Beyoncé partout, Beyoncé nulle part

beyoncé half time show

Avec chaque nouveau mois viennent les deux semaines de panne d’inspiration et de temps mal organisé qui font le charme de ce blog. Et puis surtout, ce blog est moche et je suis déprimé à l’idée d’y poster des trucs. N’empêche qu’il y aurait eu matière, ces dernières semaines, à causer en ces lieux, ne serait-ce que pour t’updater de mes dernières sorties ciné, analyser le dernier One Direction, railler les Victoires de la Musique avec les loups ou faire le point sur le Harlem Shake, le meme ayant réussi l’exploit (proximité conceptuelle avec le lipdub oblige) de devenir ringard en une semaine. Mais en vrai, j’ai tardé, et du coup tout le monde l’a un peu fait quinze fois.

 

Du coup, je me retrouve comme un con à te causer de Beyoncé, encore une fois, à la lumière de son omniprésence médiatique depuis le début de l’année. Pour accompagner une série de concerts (dont je ne sais pas encore trop si j’y serai convié par L’Homme ou si, sachant qu’il est de notoriété publique que je déteste Beyoncé, je serai puni) et la sortie d’un hypothétique album, Mrs Carter a en effet investi le web et les médias avec la subtilité d’un bulldozer depuis le mois de janvier. Dix ans après Dangerously in love, 2013 sera une année Beyoncé. Pas de discussion.

 

beyoncé blue ivy

 

 

Il y a eu l’annonce du Superbowl, les froncements de nez de Michelle Williams, les photos ratées du half-time show qui ont fait le tour du web à une telle vitesse et dans de telles proportions qu’on se demande comment ça n’a pas été fait exprès, la tournée « surprise » sold out en quarante secondes, la première photo officielle de Blue Ivy (qui ressemble plus à sa mère porteuse Jay-Z qu’à Beyoncé) (pas de bol), la Une de Vogue et celle de Gentlewoman en Dior, le documentaire sur Beyoncé réalisé par elle-même et diffusé par HBO (record d’audience à la clé)… Et ce matin, donc, les photos de Patrick Demarchelier pour la campagne Pepsi qui envahira le monde en mars.

 

Beyonce_by_Patrick_Demarchelier_HR

 

 

Bientôt l’overdose, dis-tu ? Apparemment pas. Si le documentaire Life Is But A Dream est quasi-universellement décrié sur le web depuis lundi matin (en gros, c’est un infomercial d’1h30), force est de constater que le timing et le dosage de contenus et d’informations livrés par Queen B et son équipe sont d’une maîtrise parfaite, et finalement bien moins grossiers que Lady Gaga en 2011. C’est que, grandes ventes d’album ou pas, Beyoncé réussit à maintenir coûte que coûte son aura de superstar planétaire qui ne se vautre jamais. Oui, même quand des photos peu flatteuses fuitent. Oui, même quand 4 se vend à douze exemplaires.

 

Beyoncé, c’est presque l’anti-star moderne. Du moins, si l’on considère des filles comme Britney, Christina, Lady Gaga ou Lindsay Lohan comme des « stars modernes ». Beyoncé, par opposition, c’est la star « à l’ancienne », la star qui semble faire fi du web, des rumeurs et des burn out médiatisés, et dont la comm’ et l’image sont d’une maîtrise parfaite… pour ne pas dire inquiétante. Voilà probablement l’une des raisons qui font que je n’aime pas Beyoncé. Attention, je n’ai jamais dit que je ne reconnaissais pas son talent ni son charisme, mais je n’aime pas le « personnage ».

 

Alors que Britney n’est probablement, artistiquement, qu’un pantin désarticulé agité sous nos yeux avec des ficelles, et qu’elle a donc cent fois moins de talent que la Knowles (et même si je serais tenté de trouver ridicule de comparer deux artistes aux registres finalement si différents) (malgré une proximité certaine d’une partie de leurs publics respectifs), je la préférerai toujours. Parce qu’elle joue le jeu, s’expose, ne filtre pas chaque image d’apparition publique, ne simule pas un bonheur conjugal ostentatoire ni une vie privée fabuleuse, est entrée dans nos vies comme une lointaine copine white trash qui fait des trucs un peu funky de temps en temps… Non pas que ça l’empêche de proposer des albums et clips léchés et travaillés par une armée de producteurs, mais au moins, on sait qu’elle est aussi une vraie personne.

 

 

beyonce-superbowl

 

Beyoncé, elle, voudrait nous faire croire qu’elle est aussi lisse et parfaite que ses Unes de magazines et ses pochettes d’albums. Elle est presque aussi artificielle que Jennifer Lopez en 2002 avec son sourire plastifié et ses looks tellement étudiés pour ne jamais faire le moindre fashion faux pas. Ça me la rend moins sympathique. Plus classe, plus élégante, meilleure candidate à servir d’égérie à des marques de luxe, mais moins sympathique. Peut-être la postérité la sauvera-t-elle, quand on apprendra que, comme pour toute grande icone, les coulisses n’étaient pas reluisantes.

 

Jean Dujardin a fait des déclarations idiotes au sujet d’Internet, qui serait de la merde sous prétexte que les haters et les trolls y pullulent, et ne comprend pas « pourquoi on fait des stars si c’est pour les détruire ». Mais justement, c’est pour ça qu’on vous crée, mon Jean. Pour vous mettre sur un piédestal et vous en faire descendre, vous faire vivre de belles histoires et des horreurs (qui deviendront d’encore plus belles histoires si vous vous en sortez), pour vous faire vivre la grande vie que nous ne vivrons jamais, pour vous offrir les joies de l’adulation et les affres de la notoriété, pour que la foule vous aime et vous dévore, et surtout parce que la plupart d’entre nous n’a ni le talent ni la force de caractère suffisants pour traverser cela sans trop de dégâts. Et s’il y a des dégâts, tant pis et tant mieux : nous avons besoin, pour nous rassurer, que les stars soient des monstres de névroses et d’égo ; car si toi, immense star, n’es pas un monstre, alors pourquoi ne suis-je pas aussi scruté, adoré et détesté que toi ? Et puis d’ailleurs, monstre ou pas, pourquoi être star n’aurait-il que des avantages ? S’exposer, ce n’est pas seulement s’exposer aux cris de pâmoison des admirateurs, c’est aussi s’exposer à moins agréable. Appelle ça jalousie si tu veux. Si Marion Cotillard a beaucoup trop de succès depuis La Môme, doit-on la laisser vivre son rêve éveillé lorsqu’elle shoote l’une des scènes de mort les plus ridicules de l’histoire du cinéma ?…

 

Avant Internet, les gens critiquaient aussi à tout va les stars les plus populaires et se délectaient de leurs frasques et de leurs déboires. Il n’y avait simplement pas de forums ou de réseaux sociaux ou leur flux de bile se déversait sur ta gueule par écran interposé. Toutes cultes qu’elles soient devenues, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot ou Audrey Hepburn ont sûrement connu leur lot de haters et d’observateurs plus ou moins bien avisés pour les trouver tantôt trop mijorées, trop aguicheuses, mal habillées ou pas drôles. C’est le jeu, et mépriser d’un revers de main l’existence des haters et Internet en entier, c’est mal comprendre la machine médiatique par laquelle on cherche à se faire lustrer l’égo et acheter sa came (que cette came soit un film, un single ou une fringue importe finalement peu).

 

beyoncé hulk

 

Tout cela pour dire que Beyoncé, comme cela s’est traduit avec sa maladroite tentative de maîtrise des photos lol prises pendant le Superbowl, s’inscrit dans la même logique de maîtrise et de refus maladif de compromettre son image (ce qui laisse entendre que tout cela est plutôt un immense spot publicitaire étalé sous nos yeux depuis quinze ans qu’une vie purement dédiée à l’art – qui aurait connu son lot d’erreurs, de fiascos, d’expérimentations plus ou moins foireuses) : en restant dans un star system over-maîtrisé, elle se présente comme un produit plutôt que comme une personne. Comme un personnage idéalisé plutôt que comme une femme qui essaye, doute, flippe, baise, calcule, foire… vit. C’est quelque part beau et noble, à notre époque, d’avoir cette prétention face aux médias. C’est donquichottesque, en fait.

 

N’empêche que c’est aussi un pari risqué. Car si on trouve tous que les stars d’antan ont trop la classe, est-on en mesure d’accepter longtemps une star d’aujourd’hui qui ne joue pas le jeu de la sincérité, de la spontanéité, des défauts montrés avec honnêteté ? Une star qui a tenté le grand écart entre « je vais à l’Eglise tous les dimanches » et « je cherche la street credibility » ? Une star qui a passé presque cinq ans à nier sa relation amoureuse avec un rappeur avant de l’épouser en justes noces ? Et ce n’est pas en nous inondant de pubs et de communications maîtrisées qu’on va avoir l’impression qu’elle est sincère dans sa démarche de « personnage public ».

 

La différence entre Beyoncé et les autres pouffes de la pop music ? Comme elle la joue « star à l’ancienne », avec références old school et Motown affirmées à d’anciennes divas comme Diana Ross ou Etta James, elle n’aura jamais un besoin impérieux de se positionner « à la pointe » des dernières tendances et des producteurs à la mode : son talent et l’étiquette « R’n’B respectable » suffiront toujours à lui faire vendre des albums. Mais suffiront-ils à nous la faire aimer ?

3 réflexions au sujet de « Beyoncé partout, Beyoncé nulle part »

  1. Qu’est- ce que tu trouves moche à ton blog? Le layout ne te plait plus? Tu viens de le refaire pourtant non?

    Si c’est le cas, fais toi violence pour le modifier afin de retrouver la motivation de l’alimenter 😉

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