Johnny et Vanessa

Je les aimais bien, Johnny et Vanessa. Comme tout le monde apparemment. Un des rares couples hollywoodiens dont on n’avait pas l’impression qu’ils squattaient les tapis rouges en permanence, ni que leur histoire entière était une gigantesque opération de relations publiques. La manière qu’ils avaient de parler l’un de l’autre en interview, aussi, à base de « mon amoureux » et de « ma chérie ». On pouvait s’identifier. Pas des physiques de top models, mais une certaine idée que l’on se fait des gens beaux, et de ce à quoi doit ressembler le bonheur. Forcément, ça rend triste, un peu. Comme tous ces couples dont on croyait que ça y est, ils s’étaient trouvés et c’était pour de bon, défauts et qualités apparemment compatibles, longévité admirable : c’étaient les Kate et Sam, les Tom et Nicole, les Scarlett et Ryan, les Ben et Jen, les Brad et Jen, les Cameron et Justin, les Britney et Justin… Quatorze ans à Hollywood, avec les déplacements, les tournées mondiales, les tournages à l’étranger, les acteurs célibataires avec lesquels on partage l’affiche, le fric, les mioches, les interviews de Michel Denisot, c’est fort. Quatorze ans c’est l’éternité.

Bon, c’est un peu superficiel, mais de l’extérieur on trouvait qu’il y avait de quoi y croire, quoi. Le choc de la rupture, c’est surtout parce que ça faisait longtemps, on croyait que c’était acquis. Un peu comme quand tes parents divorcent : j’ai toujours pensé, même si c’est difficile à appréhender sans l’avoir vécu, que ce n’était pas tant la guerre parentale et la vie soudain coupée en tranches hebdomadaires qui traumatisait les enfants, mais plutôt le fait que tes parents ensemble, tu considères ça comme un acquis. Le jour où ils se séparent, ce qui est acquis ne l’est plus, la vie change avec Orange, et au-delà de toute considération romantique sur le fait d’avoir des parents qui s’aiment comme des ados, c’est surtout le choc de se rendre compte qu’ils sont aussi libres que toi de tout plaquer et de changer de vie qui te traumatises. Johnny et Vanessa, c’étaient un peu nos parents : depuis quatorze ans, l’image de leur couple traînait tranquillement en arrière-plan du showbiz, gage d’une stabilité dont seule Meryl Streep semble capable dans la conjugalité peoplisée. Sans que ça n’ait un impact sur notre moral ou notre vie quotidienne, c’était au moins un repère. Les enfants du divorce blâment un peu Johnny et Vanessa depuis ce matin.
Mais finalement, ça ne nous regarde pas du tout, alors pourquoi on mate ? Déjà, parce qu’être célèbre c’est s’exposer, bien sûr. La bonne excuse de la presse people qui traînait par là et qu’on ne chercherait pas à lire si on n’y avait pas accès. Et puis cette explication psychologique à deux balles qui veut qu’à force d’être nourris de fictions hollywoodiennes aux amours qui se finissent idéalement, dans une enchevêtrement de répliques parfaites et de personnalités tellement attachantes et compatibles qu’on ne voit pas pourquoi nous, qui nous identifions fatalement un peu, ne pourrions pas en faire autant. Constater que les interprètes de ces jolies illusions n’y arrivent pas, c’est peut-être ramener la tronche de joli cœur d’Ashton Kutcher et le minois toujours impeccable de Demi Moore face à la triste réalité. Là où il n’y a pas de générique de fin pour faire du bonheur conjugal une donnée acquise. Et dans le cas d’un couple presque mythique qui affichait une idylle tranquille et sans frasques, c’est carrément la baffe : l’amour est mort. Comment veux-tu qu’on s’en sorte si même Vanessa et Johnny n’ont pas réussi ?
Du coup, faudra-t-il s’attendre à voir Vanessa Paradis entamer une dépression ? Ou une liaison avec Romain Duris ? Et Johnny Depp se tapera-t-il les sœurs Olsen (dût-il en piquer une à Olivier Sarkozy au passage) ? Ce qui est sûr, c’est que de ce côté-ci de l’Atlantique, Johnny passera pour un gros jerk qui aurait trompé sa femme à tour de bras depuis des mois, quand Vanessa passera aisément pour la triste maman nouvellement célibataire qui s’est brûlé les ailes à la flamme de la superficialité californienne. A l’inverse, aux Etats-Unis, c’est Johnny qui passera pour le nouvel étalon célibataire à saisir malgré son âge avancé, pendant que notre pauvre et si mignonne égérie Chanel deviendra la vilaine ex-épouse coureuse de dot qui ferait mieux de retourner en France. Un processus de dé-popularisation entamé grâce aux gamins du couple, qui sont apparemment déjà un peu exposés façon Lourdes Ciccone, mais sans les marques de fringues encore.
Ça tombe bien, Vanessa sort un film dans les salles françaises en juillet, dis donc. Même que ça s’appelle Je me suis fait tout petit. Si jamais elle nous fait une Trierweiler sur Twitter (elle, Johnny, leur fille, whatever) ce sera peut-être sa meilleure promotion depuis son duo avec Jeanne Moreau.

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