Arpad Miklos In Memoriam

Arpad Miklos

De la vie et de la mort des hardeurs. S’il y a bien une partie de la culture gay qui reste ambivalente de nos jours, c’est le porno : toujours un peu tabou et honteux dans sa consommation personnelle, le porno n’en est pas moins un vecteur important de connaissance de certaines pratiques et subcultures des « communautés » gay. Inutile de nier qu’on a tous, un jour, pris un malin plaisir à mettre une copine hétérote face à son inculture crasse en lui parlant de poppers, de sling, de SSR ou de gangbang. Qu’on pratique ou pas dans la réalité (car pour de multiples raisons, la réalité du sexe correspond rarement à la pornographie), le porno gay véhicule une certaine image, à la fois trash et bizarrement valorisante (car totalement désinhibée et mettant souvent en avant des corps magnifiés – du moins chez les grands studios), des pratiques sexuelles de nos contemporains. On apprenait hier le suicide d’Arpad Miklos, star du porno gay de 45 ans et superbe usine à fantasmes des amateurs de daddies, nounours et autres parangons d’ultra-masculinité.

On aurait presque tendance à oublier, vu l’aspect nécessairement un peu sulfureux de « la star du porno qui se suicide », que c’était une vraie personne, avec une famille et des amis qui, comme pour n’importe qui dans ce genre de cas, font face aujourd’hui à un geste définitif qu’ils ne comprendront peut-être jamais. C’est bête à dire mais j’ai été super triste, en plus d’être surpris, par cette nouvelle. Surpris parce que les clichés veulent qu’à 45 ans, quand un acteur porno est toujours dans le business et a réussi à passer entre les mailles des dépressions, passages à vide, oubli des studios, drogues, dépendance aux stimulants, années sida et autres difficultés de reconversion, ça semble gagné pour qu’il vive jusqu’à 70 balais. Évidemment, passé un certain âge, la carrière dans le X est appelée à s’essouffler et la retraite approche inexorablement, avec son lot d’angoisses : que faire ensuite, que devenir lorsqu’on n’a jamais gagné sa vie qu’avec son corps et que ce dernier se flétrit, où bosser lorsque la société vous renverra inévitablement à un passé porno, comment s’accepter « vieux » quand personne chez les gays ne regarde les « vieux » autrement qu’avec pitié, comment passer du confortable train de vie (supposé) permis par le cumul du X et des soirées d’escort à des jobs probablement moins stimulants et moins bien payés… Mais dans le cas d’Arpad Miklos, c’est surprenant parce qu’il occupait un créneau particulier dans l’industrie (en gros, le daddy bear musclé et poilu façon brute épaisse qui défonce du minet de vingt piges au kilomètre), qu’il aurait pu occuper durant de nombreuses années encore. Ce qui porte à croire que ce ne sont pas une peur de vieillir ou des angoisses purement carriéristes qui l’ont poussé à s’ôter la vie.

arpad miklos

Triste aussi, donc, parce qu’en plus d’être au sommet de sa « gloire », Arpad Miklos n’avait pas grand’chose en commun avec les autres acteurs porno qui meurent jeune : pas de dépression, pas d’usage affirmé de stéroïdes (certains acteurs X ont tendance à doubler de volume musculaire entre le début et la fin de leur carrière), pas de délires weird ou de personnalité publique torturée, pas la tête d’un gars qui sent les ecstas et les partouzes glauques tous les week-ends. Note que les apparences peuvent être trompeuses. Mais il faisait partie de ces acteurs X qui ont l’air « sain », solides, souriants, pas borderline, pas torturés, juste contents de vivre ce qu’ils vivent et semblant en retirer plus de plaisir que de low self esteem. Si même ces gars-là sont en fait dépressifs et suicidaires, c’est à désespérer de réussir un jour à faire coïncider plénitude sexuelle et épanouissement personnel.

Mais je m’égare probablement. Je n’y connais rien au X. Je veux dire, au X en tant que milieu. J’ai toujours imaginé qu’il fallait avoir une sacrée personnalité (peut-être borderline, d’ailleurs), pour se lancer là-dedans en tant qu’acteur : le rapport à son corps et à sa sexualité, la compulsion sexuelle (perso, je pense que si tu as besoin de baiser plus de trois fois par jour tous les jours, tu subis ta sexualité plus que tu ne t’épanouis dedans), le regard de l’entourage, l’image publique, le rapport à son propre avenir… Ce n’est pas n’importe qui, en fait, qui peut se lancer dans le X, en-dehors bien sûr des basses considérations sur les mensurations et performances sexuelles.

Alors si en plus le milieu dans lequel cela t’amène à évoluer n’est finalement pas très reluisant et que tu t’y fais arnaquer, entraîner dans une surenchère physique, payer au lance-pierre par des producteurs moribonds, considérer comme de la chair à canon interchangeable, dévaloriser par le monde entier en-dehors des quelques cercles que tu fréquentes et qui te portent aux nues sans te connaître (industrie du X, sex-clubs, boîtes gays, quartiers gays des grandes villes, quelques amis quand on a de la chance)… cela ne doit finalement pas être si fun d’être une star du X. Comme si toute ta vie ne tournait qu’autour de ton corps et de la baise : gym, régime, sorties, mise en scène de ta carrière et de ton corps sur ton site web lorsque tu en as un… Du cul partout, tout le temps, sans issue. C’était un peu de cela que parlait Erik Rhodes, un autre acteur de porno gay qui est mort l’année dernière à tout juste 30 ans (30 ANS, BORDEL !) d’une crise cardiaque consécutive à sa grande consommation de stéroïdes, dans son blog, sur Tumblr, qu’il avait intitulé « A romance with misery » et où il parlait de ses états d’âme, du vide qu’il ressentait souvent et de la manière dont les gens et leurs réactions à son encontre l’affectaient. Après sa mort, c’est son frère jumeau (qui a priori, ne fait pas de porno) qui a lancé un blog, « Survivor’s Guilt », pour parler de lui et du vide laissé par son absence (leur ressemblance physique rendant la lecture à la fois voyeuriste et hypnotisante). Baiser en quantités industrielles ne rend pas plus heureux, donc.

Pas étonnant qu’un François Sagat essaye de progressivement donner une nouvelle dimension « art contemporain underground freak » à sa carrière, ou que Clara Morgane ait capitalisé sur sa rapide notoriété pour faire d’autres trucs : les deux sont bien conscients que leur nouveau public s’intéresse à eux à cause de leur image sulfureuse et en jouent, mais au moins ils ne dirigent plus l’intégralité de leur quotidien vers la perspective de leur prochain tournage porno. Ça doit reposer. Même si le public les renverra toujours à cela, ils ont réussi à faire de leur dimension mainstream une carte qu’ils pourront jouer longtemps. Même lorsque leur âge et leur corps ne correspondront plus du tout aux standards du X. Ce qui me dérange, et qui doit probablement les déranger aussi, c’est justement qu’on ne réussisse pas, nous le public, à passer à autre chose : Brigitte Lahaie est une bonne animatrice radio, mais estimera-t-on un jour qu’elle a suffisamment de légitimité pour parler d’autre chose que de cul à l’antenne ? Clara Morgane n’a fait du X que pendant deux ans, n’a tourné qu’une dizaine de films à peine et ne fait que d’autres trucs (animation TV, musique, mannequinat) depuis plus de dix ans, alors pourquoi est-elle encore aujourd’hui l’objet de blagues grivoises sur les MST ou la double-pénétration ?

arpad miklos 3

La star du X nous fascine. Elle incarne à nos yeux le stupre, la fange, le cul débridé qu’il serait de bon ton de pratiquer mais auquel on est tellement « fier » de ne pas être limité, et quelque part c’est rassurant d’avoir quelqu’un à « enfermer » dans cette étiquette. Mais pour une « star » du X réussissant à se faire un nom dans le mainstream (Ovidie, Julia Chanel, Rocco Siffredi, Matthew Rush, Brent Corrigan) et à apparaître dans des scènes sulfureuses de films « classiques », dans des caméos clins d’œil, dans la rubrique sexe d’une émission ou d’un magazine… combien d’acteurs appelés à rester anonymes ou presque. C’est qu’avec le web et le gonzo, même ton voisin est peut-être apparu dans une vidéo X qui circule en ligne. La différence, pour les professionnels comme Arpad Miklos, c’est qu’ils n’ont aucune chance qu’on l’oublie. Et pas seulement leur famille ou leurs futurs employeurs, non : ils croiseront toujours quelqu’un pour se souvenir de cette partie-là de leur vie, et probablement pour, consciemment ou pas, les discréditer pour tout autre projet ou envie qu’ils pourraient avoir. Sans trop m’avancer sur les raisons du suicide d’Arpad Miklos, dont comme tout le monde j’ignore tout, difficile d’imaginer que c’est totalement déconnecté d’une carrière et d’un milieu si particuliers, si scrutés, si méjugés à l’extérieur qu’il semble impossible, jamais, de les laisser un jour derrière soi et d’avoir droit à une page blanche. Qu’on vive bien cet hédonisme apparent ou pas. Loin de moi l’idée de juger que les pornstars sont forcément malheureuses, qu’elles vivent une existence glauque et vide, mais peut-être devrions-nous, aussi, les regarder autrement que comme des quasi-prostitués tombés dans le X comme on tomberait dans le dénuement, et accepter l’idée que les grandes stars du genre (je ne parle pas des minets hongrois hétéro-flexibles qui cachetonnent pour une misère dans des productions cheapos) font ce boulot librement, pour le fric et/ou pour le plaisir, sans gêne et sans misérabilisme, et qu’elles sont déjà probablement confrontées à assez de difficultés sans que vienne s’y ajouter notre condescendance.

5 réflexions au sujet de « Arpad Miklos In Memoriam »

  1. Bravo pour cet article j’en ai appris des choses et je suis bien d’accord que c’est dommage que l’on arrive pas à faire abstraction du passé professionnel quand on veut se reconvertir.

  2. Je suis très choqué de la mort d’Arpad.
    Arpad, dans les films pornos, ça fait longtemps que je le connais. Ses premiers films il était imberbe et musclé sec.. Et pour mon plus grand plaisir au fil du temps, il s’épaississait en devenant un bear bien poilu tout en gardant son beau sourire.
    Je me pose aussi plein de questions sur son suicide, pourquoi il a fait ça.
    On trouve peu d’infos sur le net, j’ai vu sur youtube une interview d’un gars qui en parle. Mais c’est en anglais et je ne comprends rien.
    Peut etre la solitude.
    J’ai lu sur un autre site qu’on l’embauchait de moins en moins de tournages pornos. Info ou intox ?
    Pour moi, Arpad, c’était plus qu’un acteur porno qui me faisait bander. Je ne l’oublierai pas en tout cas.

  3. SLT SUI VRAIMENT TRISTE ET MALHEUREU POUR CE KI ARRIVAI A ARAPD MIKLOS CA FAIT UNE SEMAINE KE JE PLEUR SUR LUI DEPUI LE 8 FEVRIER??j trouver le journal de sa mort sur internet parhazard kan jetai entrain de cherch des videos sur lui,ca fai 2an ke je sui c videos,et j tjr ke cet acteur betai pa ordinaire car j su apres kil etai avan un ingenieur chemiste, ,il etai plus en plsu tres bel hoome avec son bo sourir,cetai un homm pour tou les gout ,il avai tjr un bel look classike,il etai tjr bo meme dans le clip debil de perfum genuine,malgrer kil ne sourir pa il etai tres beau,j arrive pa acroi kil es mort ,arapd miklos na pa tuer lui meme mai il ma tuer aussi avec lui,mon tel:00212-614-43-32-58 mon email:jamalalami1983@hotmail.com stp envoi moi des email pour me soutenir ,jesper kil n pa mort ,car la place de son enterment n pa conu encor

  4. moi je suis deçu car on a aucune information sur ses funerailles ou ils se sont derouler il meritait reelement un bel hommage .ne pas oublier quil a donner beaucoup de son temps pour les associations.merci arpad je ne toublierai jamais .je suis fier de toi.et merci

  5. Sa disparition m’a brisé !!
    Il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui.
    Je ne cesse de me poser des question sur sa mort. L’inévitable « pourquoi » me hante !!
    Son regard !!! Mon Dieu son regard d’homme puissant, chaud, dominateur.
    J’aurais pu devenir femme si il me l’avait demandé
    Arpad je t’aime mon homme.
    Où que tu sois sache que tu sauras dans mon esprit jusqu’à mon dernier souffle.
    Au revoir mon amour….

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