Dance Again World Tour

Ne me demande pas comment je me suis retrouvé là, je n’en sais trop rien moi-même. Mais comme a dit L’Homme : « C’est le moment ou jamais. Elle a 43 piges, elle a jamais fait de tournée mondiale, elle est jamais venue en France. C’est bien simple, on la verra plus jamais ». Ce en quoi il a probablement raison. On notera que contrairement à une Janet Jackson autrement plus légendaire et célébrée à travers les générations, Jennifer Lopez a réussi à booker et à (quasi) remplir un Bercy. C’est que tous ces succès singles, essentiellement concentrés entre 1999 et 2002, n’ont pas complètement disparu de la mémoire collective du public français, qui reste quand même assez friand de la bomba latina (même si elle est à peu près autant porto-ricaine que je ne suis belge). Et puis il y a cette réputation de corps de déesse que les outrages de l’âge n’atteignent toujours pas. Bref, de fil en aiguille, et comme le concert n’était pas complètement sold out, voila que je me retrouve, en dernière minute, à assister au concert de l’une des vedettes les plus diva et les plus décriées de ce début de vingt-et-unième siècle (aux motifs, diversement invoqués lors de sa période faste, qu’elle était « arriviste », « surfaite », « artificielle », « sans talent », « capricieuse », « froide et implacable »)… Je flippais un peu.

Alors si on fait la liste des pour et des contre, sur ce concert, ça donne quoi ? Commençons par les contre, c’est plus drôle.
La setlist discutable : bon, ça, c’est un débat de fans décérébrés, et ça peut facilement déboucher sur des guerres de chapelles complètement ridicules. Hé ho, les gars, n’oublions pas qu’on parle de vagues tubes d’il y a dix ans. Mais quand même. Pour une bonne idée (une version acoustique de If You Had My Love) (parce que c’est vrai qu’elle manque un peu de chansons douces à son répertoire singles, bichette), beaucoup d’oublis bizarres et d’insistances un peu lourdes sur des titres pas forcément centraux. Quand elle se met à faire un medley I’m Real (Murder Remix) / All I Have / Feelin’ So Good / Ain’t it funny (Murder Remix), on a la vague impression qu’elle grille toutes ses cartouches en deux minutes. Quand elle zappe complètement le moindre titre de son album en espagnol (même Que Hiciste), on a l’impression qu’elle n’assume pas trop ce flop qu’elle avait pourtant survendu comme un retour à ses racines très important pour elle. Même chose quand elle charge une choriste de chanter I’m Glad en interlude pendant qu’elle se change (???) comme pour se débarrasser de cette encombrante déclaration d’amour à Ben Affleck. Pas de trace en revanche de Ain’t it funny ou Play, deux de ses plus gros succès en France. Bref,
L’attitude. Depuis hier, tout le monde salue l’attitude de la star, chaleureuse et sympa avec son public. Et c’est vrai que ça fait du bien, pour une fois, de voir une diva qui ne fait pas trop la diva, du moins pas à ce niveau-là. Car la propension des fans à accepter les comportements distants, voire absents, de leurs idoles en concert me sidérera toujours. Ok, ça fait partie du personnage de « diva » que d’être froide, inaccessible, biatch… Ouais ouais ok, sur les tapis rouges et à la télé. Pas devant 10 000 personnes en adoration devant elles qui ont raqué 100 euros chacune et qui justifient leur statut de star par un amour disproportionné. Ces gens-là, même quand tu t’appelles Madonna ou Britney Spears, tu as le droit de les privilégier un peu plus que les téléspectateurs du Superbowl ou le public de Dance Machine qui attend simplement le passage de Sean Paul juste après ton dernier single. Même Mylène Farmer fait semblant d’être sympa avec ses fans pendant les concerts et leur adresse quelques mots sur sa reconnaissance d’en être là grâce à eux. Jennifer Lopez ne tombe pas dans l’écueil et livre donc un show émaillé d’instants un peu plus « humains » pour donner un peu de remerciement à son public. La durée du concert est correcte (elle n’a pas fait « une Madonna », quoi), il y a de la danse, de l’énergie généreusement dépensée, un décor assez épuré qui laisse l’attention du public se focaliser sur la chanteuse et ses danseurs… Bref, elle fait le job et ne noie pas derrière la pyrotechnie son ennui palpable à se trouver là (contrairement, au hasard, à Rihanna). Mouais, ok, mais faudrait voir à ne pas sombrer dans la niaiserie avec des vidéos de vacances de ses laids enfants et des bisous crachottés dans le micro « mouahmouahmouah », non plus. Le Powerpoint de citations poétiques du genre « Love is not the destination, it’s the journey » était dispensable aussi. On n’est pas à un concert de Lara Fabian en 1996 non plus.
Le live : Chanter en live, clairement pas le point fort de Jennifer Lopez. Du coup, pour une artiste de sa stature (= hyper célèbre, en tournée mondiale), on s’attendrait à ce qu’elle compense par du show pharaonique. La simplicité du décor et des différents éléments amovibles de la scène fait, du coup, presque un peu cheap, surtout quand la salle tiédit sérieusement face à des titres un peu faiblards comme I’m into you ou Until it beats no more, même pas appuyés par des numéros de danse exceptionnels. On se surprend alors un peu à bâiller. Si tu ne peux pas en mettre plein les oreilles, fais au moins attention aux yeux.
Mais il y a aussi des pour :
L’attitude : Alors je sais, je viens de dénigrer son attitude, mais je ne nie pas qu’il y a un effort, dans la démarche. Il est agréable de voir une diva faire (un peu) autre chose que la belle avec le public, et montrer un peu de gratitude, ne serait-ce qu’aux fans hardcore des premiers rangs qui lui envoient des peluches et des fleurs sur scène dans le maigre espoir qu’elle les touchera une demi-seconde avant de les fourguer à l’un des gars de la sécurité au pied des barrières, lequel récupérera tout ça d’ici la fin du concert avant de… avant de quoi d’ailleurs ? Je me demande si des chanteurs gardent vraiment tous les souvenirs jetés sur scène par leurs fans. Si oui, ils les gardent où ? En vue de quoi ? Parce que, je veux dire, au bout de 1000 ou 2000 peluches, je suppose que c’est encombrant, et que quand tu les revois, elles ne te rappellent absolument rien (ni la personne, ni le concert où elles t’ont été jetées à la face) ? Bon, en même temps on s’en fout, mais je suis curieux. Et donc, Jennifer Lopez a ce petit côté reconnaissant, très (parfois trop) consciente de son statut de symbole du rêve américain et d’America’s sweetheart : hier soir, elle avait envie de dire ‘I love you’, de dire qu’elle était heureuse d’être là, de minauder des banalités sur Paris et la France. On sentait un peu l’artiste passée par une phase « has been » et au come back inespéré. On sentait aussi qu’au bout de 13 ans de carrière et toujours pas de tournée mondiale, elle profitait de ce passage, peut-être le dernier dans des salles aussi grandes, devant un public encore là pour l’aduler. C’était touchant, et donnait l’agréable sensation qu’on n’était pas venus seulement pour « la voir en vrai », mais bien pour bénéficier d’un contact un peu privilégié avec la chanteuse, qui est allée jusqu’à s’incliner devant la salle.
Oui, j’avais une place de pauvresse
Le professionnalisme. Certes, le décor minimal peut faire un peu cheap. Mais quand c’est servi par une mise en scène propre et des prestations dansées décentes, c’est acceptable. Certes, elle n’a pas la voix d’Adele. Mais comme elle a l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître et de prendre des choristes puissantes en back up, ça passe. Soutenue sur les refrains, un peu essoufflée de temps en temps, un peu juste pour certains aigus ou notes trop puissantes, Jennifer Lopez essaye, et livre une prestation loin d’être honteuse en live. On ne demande pas une performeuse absolue capable de couvrir autant d’octaves que Céline Dion, quand on va à un concert de Jennifer Lopez : on lui demande d’essayer pour de vrai, et même si de temps en temps la voix n’est pas aussi cristalline que sur CD, au moins on ne se fade pas une bande-son pré-enregistrée. Elle a ce respect-là. Que certaines n’ont pas. Et puis il y a quand même cette science du kitsch qui est par moment assez jouissive, notamment lors de cette entrée improbable à la Céline Dion meets Kylie Minogue in Vegas, option toque en fourrure blanche. Comme une pro, quoi.
Les danseurs. Mon Dieu, mais Jennifer Lopez n’a pas (que) du danseur de quinze ans trois quarts dans son staff. Elle a aussi des messieurs, dont certains pas loin d’avoir son âge canonique, musclés, souples, avec des têtes de messieurs et ne semblant pas tout droit sortis de chez Toni&Guy. Cela nous change un peu des éphèbes et des twinks. Pas pour me déplaire.
Le corps. Bon sang, mais cette femme a 43 ans, bordel !! Elle en fait dix de moins. Easy. Elle est plus fraîche que Britney, qui a pourtant vraiment dix ans de moins qu’elle. Quand elle ne porte pas un de ses ridicules collants intégraux couleur chair à paillettes (qui donnent l’impression qu’elle est boudinée et qu’elle a un cul énorme et des cuisses flasques mal contenues), elle est tout simplement superbe. D’ailleurs, lorsqu’elle ose la robe courte, on voit bien qu’elle a réellement les jambes magnifiques qui lui ont valu de devenir l’égérie de Venus de Gillette. Son visage est également très beau. Je m’attendais, comme c’est souvent le cas lors des concerts, à la voir maquillée à la truelle et à la trouver assez différente de l’image de papier glacé que l’on connaît d’elle. Et bien c’est faux : elle est vraiment très belle. Niveau danse, elle donne le change honnêtement face à ses danseurs (elle n’est pas ridicule, en somme, ce qui est tout ce qu’on lui demande tout en étant occupée à chanter). Bref, depuis treize ans, ce qui fait la célébrité de Jennifer Lopez et lui a ouvert aussi bien les portes du cinéma que de la chanson, c’est ce corps légendaire dont George Clooney disait qu’il ne pouvait avoir été forgé que par un dieu particulièrement sanguin. Ce n’est pas usurpé. Et quelque part, c’est rassurant, même si c’est bizarre que ce soit la seule raison, d’expliquer la longévité de Jennifer Lopez au sommet de l’entertainment mondial (elle a été désignée personnalité la plus influente de la planète en mai dernier par Forbes), en dépit des bides commerciaux et des échecs critiques. L’air de rien, elle aura un peu été aux années 2000 ce que Julia Roberts ou Sandra Bullock avaient été aux années 90, cette star un peu hors frontière, connue de tous et au visage imprimé dans les esprits, qui se plante parfois voire souvent mais semble indéboulonnable.
Le répertoire. J’ai pris conscience, à Bercy, en voyant le public de J.Lo, qu’on est aujourd’hui face à une génération qui la connaît plutôt pour On The Floor que pour If you had my love. Gamins, collégiennes et djeunz en goguette qui aiment le son dance actuel auquel Jennifer Lopez a fini par se soumettre comme tout le monde, tout en essayant de garder un semblant de sonorités dites « latino ». Quand à l’inverse des chansons comme Let’s Get Loud ou Waiting For Tonight semblent, du moins en live, s’user doucement à l’épreuve du temps, apportant de la nostalgie à défaut d’être de grands classiques indémodables. Ce qui peut paraître un peu triste, mais revient, l’air de rien, à dire que Jennifer Lopez a traversé au moins deux époques. Et si le risque est grand de la voir sombrer à nouveau dans l’oubli dans les années à venir (franchement, qui a vraiment acheté son album Love ? ou son single Goin’ in ?), je pourrai au moins dire que j’ai assisté à la seule tournée mondiale de cet étrange phénomène « latino » qui, probablement encore plus que Ricky Martin (car davantage capable de se mainstreamiser pour faire oublier qu’elle est latino) (le nom, la nationalité américaine, tout ça, ça nous la fait percevoir comme une blanche qui fait de la pop, pas comme une latina du Bronx qui fait des featurings avec des rappeurs), aura marqué le début de ce siècle, à défaut de marquer le siècle entier. Et inspiré quelques personnes avec des messages mièvres sur l’estime de soi (facile à dire quand on est Jennifer Lopez) et la conviction féroce que chacun mérite d’être heureux et aimé. Ce qui n’est pas si mal.
Est-ce que je le referai, alors, ce concert ? Oui, mais juste une fois. Et de préférence, sans louper le diptyque La Revanche d’une blonde / La Blonde contre-attaque à la télé, cette fois-ci (oui je suis une merde). Un jour, je te causerai de Reese Witherspoon.

3 réflexions au sujet de « Dance Again World Tour »

    1. Pas la plus grande voix du monde en live, mais une attitude pro et positive face à son public, ce qui est plus que ce dont beaucoup d'autres peuvent se vanter.

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