The Perks of Being a Wallflower

The Perks of Being a Wallflower

Il y a des films dont vous sentez, confusément, qu’ils ont été faits pour vous. A votre destination précise. Enfin, à la vôtre et à celle de tous les post-ados attardés de moins de 35 ans qui observent une douce affection pour la pop-culture et les souvenirs culturels de leur adolescence. Parce que quitte à trouver que l’âge adulte c’est pourri, autant ne pas sombrer dans la dépression la plus absolue en se remémorant qu’en plus, le passé n’était guère plus reluisant : sublimer notre enfance ou adolescence, à la lueur de 2013 et sous couvert d’une nostalgie bien commode envers Nirvana, Melrose Place, Pearl Jam ou Beetlejuice, c’est se donner de l’espoir et du courage, car tout n’est pas pourri et des trucs sympa peuvent encore nous arriver, tiens regarde l’époque où tu kiffais Hartley Cœurs à Vif en chœur avec tes potes en commentant les dernières rébellions de Drazic, ça c’était la vie. C’est aussi se voiler la face sur le fait que, à 14 ans comme à 30, ta vie était quand même bien frustrante, médiocre et merdique dans son ensemble, et rien non plus n’allait comme tu voulais. Mais au moins les sales coups d’Amanda Woodward te faisaient marrer et le sourire niais de Freddie Prinze Jr. dans Elle est trop bien théorisait à merveille ta sensation pubère d’appartenir à une caste d’incompris de ton collège : il y a les autres, les « gens cools », et moi, le déclassé, le naze, qui suis en fait le vrai cool du lot.

 

 

Sensation évidemment renforcée, à l’âge adulte, si tu as eu la chance de devenir un peu moins nullos pendant la fac et de trouver un job vaguement valorisant à la fin de tes études, pendant que l’ex-beau gosse de troisième avec qui toutes les filles voulaient sortir est devenu gendarme dans la ville de ton lycée et que l’ex-reine du bal si jolie à seize ans a par la suite loupé son BTS, s’est faite engrosser un peu vite et a acheté avec son mari (celui qui était son mec en terminale, quoi) un pavillon situé à moins de dix kilomètres de chez ses parents. Ça rassure.

 

 

Le monde de Charlie (ou The Perks of Being a Wallflower en V.O.) (ce qui, tu l’admettras, est autrement plus joli) est donc ce genre de film là. Celui qui flatte l’image un peu évaporée que tu gardes de ton adolescence, quand tu te sentais outcast alors que tu sentais bien que tu étais moins teubé que les autres. Celui qui flatte, en fait, ce bas instinct que nous avons tous : avoir une (secrète) haute opinion de soi-même ET la conviction qu’on n’est pas considéré aussi cool qu’on ne l’est vraiment.

 

 

Là où ce genre de film se fout un peu de notre gueule, c’est dans deux de ses dimensions justement over-cool : la première, c’est le fait de se parer d’une aura un peu indé/arty pour ne surtout pas être taxé de teenage movie commercial alors que, soyons concrets, en 2013, c’est justement hyper commercial de se la jouer « comédie indé à la Juno avec du folk-rock coolos en B.O. » quand on s’adresse à la génération de jeunes crétins qui sont allés voir American Pie ou College Attitude au cinoche dans les années 90 (et qui ont découvert John Hughes sur le tard même s’ils se vantent du contraire).

 

 

La seconde, c’est de nier cette évidence qui ne semble frapper personne : on a tous eu la sensation de faire partie des adolescents pas cool, pas populaires, pas intéressants, lorsqu’on avait 15 ans. Oui, même le premier de la classe en EPS. Oui, même la jolie fille qui se faisait draguer par tout le monde. Oui, même le costaud un peu taiseux qu’on n’osait pas trop contrarier. Parce qu’on se cherchait tous, et qu’on avait tous l’impression de mal faire, d’être prisonniers d’une image, de ne pas être aussi cool que ce petit groupe, là-bas : ceux qui rigolent ensemble sous le préau à clopes, ou ceux qui glandent en causant ciné sur le muret à côté du terrain de basket, ou ceux qui s’échangent des compils de heavy metal… Autant de groupes qui, par-delà leur cercle rassurant de deux-trois potes et leurs cheveux gras/expérimentations hormonales, n’en menaient en fait pas plus large que toi.

 

 

Même moi, qui n’étais qu’un naze un peu fayot et vaguement dans les premiers de la classe, je suis convaincu que certains de mes petits camarades de l’époque m’ont trouvé cool, d’une certaine manière : parce que j’avais un petit cercle d’amis fidèles que je n’ai pas semés au gré des modes et des vents tournants, parce que je n’avais pas de boutons d’acné sur la tronche, parce que je faisais la gueule de manière appuyée, ou juste parce que je savais quoi dire quand un prof m’interrogeais en cours. Ou encore pour d’autres raisons, va savoir. Ou pour aucune, et alors là j’étais vraiment un outcast.

 

 

Et là, donc, dans Le monde de Charlie, on suit le parcours initiatique d’un jeune lycéen tout frais tout niais, un peu timide, un peu inadapté social même si on ne sait pas trop pourquoi, qui va avoir un peu de mal à s’intégrer parce qu’il n’est pas vraiment cool… et puis qui, sans qu’on comprenne trop comment ni pourquoi, devient ami en deux minutes avec des FUCKING TERMINALES bordel (genre c’est normal et les terminales adressent la parole aux bizuts de seconde sans les considérer comme des sous-crottes). Évidemment, pour faire bonne mesure, ces FUCKING TERMINALES qui ne respectent pas du tout le système de castes observé religieusement dans les lycées du monde entier (mais personne dit rien), ce sont supposés être des « nazes » dans leur catégorie (= ils ne sont ni quaterback de l’équipe de foot ni reine du bal de promo, et on se moque vaguement d’eux dans les couloirs), un peu nerds, un peu intellos, pas très populaires, quoi : la punk féministe, l’aspirante-réalisatrice de cinéma emo, le gay « flamboyant », l’ancienne fille facile en quête de rédemption depuis qu’elle s’est fait gauler dans une affaire de fesses pas assez classieuse…

 

 

Des gens pas populaires, ça ? Tu veux dire, par opposition aux gosses de riches sosies de Ryan Philippe et de Megan Fox ? Mon cul, ouais ! Des apprentis-hipsters qui écoutent The Smiths, New Order et Dexy’s Midnight Runners, rejouent The Rocky Horror Picture Show le samedi soir et bouffent des space cakes en crachant (comble de la subversion) sur les hunks et les bitches supposément populaires du lycée (alors qu’on sait très bien qu’en vrai, ces gravures de mode, à part à vouloir coucher avec, on les détestait tous). Ces intellos rockeux et alcooliques, étudiants de fac avant l’heure, se la jouaient victimes incomprises et impopulaires du lycée alors qu’ils étaient les plus en vue, les plus prescripteurs, les plus craints. Les pires, quoi. Face à eux, t’avais honte d’être un gossbo scotché à son look Nike-Chevignon du collège ou une dinde superficielle qui avait osé acheter l’album de Shakira. Mais nan, c’étaient eux les gens pas cool, les malheureuses victimes d’une école forcément normative et écrasante, où leur culture et leur ouverture d’esprit faisaient tâche. Oh la la, ta gueule.

 

 

Si l’on excepte ce vague sentiment de malaise, donc, suscité par le spectacle d’ados poseurs et bavards comme dans Dawson qui jouent à se croire impopulaires alors qu’ils auraient, dans la réalité, été exactement le contraire (ça facilite l’identification, c’est sûr), The Perks of Being a Wallflower se laisse bien regarder, avec quelques fulgurances ici et là dans les dialogues et les situations, qui nous renvoient assez facilement à l’ado mal à l’aise qu’on était et que l’on continue (notamment en matière amoureuse) d’être près de quinze ans plus tard. L’intrigue autour du personnage de Charlie est amenée subtilement, par petites touches, jusqu’à ces quinze dernières minutes où l’on comprend enfin sous un jour nouveau tout ce qui a précédé. Pour cela, donc, le film se laisse voir avec plaisir. Et même pour le plaisir des réparties et des idées et inclinations culturelles cools qu’on aurait bien aimé avoir le bon goût d’avoir, en seconde.

 

 

Reste cette incongruité énorme consistant, pour trois gosses fans de rock et de culture pop plus ou moins alternative, à mettre deux heures de film à identifier quels peuvent bien être l’interprète et le titre de la chanson Heroes de David Bowie. Nan mais au secours, quoi ! Z’ont jamais écouté David Guetta ?

7 réflexions au sujet de « The Perks of Being a Wallflower »

  1. Nan mais c’est que tu as réussi à me donner envie de matter ce film pffffffff je ne t’en félicite pas :mrgreen:

    Et dans Hartley Je préférais l’époque de Bolton Rivers etc 😛 et mon proviseur préféré était Dysan

  2. Le dernier paragraphe → +1000

    Et comme Seb, je préférais Hartley au début. Avant que Nick ne meure en faisant le con à la boxe avec son anévrisme. Il était beauuuu ♥♥♥

    1. Y’avait du « jock » à la pelle, à Hartley, c’est sûr ! Drazic, Kurt, Matt, Declan, Rivers, Ryan… Rebels without a cause, mais ça marchait quand même !

  3. Ah je suis content parce que non seulement tu es déçu à la même hauteur que moi, mais en plus tu dis à propos du film des choses que j’ai ressenties et que je n’ai pas écrites dans mon billet. En somme nos billets sont parfaitement complémentaires !

  4. Je me rends compte quand même, à relire ce billet deux semaines après, que j’y suis allé un peu fort, dans le genre agressif, au niveau de mes griefs. Le film reste mignon, mais 1) on en attendrait tellement plus avec cette matière première, et 2) il cache mal ses intentions coolesques derrière des personnages finalement peu crédibles pour des lycéens (je manque de points de comparaison, mais mes potes de lycée et moi étions beaucoup plus niais et moins bavards/philosophes) (mais c’est peut-être le cinéma qui veut ça). En tout cas, tu n’es pas seul ! 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*