La Cabane dans les bois, slasher ultime

Mes bâtonnets de Croustibat, tu sais peut-être que lorsque je vois un film d’horreur au cinoche, je me transforme en vraie lopette : je me cache les yeux quand le suspense devient musicalement trop haletant, je me protège la gorge de la main gauche de peur que le voisin de derrière ne m’égorge en même temps que la malheureuse victime à l’écran, pendant que de la main droite je triture nerveusement un seau de pop corn ou le bras du fauteuil… Bref, je suis au sommet de ma virilité. J’ai été très protégé dans ma prime jeunesse, et rien que le générique de X-Files me faisait flipper, il faut dire. Que dire des idées qui me viennent à l’esprit dès que je me retrouve seul dans une habitation de plus de deux pièces la nuit en me couchant. La grande mode des slasher movies qui a sévi à la fin des années 90 dans la lignée des Scream autres Souviens-toi… l’été dernier a donc eu des incidences dramatiques sur mon développement d’ado pubère, qui n’avait guère besoin de ça pour douter de ses couilles. Je ne parle même pas de la tendance torture porn vers laquelle ont dérivé les films d’horreurs de la catégorie survival dans les années 2000 (Saw & cie) : j’ai arrêté les frais au bout de deux essais.

Mais ce week-end, va savoir pourquoi, pendant que bien d’autres parisiens s’abandonnaient aux joies d’une bronzette sur la pelouse du jardin public du coin avec la plèbe, je tentai l’incursion vaguement plus civilisée dans une salle obscure climatisée. Sache-le, au risque de croire que je ne suis jamais content (ce qui n’est pas loin de la vérité, anyway) : je hais cette chaleur atroce qui s’abat sur nous depuis ce week-end, je déteste l’été, je déteste le soleil. Appelle-moi Madame Mim.
Et donc, parce que j’ai pas vraiment de suite dans les idées, je me suis retrouvé à aller voir La Cabane dans les bois, tu sais ce film avec l’affiche grisâtre chelou qui ornait les murs du métro il y a quelques semaines. Le truc, là, avec le chalet en Rubik’s cube. 

Je m’attendais à ce à quoi on s’attend quand on va voir un film avec un titre qui sonne comme une invitation à se tirer de cet endroit pourri, à la Wes Craven (La Dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux) : un survival d’ados crétins et une pauvre final girl incarnée par une actrice de seconde zone dont on n’entend plus jamais parler ensuite. Je ne savais rien du pitch, et du coup, quelle chance ! Car le film se laisse a priori mieux découvrir quand on n’en sait rien avant. C’est pourquoi je ne te raconterai pas de quoi ça cause.
Mais par contre, je te recommanderai d’y aller. Ce film, même s’il réserve ses moments d’hémoglobines et de suspense que j’affectionne tant (mais mes ongles, nettement moins), est un peu plus que le film d’horreur de série B dont il a l’air. D’ailleurs, il y a Joss Whedon à la production, ce qui n’est pas étonnant tant Monsieur Buffy semble avoir basé toute sa carrière sur le précepte de ce film : prendre du recul sur la pop culture, le fantastique et les clichés de genre, pour mieux les contourner ou, et c’est encore meilleur, les épouser avec un peu plus de panache. Le réalisateur Drew Goddard a bossé sur les séries Buffy et Angel, un des acteurs du film était en vedette dans Dollhouse, un autre est un clin d’oeil manifeste au Buffyverse… En somme, il n’y a pas de hasard.
La Cabane dans les Bois est à la fois drôle, pop, glaçant, amoral, intello, débile et subtil. Cela deviendra, peut-être, un must de la culture geek, de ces petites sensations qui, à leur modeste échelle et avant de sombrer dans un tranquille oubli, auront réveillé les fans d’un genre de film, les auront dessoûlé de la litanie de séries B qu’ils engloutissent à longueur d’année et qui, pour une fois, a pris la peine de leur dire que ce qu’ils kiffent est aussi digne d’analyse et de recul que n’importe quel film cannois. Quand le cinéma nous prend par la main, nous secoue, se moque de nous et nous invite à réfléchir, non pas seulement à de bêtes thématiques de la vraie vie, mais au cinéma lui-même, on touche à une mise en abyme des plus rafraîchissantes et à la possibilité que tout cela soit finalement… de la culture. Et l’on s’interroge : La Cabane dans les bois est-il le « film-somme » du slasher movie ? Est-il encore utile d’en voir d’autres ensuite ? Ne serait-ce que pour cela, il faut aller voir le film de Drew Goddard…

2 réflexions au sujet de « La Cabane dans les bois, slasher ultime »

  1. C'est marrant, mais moi aussi le générique de X-Files me faisait un peu flipper… Il y avait cette tête à peine humaine qui se tenait les joues avec une expression d'effroi et se déformait… Brrrr, j'en aurais fait des cauchemars !
    Quant à « La Cabane dans les Bois », c'est l'une des belles surprises de l'année. Une vraie petite bombe dans le genre… quoi que non, puisque Whedon et Goddard arrivent à transcender le genre.

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