La Pop-Pouffe de janvier

Si les Destiny’s Child étaient un groupe culte, dont la potentielle reformation à l’occasion du prochain Superbowl pour valoriser Beyoncé avant de renvoyer Michelle et Kelly dans leur placard à balai un peu comme pour l’album d’adieux Destiny Fullfilled en 2004 déchaîne les passions, il est un autre groupe qui, faute d’avoir pris le relai de manière durable, a au moins fait illusion pendant deux albums. Ce n’étaient ni tout à fait des Spice Girls, ni tout à fait des Destiny’s Child, mais une sorte de mélange bâtard des deux : les Pussycat Dolls, donc, avaient à la fois les chorégraphies, la caution de respectabilité urbaine et les corps sculptés des Destiny’s Child, et l’aura putassière, la science du single et l’absence de voix des Spice Girls (rhooo). Toujours est-il que ce « groupe » cachait encore plus mal que les Destiny’s Child son ambition de mettre en avant une seule chanteuse (celle qu’on entend et qu’on voit sur tous les couplets et refrains de tous les clips) : Nicole Scherzinger. Avait-elle plus de talent, plus de charisme, ou simplement les dents plus longues que ses copines ? L’histoire ne le dit pas, mais les Pussycat Dolls auraient mieux porté leur nom si elles s’étaient appelées « Nicole et ses choristes qui dansent  et s’ébattent avec souplesse à l’arrière-plan ».

Bref, quand le groupe s’est séparé en 2010 (parce que les autres membres en avaient ras-le-bonbon d’être réduites au statut de potiches pour meubler le décor dans les clips), les Pussycat Dolls ont, une par une, annoncé des projets solo qui n’ont jamais vu le jour (vu que le public n’avait identifié aucune d’elles, quel producteur sérieux aurait misé du fric sur leur nom, je te le demande ?), et sont probablement toutes devenues prof d’aérobic ou quelque chose d’approchant. Mais pas Nicole, bien sûr, puisqu’elle était la seule dont quelques fans connaissaient le nom. Nicole, elle, avait une stratégie : se lancer en douce dans sa carrière solo à coup de featurings chez Timbaland ou T.I., puis la mise en chantier d’un premier album dès 2006. Bon, pas de bol, rien ne se passe comme prévu : ses singles en featuring sont des flops, son album solo est retardé, et on murmure même que certains titres composés pour son premier essai solo ont été intégrés en catastrophe au deuxième album des Pussycat Dolls en 2008, tellement ils végétaient dans le vide depuis deux ans…

Qu’à cela ne tienne, Nicole se bouche le nez et retourne faire la belle dans des clips de chaudasse avec les autres pouilleuses, toujours autant mise en avant, toujours leader de la formation, et ne se rendant pas compte que c’est probablement sa seule chance de continuer à intéresser le public. C’est moche à dire, mais les Pussycat Dolls, c’est un peu comme les L5 ou les Spice Girls : en vrai, elles ne nous intéressent qu’ensemble ; leurs carrières solo, on s’en tape. Aveuglée par l’illusion qu’elle est la Beyoncé de son groupe, Nicole ne se rend donc pas compte qu’elle n’a aucune chance de devenir la prochaine superstar pop des dix prochaines années, à moins de pondre Crazy in Love 2. A la place, elle sort, dès 2010, ses singles dans l’indifférence générale (à l’exception notable du Royaume-Uni) : Poison, Don’t Hold Your Breath, Right There, Wet… T’as jamais entendu ? C’est normal. C’est bizarre, d’ailleurs, parce que les clips font pas mal de vues sur YouTube. Pas des records, mais pas mal de vues. Mais classements dans les charts et ventes ne suivent pas. Pourtant, nos amis grands-bretons ont aimé, donc. Au point que Nicole a élu domicile dans la version UK de X-Factor, où elle coache les candidats gays garçons de moins de 25 ans.

Elle a donc une existence médiatique, des magazines qui continuent de photographier et d’analyser ses tenues sur les tapis rouges… mais toujours pas de tube à son actif. Avec Boomerang, lead single d’un futur album qui devrait débarquer en mars, elle tente donc de dépasser les frontières. Pour le moment, et si la chanson se retient bien, je ne trouve pas qu’elle ait le potentiel d’un énorme hit, ni même que ce soit un très bon lead single. Mais je peux me tromper. Visuellement, le clip est plutôt joli, mais ne fait, bizarrement, pas très américain. La multiplication des clones de Nicole me fait un peu penser au clip de Scream & shout, quand le reste du clip m’évoque plus certains singles des Sugababes, de Kylie Minogue ou de Cheryl Cole Tweedy Tout Court. Des artistes qui ont plutôt un public européen, donc. En parlant de Cheryl, elle partage justement avec Nicole un certain nombre de points communs : elle aussi juge de télé-crochet (le même, d’ailleurs), elle aussi passée par la case télé-crochet en tant que candidate, elle aussi issue d’un groupe, elle aussi tente désespérément de percer le marché mondial en solo… elle non plus n’y est pas encore parvenue.

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