Et maintenant

Maintenant, c’est le changement, donc. Je n’ai guère parlé politique ici, ni même sur Twitter, ces dernières semaines, me laissant seulement un peu aller hier soir à quelques tweets, le feu de l’action aidant. Car finalement, causer politique sur un blog perso est toujours un peu casse-gueule, surtout quand ce n’est pas la ligne éditoriale habituelle, qu’on ne connaît pas les dossiers à fond et qu’on ne réveille ses velléités d’expression partisane que tous les cinq ans. Par contre, la vie politique française, surtout depuis 2007 et la conjonction « émergence du web social » / « Président omniprésent », est une source quotidienne de lol, de memes, de gimmicks et d’indignations. En somme un sujet de divertissement parmi les autres. Et ça, ça peut encore intéresser ce blog. Mais soudain, le Président sortant est battu, et l’UMP est promis, par tous, à l’implosion entre Droite Populaire, sarkozystes déçus, anciens chiraquiens qui ruminaient vengeance et centristes mal à l’aise dans l’entre-deux-tours…

Et soudain, tout le paysage politique se retourne dans nos têtes. L’opposition devient majorité, Libé exulte au lieu de dénoncer, Le Figaro accuse le coup, les vannes de L’Humour de Droite ont un goût de passé… Si nous allons tous jeter un œil curieux au prochain gouvernement, à la passation de pouvoir et aux déclarations diverses des jours à venir, finalement la question qui me hante, plus encore que la direction politique que va prendre la France (je ne me fais guère d’illusion sur l’arrivée d’un miracle anti-crise, surtout pas dans les premiers mois de la nouvelle présidence), c’est celle-ci : mais que vont devenir tous les agitateurs d’opposition ? Comment Sophia Aram, Stéphane Guillon, Christophe Alévêque ou les divers éditorialistes, blogueurs, journalistes, amuseurs publics vont-il faire, sans la matière comique fournie quasi-quotidiennement par la majorité sortante ?
 
Parce qu’il y avait deux choses qui rendaient, d’une certaine manière, les vannes d’opposition stimulantes voire un peu valorisantes pour le lecteur ou l’auditeur crypto-gauchiste ou plus ou moins bobo qui s’en délectait, depuis dix ans (et surtout cinq) : d’un côté, il y avait cet aspect fataliste, qui poussait à croire que l’on était coincé en Sarkozie jusqu’en 2017 (minimum) et que seule une classe élitiste bobo urbaine quasi-militante allait jamais voter à gauche jusqu’à la nuit des temps, pendant que la majorité « silencieuse » remettrait à jamais, lors des échéances électorales, les pendules à l’heure du politiquement (in)correct, contre la bien-pensance et pour prendre les vrais problèmes des vrais gens qui ont un vrai travail à bras-le-corps.
Cet aspect-là, il semble donc avoir fait long feu. Il y a finalement eu une majorité électorale pour déloger Nicolas Sarkozy, et franchement en 2007 on ne l’aurait pas cru (a fortiori pas derrière le candidat finalement élu hier). Et quelque part, vivre dans un monde où l’UMP n’est plus une fatalité accrochée aux plus hautes fonctions de l’Etat pour toujours, ça va nous faire drôle. Pour moi qui ai connu Nicolas Sarkozy au premier plan de la vie politique française depuis mes débuts d’électeur, c’est une vraie page qui se tourne, aujourd’hui, avec la fin de ce que nous appellerons bientôt « les années Sarkozy ». Sommes-nous vraiment prêts à ne plus ronger notre frein, à ne plus attendre son erreur politique finale et sa chute ?
D’un autre côté, les vannes anti-UMP, au-delà d’un anti-sarkozysme primaire qui avait pu les polluer durant les premières années (entre 2002 et 2007), étaient nourries par les casseroles accumulées, les dérapages, les lapsus malheureux, les clashes ridicules, les outrances, la surmédiatisation, l’antipathie naturelle suscitée par les soupçons de népotisme dans une famille déjà perçue comme nantie, les dérives droitières flattant les bas instincts… Qu’est-ce qui va les nourrir désormais ? Pourra-t-on encore pousser des cris d’orfraie devant les déclarations limites de Nadine Morano ou l’inculture de Frédéric Lefebvre maintenant qu’ils ne sont plus « en fonction » ? Dans l’opposition, leurs déclarations lolesques, nettement plus inoffensives, sauront-elles inspirer les comiques, les sympathisants de gauche, les élites intellectuelles parisiano-bobo-méprisantes enfermées dans leurs tours d’ivoire ? Ou bien faudra-t-il des propositions outrancières dans la nouvelle majorité ? Une Nadine Morano de gauche ? Un Laurent Wauquiez de gauche ? Une nouvelle « machine à perdre » ?…
Quelque part, ce serait hyper inquiétant. Même si cela permettrait à Stéphane Guillon de continuer à remplir des salles. Alors je me pose la question : quels vont être les ressorts comiques de la vie politique au sommet de l’Etat dans les prochains mois ? C’est peut-être un détail pour vous, mais pour une bonne partie des citoyens Français qui suivent l’actualité politique et pour les médias, ça veut dire beaucoup.

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