La Pop-Pouffe de mai

Comme bien souvent, problème de flair ou pas, je choisis un single qui ne se vendra pas par caisses, même si c’est dommage. Pauvre Kylie, ça commence à se voir, depuis dix ans, qu’elle court après le nouveau Can’t Get You Out Of My Head… Malheureusement, il y a plusieurs choses qu’elle devrait comprendre : la robe outrageuse ne fait pas tout ; le single-gondole d’un best of est rarement un hit mémorable (cf. le sort réservé au pourtant sympathique I Believe in You) (dont l’intro me rappelle toujours le jingle pub de LCI) (mais ça n’a rien à voir) ; on retrouve rarement deux fois un tube aussi énorme que Can’t Get You Out f My Head dans une carrière ; la dance n’est plus un choix aussi audacieux et original qu’il y a dix ans pour se démarquer de la concurrence… Mais qu’importe, Kylie semble plus décidée que jamais à profiter de ces dernières années (les années actuelles, quoi) où elle peut encore être crédible en poupée souriante façon petite fiancée de l’Australie. So gay-friendly, si jolie, si enthousiaste à la tâche, comment peut-on décemment détester cette fille ?

Et puis, finalement, Timebomb est peut-être le single le plus efficace qu’elle ait fait depuis un moment. Sauf si on compte le déjà vieux Get Outta My Way, bien matraqué en boîte à son époque avant de sombrer dans l’oubli progressif de nos iPods. Et c’est peut-être là le malheur de Kylie Minogue aujourd’hui : à l’image d’une Madonna qui semble avoir du mal à faire oublier aux djeunz qu’elle est finalement juste une vieille peau botoxée trying too hard (et donc intrinsèquement ringarde), la primesautière australienne a bien du mal à vendre des millions d’albums ou à caser du single au sommet des charts pendant des mois entiers, comme à ses grandes heures. C’est d’autant plus frustrant que ses grandes heures semblent ne s’être étalées qu’entre 2001 et 2002.
Alors même si Timebomb est une petite tuerie (j’ai hâte de l’entendre en boîte et d’observer les réactions forcément hystériques que cela va susciter), il apparaît peu probable de la voir briller au firmament des charts estivaux, qui réserveront peut-être un nouvel accueil chaleureux à J-Lo (auréolée d’un bref succès en 2011 grâce à son doublé vintage « mélodie de la lambada / tronche de Jennifer Lopez qu’on n’avait plus vue à pareille fête depuis 2002 ») ou plus probablement à Rihanna, comme d’habitude.
Comme une Sophie Ellis-Bextor qui aurait réussi à faire illusion plus longtemps (quand même), Kylie est empêtrée dans un registre dance où de plus jeunes et plus dynamiques dindes ont pris le relais, et coincée un peu malgré elle avec un public gay qui 1/ est fidèle à ses icônes mais peut aussi vous ringardiser un single d’un simple battement de cils…
… et 2/ a beau être fidèle, il préfère quand même claquer son fric dans des fringues et télécharger illégalement les albums des pouffes de la pop. Répartition des moyens. Car l’un des problèmes des artistes qui comptaient vieillir amoureusement auprès d’un public réputé consumériste, c’est que finalement, les gays, notamment citadins à prétention CSP+, sont exactement le genre de public qui n’a plus envie de payer un bras pour un single ou un album, dématérialisé ou pas. Sérieux, ami payday, le dernier album de Madonna, que tu es légalement obligé d’avoir écouté au moins une fois pour conserver ta carte de membre de payday, l’as-tu acheté ?…
Bah pour Kylie, c’est pareil. A la rigueur, elle pourrait s’en tirer si elle déroulait du single tubesque soutenu par les radios pour promouvoir un album encensé par la critique (cf. Adele en 2011), mais sinon, pour avoir un gros succès de ventes pop ou dance en 2012, mieux vaut être un visage nouveau, avec un bon album. Donc certainement pas Kylie, qui nous pond quand même son sixième best of en  moins de dix ans. Et, comment dire, faut pas non plus déconner, quoi.

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