s’en sorte (cf. Sam qui vole l’entreprise de Bree à la fin de la saison 6, Lynette qui ne réussit pas à confondre le voisin pédophile dans la saison 3).
10) Les séries à audience mondiale
La fin de Desperate Housewives, c’est aussi, probablement, la fin des séries « universelles », connues de tous (enfants, ados, jeunes adultes, parents, grands-parents), dans tous les pays, diffusées sur une chaîne hertzienne ou publique partout dans le monde, même en Corée du Nord ou en Afghanistan. Ces séries capables de durer plus de 10 saisons parce que, justement, elles restent rentables et avancent. Desperate Housewives, avec une nouvelle intrigue à chaque saison et le seul et unique cadre de Wisteria Lane, ne pouvait pas espérer avancer autant qu’un bon vieux daytime soap, avec 15 ou 20 saisons à la clé (seul exemple à peu près récent qui vienne en tête pour les séries de prime time : Urgences). Et à vrai dire, il est probable qu’aucune série ne le pourra plus.

2 réflexions au sujet de « 10 trucs qui disparaissent avec Desperate Housewives »

  1. J'aurais aussi pu penser, niveau guests, à Brian Austin Green (Beverly Hills) ou Scott Bakula (Code Quantum), deux des derniers amoureux de Bree… 🙂

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