28

T’ai-je seulement souhaité une bonne année 2013 ? Année de la baise, année des balèzes, année du Fébrèze, année des putes albanaises, on a entendu bien des blagues pourries depuis une dizaine de jours. Voire un peu avant. C’est que 2012, année de la louze, année de la bouse, année sans partouze ou année des bad news, semble avoir fait une belle unanimité contre elle à mesure que sa fin approchait. Tous déçus. On a tous perdu quelque chose qui a semble-t-il marqué notre année 2012 : un proche, un job, du temps, un pote, un nouveau petit bout d’innocence, une opportunité, du plaisir.

Étant né en début d’année, le bilan d’un âge donné se confond généralement, lorsque je le fais, avec celui de l’année calendaire. Fin 2012, il y a encore quelques jours, donc, je sentais bien que j’attendais 2013 avec une certaine impatience. Non pas que le monde ait changé ou qu’une vraie page se soit tournée dans ma vie entre le lundi 31 décembre et le mardi 1er janvier, mais je ressentais cette envie, à la fois sourde et hurlante, de sortir de cette année, de cette période, de cette étape bizarrement paralysante de ma vie. En 2012, des changements et évolutions positifs ont été opérés dans ma vie, et d’une certaine manière je n’ai pas à me plaindre. Qui suis-je, de toute façon, dans notre monde en crise, pour me plaindre alors que je mène une vie globalement stable et maîtrisée sur le plan matériel ? Je veux dire, quand tu lis les infos, ou simplement quand tu regardes un peu autour de toi, à Paris ou ailleurs, tu vois bien que c’est un peu la dèche, qu’il fait froid, que des gens mendient et que la carrière de M. Pokora n’a toujours pas été stoppée en vol. La vie, c’est dur. Alors quand tu t’en sors pas trop mal, il faut apprendre à apprécier.

 

 

Facile à dire, hein. C’est relou, les moralisateurs. Ce n’est pas parce qu’il y a plus malheureux que moi que je n’ai pas le droit d’être malheureux, ma bonne dame. Ça permet juste de relativiser et de ne pas se laisser déborder par la médiocrité générale de l’existence, qui peut mener au découragement. Whouhou, cette bonne humeur pour les 28 ans, c’est beau. C’est que 2012 a été marquée, chez moi, par un glissement progressif de ma vie apparemment rangée, vers une absence totale de maîtrise : mes finances, mes désirs, mon appart’, mon temps libre… Je me sens prisonnier de tout, comme si je ne pouvais plus choisir ce qui se passe dans cet appartement, comme si un tas de choses m’étaient arrivées sans que j’aie le moindre pouvoir d’intervention dessus. Ni sur leurs conséquences.

 

 

C’est en partie vrai. Mais je n’ai aussi, bêtement, pas su adopter les réactions appropriées lorsque ces « choses », ces situations, me sont tombées dessus : pas osé dire non, pas osé prendre les choses en main pour que le plan galère ne dure pas trop, pas osé dire aux personnes concernées de se bouger les fesses et de cesser de faire de leurs problèmes mes problèmes…

 

 

Me sentant prisonnier des évènements, ne trouvant pas assez de satisfactions dans mes « refuges » individuels, j’ai entamé il y a quelques mois une phase de gentille déprime. Baissé les bras. Démissionné progressivement. Souhaité être ailleurs. Sans vraiment me l’avouer. C’est que jusqu’à présent, je m’étais toujours laissé un peu porter par les évènements, faisant ma part de travail dans mon coin pour que ça marche, n’ayant jamais besoin d’en faire beaucoup plus. Mais ce que je faisais marchait, fonctionnait, suffisait. Là, ça ne fonctionnait plus, et je n’avais pas le courage de faire plus. Je ne suis pas le phare dans la tempête, je suis un matelot qui flippe de voir son embarcation s’échouer comme une merde. Comme tout le monde.

 

Mais comme être heureux, il paraît que ça se décide, la tentation a été grande, depuis quelques semaines, de simplement tout plaquer, tout envoyer balader, pour me retrouver, me libérer d’une vie qui semble devenir trop lourde pour moi, reconstruire autre chose ailleurs. Ce qui a eu deux conséquences : remettre en question toute mon existence et tout mon quotidien ; et finir par me dire qu’on ne reprend pas le contrôle de son existence en la fuyant, mais plutôt en la reprenant en main. Quitte à lourder tout ou partie de ce qui ne fonctionne pas comme on veut.

 

Bref, que des perspectives complètement déprimantes. Si je plaque tout parce que ça ne fonctionne plus, c’est mal, c’est lâche. Si je reste, est-ce que ça ira mieux juste parce que je décide de m’enthousiasmer à nouveau et de « faire des efforts » ? Quels efforts ? Est-ce qu’on peut simplement se débarrasser des sources de ses soucis et reprendre son existence d’avant, comme si on avait rien lourdé ?

 

Je m’aperçois que ces lignes doivent être bien absconses pour qui ne me connaît pas en vrai. Et peut-être même pour qui connaît mes « problèmes ». La bonne nouvelle, si on résume, c’est qu’en 2013, j’ai décidé de moins me laisser porter par les évènements, de prendre plus de décisions, d’apprendre à dire oui ou non pour moi et pas par crainte de contrarier. Pour subir un peu moins, me plaindre un peu moins. Et peut-être pour être plus reconnaissant envers l’existence.

 

 

28 ans, ce n’est pas si vieux.

3 réflexions au sujet de « 28 »

  1. Joyeux anniversaire #Bisous #Hugs

    Puis je te confirme, fuir ne sert à rien, j’ai voulu le faire aussi courant 2012 voir même déjà en 2011 mais quand tu commences les démarches pour tout envoyer balader et recommencer ailleurs mais avec un certains confort quand même tu te rends compte que c’est limite mission impossible 🙁

    Je pense qu’il faut se battre avec se que l’on a pour améliorer le quotidien car se que l’on veut fuir, il te retrouvera inévitablement.

    Et oui 28 c’est tout jeune 🙂 #ParoleDunVieux :mrgreen:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*