Une semaine de paresse

Editorialiser sa paresse et son manque d’inspiration, c’est parfois le douloureux labeur du blogueur. Combien de ces posts, où je m’excusais de n’avoir rien publié depuis des jours et m’épanchais dans des termes obscurs sur mes atermoiements et états d’âme du moment, as-tu eu à subir depuis quatre, peut-être cinq ans ? Depuis une semaine, je tente de transformer ma flemme légendaire en source d’inspiration, balancée sur Instagram, puis Pinterest, et enfin ici, pour voir si les canaux sociaux se répondent et si, en donnant un peu de cohérence à tout l’écosystème digital et toutes les conversations qui se créent autour de ce blog, j’allais redonner un peu de courage à mon clavier, et surmonter la dépression latente déprime ambiante qui caractérise généralement le mois de novembre. C’est mettre beaucoup de pression à de pauvres photos Instagram, en somme.

Le thème retenu, parce qu’il est symptomatique de ma vie quotidienne, a donc été la paresse. Pas tant que je sois irrécupérable sur tous les plans, mais pour ce qui est de porter attention, une dizaine de secondes par jour, à un détail de mon quotidien qui serait révélateur d’une certaine flemmingite aigüe (et péniblement en voie de guérison depuis… disons… ma naissance ?), l’exercice me semblait abordable, facile. Spontané. Comme devraient l’être la plupart des choses que l’on fait au quotidien, paraît-il. Si tu y vas à reculons, demande-toi pourquoi tu le fais, et si possible, fais autre chose. Le passage-clé de cette phrase étant « si possible », tant il est simple de s’imaginer des obstacles insurmontables à tout, et tant qu’à faire des freins à agir pour se prendre en main. Car se prendre en main, se faire le responsable de son bonheur (quotidien ou dans l’absolu), c’est prendre un risque, comme à chaque fois qu’on fait quelque chose : le risque de se planter. Mais quand on s’est pris en main et qu’on est devenu le seul décisionnaire de son existence au lieu de se laisser porter par les éléments (obligations professionnelles, autorité parentale, envie de faire plaisir à ses amis, pas envie de contrarier son conjoint), qui pourra-t-on blâmer si le risque devient un lamentable échec ? Qui nous relèvera ? Est-ce qu’on y survivra seulement ? Je te jure, la procrastination, ça fait rigoler tout le monde et ça donne naissance à des memes sur le ouèbe mondial, mais en vrai, on est tous dans une mouise à la Saw, sauf qu’on s’est menottés nous-mêmes faute d’imagination.

La paresse, un thème tout naturel, donc.

Si la paresse de la vie s’installe en toi… Michel est mon Berger. Jusqu’au bac (aka la période où j’étais méga motivé par la perspective de me barrer de chez mes parents, et donc d’avoir mon bac pour partir faire des études – si possible loin), je n’avais aucune difficulté à me lever en semaine. Debout 6h40. Café et petit-déj’ de tout le monde prêts à 6h50. Tout le monde debout à 7h10 pendant que je me planquais dans la salle de bain (par pure prévenance : me croiser le matin dans l’heure qui suit mon réveil, c’est l’assurance de se faire aboyer dessus) (j’étais déjà pas du matin, mais j’étais MO-TI-VE, j’te dis). Départ à 7h30. Cours à 8h10. Franchement, vu d’aujourd’hui, je me demande comment je faisais. Les études auront été le passage fatal : les horaires variables, les cours où tu te rends vite compte qu’ils ne font pas l’appel, l’économie des absences non justifiées (grosse épreuve d’apprentissage de gestion : 3 par année scolaire, faut savoir où les caser) (souvent des lendemains de soirées où tout le monde a d’ailleurs eu la même idée que toi). Depuis, c’est bien simple, si je n’ai pas au moins un réveil, tu peux m’imposer l’extinction des feux à 21h ou à 4h du matin, le résultat sera le même : je dors douze heures d’affilée. Mes week-ends sont donc devenus d’une productivité folle, et mes matins sont bien pénibles en semaine. Il paraît qu’avoir besoin de plusieurs réveils est un signe de déprime. N’empêche, ça fait huit ans et ça marche encore. Enfin, vite fait, quoi.
Le tancarville est une malédiction urbaine. Surtout à Paris, où le moindre mètre carré sauvegardé est si précieux. Quand on l’achète, le tancarville, on se dit que, comme ça, plié, il est tout plat, ce sera facile de le ranger en douce au fond d’une armoire ou derrière un  meuble pour que la chambre ou le salon ne ressemble pas à une annexe de buanderie. Mais en fait, on sait bien que non. On va le déplier, lui donnant une vague allure de squelette d’insecte, et ne JAMAIS le replier avant de déménager quelques années plus tard. C’est bien simple, il y a toujours du linge sur le tancarville. Quand tu vis à deux ou trois, n’en parlons même pas : il n’y a alors même plus jamais de place sur le tancarville. Parce qu’en vrai, tu ne plies pas ton linge dès qu’il a séché, sur le tancarville : non non, tu viens prendre un caleçon ou un T-shirt dessus au fur et à mesure de tes besoins, mais tu n’auras jamais ce sursaut ménager consistant à vider le tancarville de son linge sec, plier et ranger ledit linge, et (miracle !) plier le tancarville pour le ranger dans un coin. Nan. Les seules fois où tu vides ton tancarville du linge sec qui y végète depuis cinq jours, c’est quand la lessive suivante, terminée et trempée, attend d’être étendue. Et le tancarville de devenir à la fois une extension de ton armoire (voire de ton mobilier, si tu y poses de temps en temps un ordinateur, un magazine, etc.) et un élément à part entière de la déco de ton salon. Sauf quand tu as des invités, hein, parce que tu voudrais pas non plus passer pour un porc post-adolescent attardé. La vanité est le vrai remède à la paresse.
Si tu bosses en ville, ou même si tu es encore étudiant(e), tu connais peut-être ce dilemme délicat du déjeuner : la cantine (ou le RU), le sandwich, la gamelle-maison en solitaire devant ton poste informatique (option envie de te pendre devant des vidéos YouTube histoire de dire que tu t’es offert un quart d’heure lose intégrale détente) ? Ou bien ce resto, là, juste à côté du bureau, où tu ne parviendras jamais à t’en sortir pour moins de deux (voire trois) tickets restos, mais bon c’est pas trop mal et puis t’as la flemme de marcher 50 mètres de plus pour une formule panini et puis hier soir t’as oublié de te faire un tupperware de courgettes et puis…
En 2008 j’ai arrêté de me ronger les ongles. En 2010 j’ai recommencé. En 2012 j’ai re-arrêté. Je n’en tire pas de fierté particulière parce que quand j’arrête c’est simplement parce que je n’en ai plus très envie, sans trop savoir pourquoi. Tandis que quand je me ronge les ongles, rien, et surtout pas le vernis amer dégueu’ vendu en pharmacie, ne réussit à m’en dissuader. C’est d’ailleurs très désagréable pour la personne qui t’embrasse après que tu aies porté tes doigts à ta bouche, ce truc, paraît-il. Pas de bol pour lui / elle. Mais quand mes ongles ont la chance que je les laisse pousser, je redécouvre cette corvée qui consiste à se les couper. Je commence à me faire au coupe-ongles (même si j’ai toujours un peu peur de glisser et de m’amputer d’une phallange, ou de me retourner un ongle), mais les ciseaux, rien à faire : ça me rappelle trop quand j’étais petiot et que ma nounou nous coupait les ongles avec des ciseaux, et que j’avais déjà peur qu’elle me coupe l’extrémité d’un doigt par inadvertance. C’est d’ailleurs sûrement pour ça que j’ai commencé à me ronger les ongles très tôt. Plus confortable. Avec les dents on sent bien quand on commence à attaquer le doigt. Toujours est-il que je dois parfois me faire violence pour me couper les ongles avant de ressembler à Cruella Devil. Au niveau des mains, j’entends.
Le week-end, si je conserve les rituels de la douche (mais que ne donnerais-je pas pour une baignoire) et du brossage de dents, les autres rituels basiques de l’hygiène passent à la trappe easy, surtout si je n’ai pas d’obligations extérieures et que je passe deux jours à zoner devant Homeland : hydratation, coiffage, rasage attendent le lundi. Voire le mardi, pour le rasage, si je n’ai pas de rendez-vous professionnel. Car contrairement à nombres de gamins imberbes qui auraient tué pour avoir mon atroce duvet de moustache à raser en quatrième (et qui ne l’ont toujours pas aujourd’hui) (lol) (losers), moi, ça m’a bien emmerdé quand il a fallu que je me mette à me raser. Non pas que j’avais peur de me couper hein (enfin, si, un peu au début, mais j’ai vite compris que ça irait) : je suis d’ailleurs complètement adepte du rasoir manuel et pas du tout de l’électrique. Nan, ce qui me soûlait, c’est que le rasage, c’est chiant. C’est long, minutieux (la honte quand tu oublies une touffe de poils naissants juste au-dessus de la lèvre), c’est pratiquement un quart d’heure supplémentaire à ajouter dans ton emploi du temps de feignasse. Relou. Du coup, l’avènement fashion de la barbe de trois jours (qui est surtout l’avènement des feignasses, si tu veux mon avis) est mon allié depuis quelques années. C’est d’ailleurs plus la barbe de huit jours, hein. Ou même la barbe de 20 jours, quand je réussis à l’égaliser à la tondeuse à cheveux (plus sale – on sème des poils de deux millimètres partout dans la salle de bain – mais plus rapide que le vrai rasage)…
Quand ta table de bureau ressemble un peu à une décharge à force d’y stocker des dossiers incomplets, des photocopies dont tu ne te souviens plus et des friandises qui disparaissent et réapparaissent au gré des séismes, tu devrais accueillir avec joie l’arrivé d’une étagère dans ton bureau : ça devrait un peu décharger ton poste de travail et te foutre moins la honte quand tu reçois des candidats stagiaires. Mais en fait, te débarrasser du bordel de ton bureau au profit de cette innocente étagère Ikea ne saurait, bizarrement, se faire par simple transvasement : en vrai, il faut tout récupérer, tout trier, jeter des trucs, faire attention à bien refaire des dossier clairs et simples à retrouver au cas où… Bref, j’ai toujours rien mis dans cette étagère, mon bureau est toujours une porcherie. Promis, demain, je m’y mets.
Le matin, quand je ne suis pas trop à la bourre, je réussis à attraper un 20 Minutes (mon préféré) ou à défaut un Métro ou un Direct Matin à l’entrée du métro. Je lis seulement l’horoscope le feuillette vaguement en écoutant du Gwen Stefani et en faisant de mon mieux pour n’entrer en interaction avec personne dans la rame (je HAIS le métro et je milite pour l’instauration de la téléportation comme moyen de transport du futur), et en arrivant au travail, je le pose sur le coin droit de mon boulot, avec tous les autres, en me disant qu’à un moment ou à un autre, je le reprendrai pour y trouver une info intéressante sur laquelle bloguer, un truc à signaler à une collègue, ou simplement faire les mots fléchés. Cela n’arrive jamais et je ne sais pas trop ce que j’attends pour jeter ce tas de vieux 20 Minutes qui datent de septembre. Du courage, peut-être ?

2 réflexions au sujet de « Une semaine de paresse »

  1. Profite, tu ne réalises pas le luxe de ces moments de paresse…
    Jusqu'à ce que tu en sois « privé » !

    Si je ne me lève pas, mon second réveil matin (agé de 14 mois), me rappelle vite à l'ordre (d'ailleurs je pense souvent à ton post sur le male alpha quand je passe en courant devant le cox avec ma poussette le matin).

    Pour le tancarville, je passe de lessive en lessive aussi…

    1. C'est en pensant à la terrasse du Cox ou de l'Open Café que je me dis que vivre dans le Marais ça doit être lourdingue pour l'ego, parfois ! 😉

      Je crois que je ne suis pas prêt pour un « second réveil matin ». Hu hu.

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