Le dernier réservoir de temps libre

 

Le truc le plus frustrant, quand on écrit un blog où il n’y a pas vraiment de ligne éditoriale, ce n’est pas tant le manque d’inspiration que le timing. Pas le temps libre, hein, plutôt la manière dont il se répartit dans nos journées de 24 heures (la journée de 24 heures, voila une invention obsolète sur laquelle personne ne semble vouloir envisager une réforme sérieuse). Evidemment, je ne nie pas que, parfois, j’envie un peu les blougs de spécialistes de tel ou tel sujet : les campagnes de pub virales, le théâtre, le ciné, les vins, etc. Eux, leurs articles leur tombent plus ou moins dans la tête sans avoir besoin d’y réfléchir, au fur et à mesure des campagnes de pub qui les interpellent, des pièces de théâtres qu’ils vont voir, de la petite cuvée qu’ils viennent de découvrir. Mais quand tu as un blog qui parle de n’importe quoi, tout, absolument tout ce que tu croises, peut t’inspirer un article. Finir par tomber dans mes travers de culture pop mainstream n’est en fait qu’une manière de circonscrire mon « terrain » de sujets. Et cela suffit rarement, tant chaque jour des informations cruciales et cruchottes m’interpellent et m’inspirent un début de réflexion… qu’il est devenu beaucoup plus simple de tweeter.

 

Mais j’ai déjà parlé vingt fois de la manière dont la migration des blogueurs sur Twitter avait plus ou moins tué leurs journaux online, dépouillés désormais de leurs commentateurs chevronnés et des efforts quotidiens consentis jadis pour y offrir avec amour et patience des articles de qualité. C’était une période, un âge d’or des blogs en quelque sorte, quelque part entre 2004 et 2008. C’est bien loin tout ça.

 

Je disais donc, il y a environ vingt lignes, que sur un blog comme celui-ci, le problème d’inspiration est indéniable face à la foule de sujets quotidiens qui pourraient me faire réagir mais exigeraient, chacun, une bonne demi-heure (au bas mot) pour réfléchir et rédiger un truc pas trop pourri, pas trop dénué de réflexion, ni d’humour si possible. Mais le vrai problème, c’est donc le timing. Où caser la petite (demi)heure quotidienne à te consacrer, toi lecteur en pamoison devant chacun de mes articles forcément sublimes, pour te pondre un nouveau post ? A supposer que j’aie réussi à trouver l’inspiration, d’ailleurs… ?

 

Ces derniers temps, c’est compliqué, alors je négocie des bouts de rédaction de dix-quinze minutes le midi pendant ma pause déj’, ou bien je commence la veille au soir vers minuit un post qui verra en fait le jour, dans sa version finale, le lendemain vers dix-neuf heures. Le plus simple, en fait, serait que je sois insomniaque. Ce qui est presque le cas, mais dans ce genre de pathologie, avec des presques ce n’est pas du tout la même chose.

 

Car les moments où je pense à des sujets d’articles, à des trucs que je voudrais partager ou qui simplement me préoccupent… c’est bien la nuit, entre une heure et deux heures du matin en semaine, deux et trois heures du matin le week-end, quand je me retourne dans le lit en cogitant. Je ne suis pas sûr qu’il existe de meilleure période dans la journée pour écrire, ou au moins pour noircir des carnets de notes. Dans le silence, quand tout dort, quand on est seul face à soi mais qu’on ne flippe pas non plus trop parce qu’il y a quelqu’un qui dort dans la pièce d’à côté, alors on ne pense pas à la bande de Charles Manson qui pourrait en ce moment même être en train d’essayer de crocheter ma serrure bordel.

 

Je ne le fais pas pour plusieurs raisons.

 

Déjà parce que ça a un côté un peu égoïste, je trouve, quand on vit avec quelqu’un, de le planter au pieu toutes les nuits pour aller écrire dans la pièce d’à côté. Une fois de temps en temps, ok, c’est la liberté de chacun et tout, mais si c’est érigé en système, je crois que cela me gêne un peu plus, dans l’idée.

 

Parce que c’est épuisant, et que j’ai un travail, la journée, qui me prend déjà beaucoup de temps et d’énergie.

 

Parce que ça n’en vaut peut-être pas la peine, de s’épuiser et de passer des plombes à chercher l’inspiration pour ce qui n’est finalement qu’un loisir, un truc que je fais en dilettante, pour le plaisir de lire et de me savoir lu, et que finalement ce plaisir est devenu si peu palpable, dernièrement, que je ne vais pas en plus me rendre la pratique de ce loisir inconfortable.

 

Parce que tenir un blog, c’est finalement une activité de célibataire, peut-être (y a-t-il des études à ce sujet ?). Ou en tout cas l’activité de ceux qui, à un moment de la journée, réussissent à se dégager du temps, seuls face à un clavier, pour se livrer à cette activité à la fois trop personnelle pour être faite avec quelqu’un qui lit par-dessus votre épaule et trop revendiquée comme publique pour ne pas être partagée avec tout le monde. Ou au moins mis à disposition sur le web. Je me demande comment font les blogueuses mamans ou les blogueurs lifestyle qui affichent fièrement leur vie sociale fabuleusement décadente à base de concerts et autres évènements select. Moi je mate des séries et des films avec mon cher et tendre les soirs de semaine et je ronfle environ trente heures par week-end, il faut dire. Les journaux intimes en papier étaient probablement plus simples, dans leur démarche. On n’écrit pas tout à fait pareil (ni sur les mêmes sujets) quand on pense que personne ne lira. La question du timing n’est pas tout à fait la même non plus. Mais n’empêche : de nuit ou de jour, c’est plus simple de bloguer quand on a de longues plages de temps seul chez soi.

 

Enfin, parce que c’est un pari risqué : si je devais écrire lors des instants où je suis le plus inspiré, va savoir si ce serait la nuit à chaque fois. J’ai écrit des articles pas si dégueu’ en journée, sans me vanter ni même en trouver un seul génial, en tout modestie, il y a des jours où je suis inspiré au niveau du sujet et plutôt content de ce que je trouve à en dire. Ecrire la nuit supposerait de réaménager toute mon existence. Car mon sommeil, je l’aime. L’insomniaque, ce n’est pas moi c’est Loïs Andréa.
Voila, mes biscottes cinq céréales, c’était juste pour te dire que je ne perds pas espoir, un jour, d’être meilleur dans la gestion de ce blog, ou d’autre chose. Mais qu’en ce moment j’ai beaucoup de boulot.

4 réflexions au sujet de « Le dernier réservoir de temps libre »

  1. Avant je bloguais la nuit. mais c'était pas du tout ce genre de posts joyeux légers et tout ça.
    et la vérité c'est que je passe trop de temps derrière/devant mon ordi en journée pour avoir envie de bloguer le soir.
    donc je prends sur mon temps de travail.
    cqfd

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