La Pop-Pouffe d’octobre

Ce qui est rassurant avec Alicia Keys, c’est son apparente santé mentale. Je veux dire, c’est rare, de nos jours, une carrière aussi longue que la sienne (plus de dix ans, quand même), sans faux pas apparent, sans dépression ultramédiatisée, sans mariage chaotique, sans grossesse surexposée, sans sorties spectaculaires dans la presse, sans désintox, sans rasage de crâne, sans scandale sérieux… Bref, une carrière qui se maintient grâce à la musique et, pour ainsi dire, rien d’autre. Même pas de virage à 180° pour se conformer au son du moment, à peine quelques incursions dans des genres musicaux périphériques, juste de quoi enrichir un peu son répertoire sans le dénaturer, et sans vocoder s’il vous plaît. Quelque part, c’est sympa de se dire que les chanteuses ne sont pas absolument obligées de se transformer en Real Housewives of New Jersey ou en pouffes peinturlurées pour continuer à intéresser leur public et à vendre des disques (un peu).

Alors oui, du coup, elle est moins intéressante qu’une Rihanna, moins spectaculaire qu’une Whitney, moins culte qu’une Aaliyah, et elle a probablement une fan base fidèle mais moins dévouée, obsédée et décérébrée que celle d’une Lady Gaga. N’empêche que depuis dix ans, elle fait le job. Pas toujours de gros succès en télé ou en radio, mais toujours un nombre raisonnable de millions d’albums vendus, et à chaque fois au moins une chanson suffisamment marquante pour porter l’album auprès du grand public.
Sauf que cette fois, je dois bien l’avouer, Girl on fire fait un lead single un peu faiblard. Je ne doute pas qu’elle saura trouver un deuxième ou un troisième single un peu plus marquant, du genre ballade piano-voix qu’elle ira sagement interpréter aux Grammy Awards, mais pour le moment, je suis circonspect. C’est dommage, d’ailleurs, parce que le clip est plutôt charmant, propre, avec une réalisation un peu 90’s à base de décors en carton-pâte et de costumes un peu criards et clichés. On dirait un peu un clip de Sade, aussi. J’aime beaucoup l’allusion à Mary Poppins, même si je la trouve désuète.

Ce qui m’amène à me demander pourquoi le public d’Alicia Keys (à moins que ce ne soit qu’une « aura » Skyrock ?) reste si jeune, en dépit du temps qui passe et de la concurrence de princesses R’n’B autrement plus bruyantes, visibles, marrantes et attirantes pour le chaland de moins de 30 ans. Est-ce seulement en souvenir de ses tresses et des faux looks « ghetto » de ses premiers clips il y a dix ans  (Tu sais bien, elle jouait toujours le rôle de la meuf jolie et intelligente, mais quand même pote avec des pouffes et amoureuse d’un mec qui va en taule) ? Ou bien est-ce parce qu’elle est jolie et qu’elle a cet air hyper difficile à cerner, de fille à la fois sérieuse et accessible, consciente de son talent mais pas pimbêche ? Alicia Keys, c’est un peu la Halle Berry de la pop : elle est black mais ça n’a pas l’air de définir la position qu’elle occupe dans le paysage médiatique, elle est talentueuse mais personne ne semble particulièrement marqué par ce qu’elle a fait depuis son coup d’éclat il y a dix ans, elle est universellement reconnue comme jolie mais personne ne semble avoir envie de la « salir », elle est people mais en vrai personne ne la stalke 24 heures sur 24 en espérant qu’elle laisse échapper un sein de son corsage ou un sachet de coke de son sac à main… Une sorte de people propre, qui a eu son heure de gloire il y a quelques années et qui, sans qu’on comprenne trop pourquoi, surfe encore tranquillement dessus des années après. Cette fille est décidément une rareté.

Evidemment, pour ne pas risquer de lasser pour de bon, on sent quand même, à regarder la couv’ de son nouvel album, qu’elle cherche à faire évoluer son image vers une version légèrement remaniée et modernisée de la diva respectable scotchée à son piano. Le travail sur la signature et le logo. L’effort au niveau du stylisme. Les épaulettes et le top noir sur fond de photo en noir et blanc. Si ce n’est pas un appel du pied aux fans de Beyoncé et de Rihanna, ça… Eh les gars, regardez-moi, je peux vous faire danser aussi si je veux. Le brushing pas très ghetto. Bref, la Alicia Keys 2012 est moderne, urbaine (option Manhattan, pas Harlem), fierce et subtilement sensuelle (mais toujours pas sexuelle, car toujours maîtresse d’elle-même). Du moins en apparence. Alicia Keys n’a probablement pas envie de nous exciter ; mais elle a envie qu’on sache que si elle le voulait, ça marcherait. N’empêche, son single Girl on firen’est pas très catchy.

2 réflexions au sujet de « La Pop-Pouffe d’octobre »

  1. Il y a quand même eu quelques beaux titres depuis son premier album & « Empire state of Mind » avec JayZ. Sans parler de ses talents de pianiste.
    Je l'aime bien, je vais refaire le tour de ses albums ! Merci.

    1. Je parlais plus des hits, qui la rendraient aussi omniprésente médiatiquement qu'une Rihanna ou une Britney. Elle n'est pas très envahissante et pourtant elle ne devient pas has been à la vitesse de l'éclair, c'est devenu rare !

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