La Pop-Pouffe de novembre

On n’a pas trop envie de s’acharner sur Kelly Rowland, l’une des plus grandes victimes collatérales de l’adulation mondiale de Beyoncé. Et encore, elle n’est ni Michelle Williams, ni une des meufs virées de Destiny’s Child par les managers (qui se trouvaient être… les parents de Beyoncé). Bon, on va pas revenir pendant cinquante ans sur ce que je pense de Beyoncé, hein, je m’étends déjà souvent dessus. Mais là, avec Ice (featuring Lil’Wayne et les champagnes Rémy Martin) (ah, la bonne vieille symbolique du goulot de bouteille de champagne qui gicle son liquide blanc et bien mousseux, ils aiment ça dans le hip-hop), on se demande un peu ce qui lui a pris de pondre ce clip en mode chiennasse level Rihanna en rut. Ce n’est même pas que c’est raté (c’est plutôt pas mal fait), c’est juste qu’on a l’impression de voir le clip de quelqu’un d’autre, voire carrément un clip déjà vu.

Il y a du Disturbia dans ce clip, du Hush Hush, des perruques et des brushings pris chez les copines, des lèvres et du gloss caviar, des poses lascives, des colliers évoquant vaguement le sado-masochisme,  des placements produits dignes d’un clip de rap… Ce qui me pose deux questions. La première, la même que d’habitude, c’est : est-ce que Kelly Rowland, pourtant pas une fille antipathique, ni dénuée de charisme ou de talent, est condamnée à n’être jamais qu’un sous-produit de Beyoncé, de Rihanna et de Nicole Scherzinger ? Et la seconde serait plutôt : mais où est passée la fayote qui brandissait sa foi et ses dimanches à l’église avec toute sa famille lorsqu’elle donnait des interview avec Destiny’s Child ?
En fait, Kelly Rowland est un bon curseur de ce qu’ont été les tendances lourdes de la pop américaine mainstream depuis dix ans.
En 2002, alors que les Destiny’s Child entament une « pause » qui permettra à Beyoncé d’accoucher en solo de Dangerously in love en 2003, Kelly frappe la première (elle a probablement eu raison) en pondant Dilemma avec Nelly, la coqueluche hip-hop d’alors.

Dans la foulée, elle sort son premier « vrai » single en solo, Stole, une ballade gentille et un peu dépressive, bien dans la mouvance de ce qui marche à cette époque : Dido, Moby, Toni Braxton, Mariah Carey, Christina Milian, Vanessa Carlton, etc. Autant d’artistes dont les singles firent de 2002 une année assez proprette, niveau pop internationale (si l’on excepte l’incident Las Ketchup), et qui auraient très bien pu adapter Stole à leur sauce.

Bon après ça elle disparaît un peu de nos radars, éclipsée par Beyoncé et peut-être un peu plombée, chez nous, par un duo avec Stomy Bugsy (lol). Mais en 2008, elle inaugure quasiment le retour en fanfare de la dance, qui verra évoluer les registres musicaux des Black Eyed Peas et de Rihanna, tout en faisant émerger des vagues d’artistes roumains (Inna, Edward Maya, Alexandra Stan) ou allemands (Cascada) rompus à ce type de son putassier. When love takes over sera un des gros succès de David Guetta avant qu’il ne devienne définitivement incontournable. Et avec lui, le son dance à toutes les sauces.
2011, retour à des sonorités plus hip-hop et R’n’B, et street credibility en bandoulière avec Lil’Wayne pour Motivation (qui est à nouveau présent sur Ice, d’ailleurs) (elle se le tape, ou bien ?), un truc moite passé bizarrement inaperçu chez nous mais qui souligne bien l’électronisation progressive (et irrémédiable ?) du R’n’B du début des années 2010. C’est un peu du sous-Nicole Scherzinger ou du sous-Janet Jackson, mais c’est efficace. Elle avait déjà un peu commencé le registre visuel du sexe (genre « hmmm, je transpire, je me lèche les doigts, j’attrape un danseur par l’entrejambe », tout ça, quoi). La subtilité a été enterrée des clips pop. On ne sait toujours pas exactement par qui, mais va-t-on se plaindre ?
Il reste quand même dommage que Kelly Rowland ne soit pas capable de se construire une identité et un répertoire un peu plus clairs et personnels, depuis le temps. On dirait qu’elle cherche à occuper une place laissée vacante plutôt que de construire la sienne. C’est dommage car elle danse et chante bien mieux que de nombreuses de ses consœurs. Et puis, s’il n’y avait pas eu Beyoncé à ses côtés il y a dix ans pour lui couper les cheveux dans son sommeil l’éclipser, on aurait remarqué que c’est une fille plutôt charismatique, qui aurait mérité d’être clairement identifiée en tant qu’artiste solo, et non seulement comme une ex-Destiny’s Child.

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