Partners NBC

R.I.P. (déjà) Partners

La rentrée des séries US 2012 n’a pas été un grand cru. Revolution, le nouveau Lost / Flash Forward / Terra Nova, est un nouvel exemple de ces séries à « concept fort » qui tentent chaque année de faire leur entrée dans la cour des grands (en espérant avoir autant de succès que Lost) et qui se plantent systématiquement. Last Resort et 666 Park Avenue sont déjà assurées de ne pas revenir en saison 2. Made in Jersey a été annulée au bout de deux épisodes, exécutée à bout portant par CBS sans même avoir eu vaguement le temps de s’installer dans sa tranche horaire. Les chaînes US sont parfois cruelles ; pour avoir vu le premier épisode, c’était un peu du sous-Ugly Betty featuring Ally McBeal (en gros, un legal drama porté par une jeune femme vaguement latino – en fait italo-américaine – jeune et fraîchement diplômée, plus ambitieuse et plus brillante que ses collègues, mais que personne ne prend au sérieux alors-ils-vont-voir-ces-salauds), mais ça méritait quand même une durée de vie supérieure à celle de Carré Viiip (R.I.P la carrière de Giuseppe). En fait, cette année, on a plus ou moins été obligés, jusqu’à présent (attendons les lancements de mid-season) de rester fidèles : Homeland, Scandal, Once Upon A Time, Don’t Trust The Bitch in Apartment 23, Happy Endings, New Girl… Et puis, une nouveauté un peu bancale avait réussi à me convaincre de m’accrocher un minimum (en tout cas un peu plus longtemps qu’à The New Normal, qui reste globalement relou) : Partners. Pas de bol, elle a été annulée par CBS, elle aussi.

Je n’y allais pas forcément avec une conviction inébranlable au début (Michael Urie dans un nouveau personnage gay après avoir campé Mark St. James dans Ugly Betty, ça puait la redite et les clichés à dix kilomètres), mais je me suis laissé séduire, un peu à la manière de 2 Broke Girls il y a un an, par ce côté très « sitcom désuète des 90’s », avec décors en carton-pâte, personnages bien archétypaux et intrigues inoffensives bouclées en 20 minutes sans avoir besoin d’y repenser jusqu’à l’épisode suivant. Les répliques fusent, les personnages se charrient genre toutes les quinze secondes (trying too hard), il y a un clin d’œil gay par minute (normal, l’un des personnages principaux étant gay).
Alors oui, il y a aussi cet aspect qui n’a pas échappé à la critique, laquelle s’est empressée de dézinguer la série : c’est fait par les créateurs de Will & Grace, et grosso modo c’est un peu les mêmes ingrédients. Le pitch de Partners, gentiment résumé en « 4 amis, 3 couples » par les marketeux, consiste donc à suivre Joe et Louis, deux architectes qui sont à la fois collègues et meilleurs amis depuis toujours, et à découvrir les incidences que leur bromance a sur leurs fiancés respectifs. Joe étant hétéro et fiancé à une sorte de gentille harpie sexy du nom de Ali, et Louis étant maqué avec le mec qui a flingué le mythe de Superman dans un très mauvais film de Bryan Singer en 2006 (allusions vaseuses à la clé dans la série).
Perso, j’ai trouvé la dynamique intéressante : les quatre amis sont assez fusionnels, mais l’histoire centrale est bien celle des deux garçons, et les relations amoureuses sont bien victimes de l’amitié éternelle des deux héros, qui finit toujours par prendre le dessus sur à peu près toute forme d’obstacle. Cela n’a pas été si souvent fait en comédie, et les intrigues sont du coup assez marrantes. Alors évidemment, je suppose que si on est fan de Will & Grace, on ne voit dans Partners qu’une espèce de sous-produit à l’humour fâcheusement daté. Le personnage de Louis est une sorte de Jack McFarland quand celui de Joe, plus sérieux, serait plus l’équivalent de Will Truman.
A ceci près que Jack McFarland était, avec Karen Walker (Megan Mullally), le personnage « secondaire », le scene stealer qui bouleversait l’équilibre quotidien à peu près calme des deux héros. Partners, c’est un peu comme si on avait promu Jack McFarland en personnage principal, c’est à dire au cœur de la dynamique relationnelle essentielle de la série. Ce qui n’est pas pour me déranger, au contraire. Après, évidemment, il faut équilibrer : dans Will & Grace, là où Will Truman et Grace Adler étaient des personnages « normaux » (susceptibles d’exister dans la vraie vie, quoi), Jack et Karen étaient leurs pendants excentriques, envahissants, amoraux, vilains, incapables de sortir deux phrases sans que l’une d’elle au moins contienne une vanne, sans limite, sans filtre social… Bref, des gens qui, s’ils existaient vraiment, avec un tel débit et de telles outrances permanentes, seraient amusants mais un peu fatigants à la longue. Dans Partners, le pauvre Michael Urie se retrouve dans une configuration déséquilibrée, où seules ses répliques et ses actions (globalement, il est bitchy, de mauvaise foi, irresponsable et envahissant au possible, donc) semblent en mesure de nourrir les instants comiques des trois autres. Ce qui fait beaucoup de boulot et beaucoup de gesticulations pour un seul gars face à trois personnages disons, moins sympathiques (du moins vu de derrière un écran, hein).
N’empêche, les six premiers épisodes m’ont bien fait rire. Treize ont été tournés en tout, et je me désole de ne probablement jamais voir les sept derniers, quand bien même il n’y a pas vraiment d’intrigue « fil rouge » à conclure pour cette série. Navrant qu’on ne l’ait pas laissée s’installer une saison entière. Végéter aux alentours de 5,5/6 millions de téléspectateurs et ne pas bénéficier d’un bourdonnement favorable sur le web et dans la presse auront donc précipité le sort de l’une des seules nouveautés de la rentrée 2012 ayant réussi, assez spontanément, à me plaire. En attendant les séries que les chaînes gardent dans leurs tiroirs pour début 2013, donc.

Une réflexion au sujet de « R.I.P. (déjà) Partners »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*