Frontières et musique

Un des nombreux mystères de l’Allemagne, outre les saunas mixtes et Nina Hagen, est et reste la manière dont certains artistes et singles traversent la Manche, voire l’Atlantique, pour arriver chez eux, alors que l’on n’en entend presque pas parler en France. Ainsi en va-t-il, par exemple, des singles des Sugababes, de Mel C ou des Girls Aloud, ou encore du groupe Noisettes, qui passait beaucoup à la radio à l’époque où je venais souvent, mais qu’on n’a jamais beaucoup entendu en France, malgré deux singles assez sympas extraits de leur album Wild Young Hearts.

Ainsi en va-t-il également de Of Monsters and Men, dont le single Little Talks passe apparemment depuis des mois un peu partout en Europe, sauf chez nous. Of Monsters and Men est un groupe de folk islandais (mal partis, donc, pour passer sur NRJ), né en 2009. Ils ont signé un premier album en 2011, My Head is an Animal, et commencent à le promouvoir hors des frontières islandaises depuis début 2012. Apparemment, ça commence à prendre, grâce à un single efficace et à un joli clip évoquant, un peu, les groupes dance fauchés du début des 2000’s comme The Supermen Lovers ou Saint-Germain, ou les débuts visuellement étranges mais aujourd’hui oubliés de Coldplay (Don’t Panic, anyone ?).
Mais il aura fallu que je passe quelques jours à Berlin pour découvrir cette chanson. Cette imperméabilité des frontières, des labels et des diffuseurs reste un phénomène politico-diplomatique un peu obscur pour moi. Quand une chanson est bonne et marche, même si elle est atypique, les radios françaises devraient tenter le coup, non ? Oui, mais non, mais pas toujours en fait.
Alors que Gotye ou Fun ont réussi leur incursion dans les charts français (même s’il a fallu attendre des mois), on attend toujours que Spectrum, de Florence + The Machine, traverse la Manche et n’ait l’honneur de multi-diffusions quotidiennes. Le morceau a en effet squatté pendant trois semaines la pole position des charts anglais (alors qu’il est assez rare qu’un même single y reste deux semaines d’affilée), bien aidé apparemment par le remix de Calvin Harris. Mais le nom de ce dernier ne suffit pas encore, en France, à vous assurer du « buzz », et du coup pas encore de tube FM pour Florence + The Machine en 2012 (comme quoi, avec le recul, Rihanna a peut-être plus fait pour la carrière de Calvin Harris, que Calvin Harris pour la carrière de Rihanna) (mais bon).
La chance de Of Monsters and Men viendra peut-être de la sortie de leur album, chez nous, à la fin du mois d’aout. Ce qui, auréolés du succès de leur single un peu partout en Europe, devrait les aider à bénéficier d’un peu de couverture médiatique. De quoi leur permettre d’accéder à l’enviable statut de one hit wonder (parce que bon, au-delà de ça, ne rêvons pas, ça reste de la folk islandaise, hein). Ou alors, ils resteront un lointain souvenir berlinois.

2 réflexions au sujet de « Frontières et musique »

  1. L'exemple de l'Allemagne n'est pas forcément le bon pour illustrer le retard de la France: l'Allemagne est souvent un laboratoire international de musiques avant leur promotion mondiale, d'où le décalage avec la France.
    Les N*Sync par exemple (ou les Backstreet Boys, voire les deux en fait, j'ai un doute) avaient été lancés en Allemagne bien avant les USA et bien sur ensuite le reste du monde.
    Et en l'occurrence, moi qui habite à Londres et qui suit d'assez près ce qui se fait en indie et pop-rock je peux te dire que Of Monsters and Men ici, jamais entendu parler !
    Donc je ne crois pas qu'il y ait un canal spécial qui relie directement l'Allemagne à la Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, c'est juste que l'Allemagne est un marché spécial où on lance des trucs différents, éventuellement avant de risquer le marché international.

    Je crois …

    1. Merci pour la précision, j'avais imaginé que les singles anglo-saxons faisaient logiquement un cheminement US -> UK -> reste de l'Europe sur les marchés, sans forcément me rendre compte que ces marchés peuvent ne pas « tester » les produits dans cet ordre-là. Of Monsters and Men a donc peut-être encore du potentiel de propagation. 😉

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