La Pop-Pouffe d’août

Brandy n’a apparemment aucune personnalité et se prend désormais pour Rihanna. Que quelqu’un appelle son psy ! Tout le monde aime bien Brandy. Je ne connais personne qui la déteste. Au pire, elle indiffère désormais pas mal de monde de ce côté-ci de l’Atlantique, dans la mesure où ses principaux faits d’armes remontent, à nos yeux, à 1998 (la préhistoire, quoi). Mais personne ne la déteste vraiment. C’est qu’elle a toujours eu l’air tellement sympa. Et puis elle n’a jamais pris un tournant biatch / pouffe / diva capricieuse qui aurait, pourtant, peut-être redonné un coup de boost à sa carrière. On dirait qu’elle est restée la gentille ado idéale de l’Amérique dont la grande popularité le disputait à celle de Will Smith à la fin des 90’s. N’empêche que maintenant elle a 33 ans.

Ce qui est dramatique avec Brandy, outre le fait qu’elle n’a jamais su devenir « la petite fiancée du monde qu’on regarde grandir » (à l’image d’une Kylie Minogue ou d’une Sophie Marceau qui ont un peu bâti les bases de leur carrière là-dessus) (ouais, j’extrapole peut-être un peu trop) et qu’elle s’est à moitié grillée aux Etats-Unis en écrasant une gentille dame au volant de son 4×4 en 2006, c’est qu’elle n’a finalement jamais trouvé son style. Pas musicalement, hein (quoique), nan, je pense plutôt à son look et à son univers visuel. On peut se chercher un peu au début, voire carrément évoluer : Rihanna n’a pas toujours été une princesse R’n’B dark arborant tatouages, chorégraphies lascives et robes improbables, elle a aussi eu sa phase « mignonne et primesautière lycéenne la plus populaire de l’école »… Mais bon, à un moment, il faut trouver son truc et essayer de s’y tenir, c’est le secret de la visibilité et de la longévité (autrement difficilement explicables) d’une Katy Pourrie ou d’une Nicki Minaj : elles font UN truc mieux que les autres et en font un peu leur signature, le truc qui fait que leurs clips passent à la télé même quand la chanson est un peu naze.
Beyoncé et ses chorégraphies, Britney et ses interrogations métaphysique sur son statut d’icône déchue, Katy Perry et son univers girly acidulé qui se confronte aux autres univers, Nicki Minaj et sa vulgarité, Rihanna et ses explorations plus ou moins ouvertement sexuelles, Christina Aguilera et ses variations sur le thème de la pin-up rétro…
Brandy n’a jamais trouvé son modjo de femme sensuelle du R’n’B, apparemment coincée dans son rôle d’ex-ado star. Alors elle a, régulièrement, ouvertement pompé celui des autres.
En 2002, pour le clip de What About Us ? supposé porter son grand retour avec l’album Full Moon, elle nous propose un clip d’Aaliyah, morte six mois plus tôt. Même thématique de la femme méfiante, même univers graphique un peu froid, métallique et surtout artificiel tourné sur fond vert (Try Again, More Than a Woman), même stylisme vestimentaire…
Pourtant, musicalement, on n’est pas chez Timbaland mais chez le fidèle Rodney Jerkins, l’homme à qui l’on doit (et ça s’entend un peu) Top of the World pour Brandy, Angel of Mine pour Monica, The Boy Is Mine pour Brandy et Monica, It’s Not Right But It’s Okay pour Whitney Houston, If you had my love pour Jennifer Lopez, Say Beyoncé My Name pour Destiny’s Child, He Wasn’t Man Enough pour Toni Braxton, Holler pour les Spice Girls (puis, bien plus tard, When I Grow Up des Pussycat Dolls, Telephone de Lady Gaga ou Just Can’t Get Enough des Black Eyed Peas)… Un son qui évoque les 90’s et qui traversera de moins en moins efficacement les 2000’s, mais en tout cas pas le son développé par Timbaland et Missy Elliot pour Aaliyah. Alors pourquoi déguiser Brandy comme ça ?
En 2004, rebelote, Afrodisiac est alors une production Timbaland, mais Brandy se fait le brushing et la couleur de Beyoncé, option talons aiguilles de diva et chorégraphies dans la flotte. On pourrait croire qu’on est devant un clip des Destiny’s Child. Sauf que non.
Brandy n’est pas une Destiny’s Child. Elle a beau mettre du vocoder par-dessus sa voix, se dénuder et danser comme Shakira, on la verra toujours comme une grande soeur sympa, une cousine marrante, une Moesha, quoi. Pas comme une bonnasse. Alors c’est pas la peine qu’elle se fatigue à convier Chris Brown et à reprendre les décors taggués façon clip de Rude Boy ou générique de Giga : elle n’est pas plus Rihanna que Beyoncé ou Aaliyah. Aux premières images, on s’attend à voir une chanteuse qui va parler lascivement de sa sexualité décadente en remuant ses fesses comme Nicki Minaj dans le clip de A$$, mais dès qu’on la voit elle, on sait qu’elle sera aussi sage qu’Alicia Keys.
Allez Brandy, remets tes baskets et danse sur les bus scolaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*