20 ans d’écart (ou plutôt 10)

20 ans d'écart pierre niney virginie efira

A la base de toute comédie romantique, il y a un postulat assez sexiste, qui veut que la finalité du bonheur se trouve dans la conjugalité. Comme si la femme, quand bien même elle se croirait heureuse dans une situation de célibat, ne pouvait en fait l’être qu’avec un homme à son bras. Remarque que ce serait valable aussi pour un homme avec un homme, une femme avec une femme, ou même un homme célibataire endurci et la femme qui saura faire baisser sa garde. Ce n’est donc pas si sexiste que ça a priori, mais la comédie romantique étant un genre cinématographique si grossièrement orienté vers une cible féminine, on est tenté de le trouver un peu paternaliste, à l’occasion…

Depuis quelques semaines, le web et la presse bruissent de l’immense satisfaction (plus ou moins montée en épingle) des spectateurs sortant des salles diffusant 20 ans d’écart. Bon, en ce qui me concerne, j’ai eu un peu de mal, tout au long du film, à regarder Virginie Efira comme une vieille cougar sur le retour, et Pierre Niney comme un ado de moins de 20 ans. Leur différence d’âge, si elle est réelle, ne m’a pas semblé non plus être aussi abyssale que le film ne se plaît à le surligner pendant 1h30. C’est un peu comme si on avait demandé à Katie Holmes de jouer la mère de Zac Efron : il aurait peut-être fallu caster deux personnalités et deux âges plus « éloignés », n’en déplaise aux indéniables mérites de Virginie Efira (qui réussit souvent à faire oublier qu’elle était peut-être un peu jeune – 35 ans – pour le rôle) et de Pierre Niney (qu’on nous vend déjà comme le nouveau Louis Garrel). A la limite, un tandem entre Marina Foïs ou Karin Viard et un acteur qui aurait vraiment eu 19 ans, par exemple, aurait semblé un peu plus sulfureux, et surtout plus cougar / minet que les deux héros du film de David Moreau, qui n’ont que 10 ans d’écart en fait.

Mais c’était aussi, probablement, une question de crédibilité : Virginie Efira est supposée incarner Alice Lantins, une jeune femme célibataire (mais maman d’une gamine de dix ans, pour qu’elle soit bien étiquetée vieille), qui n’a pas encore tout à fait réussi à atteindre son objectif de carrière (devenir rédac’chef d’un magazine féminin branchouille), et qui approche la quarantaine. Il faut qu’elle ait l’apparence d’une jeune femme sérieuse et maîtresse d’elle-même, mais suffisamment fraîche et mignonne pour que ses supérieurs ne l’aient pas encore prise au sérieux, quoi. C’est sûr qu’imaginer Nathalie Baye écrabouillée professionnellement par Gilles Cohen, c’est un peu plus compliqué…

 

 

Et donc la gourdasse, suite à un malheureux concours de circonstances (il faut toujours un concours de circonstances, dans une rom’com’, pour attirer les deux contraires, les obliger à cohabiter et les faire tomber amoureux), se retrouve cataloguée cougar après avoir été surprise (et twitpiquée) à pseudo-galocher un djeunz’ (Pierre Niney, donc) qui lui rendait une clé usb égarée. Se rendant compte que cette nouvelle image de femme libérée à la sexualité follement décadente peut lui permettre d’obtenir une promotion qui était sur le point de lui échapper, elle décide de jouer le jeu à fond et de se montrer à tout Paris au bras de son minet. Évidemment, la vilaine fait ça sans avertir le gentil garçon de ses intentions (grosso modo, elle se sert de lui) et sans faire attention au fait que, peut-être, il lui plaît vraiment.

 

 

On voit la plupart des gags et des situations venir à dix kilomètres, et on connaît la fin avant même d’avoir fini les cinq premières minutes du film, mais que veux-tu, ça marche. Les ressorts usés de la comédie romantique hollywoodienne ne sont plus des gages de succès au box-office depuis longtemps (Julia Roberts a épuisé le filon), mais quand tu es bon public face à ce genre de produit, tu ne passes jamais un vraiment mauvais moment.

 

 

20 ans d'écart

 

 

Alors certes, il y a un postulat de départ un peu sexiste sur les bords, avec cette injonction, à la professionnelle des médias, d’être sexy, marrante, divertissante, fan de boîtes de nuits, alcoolique mondaine et provoquante tout en lui demandant de se casser le cul sur les maquettes du prochain numéro à quatre heures du matin… mais le film réussit à prendre ses distances par rapport à cette injonction, en faisant ce que toutes les comédies romantiques finissent par faire : poser la question « et l’amour dans tout ça ? ». Une question cucul, mais qui va au-delà de la romance niaiseuse survendue : et si, au lieu de se conformer à ce qu’un milieu attend de nous, on se contentait d’agir comme on le souhaite, de faire ce qu’on aime et d’accepter ce qu’on est (quand bien même ce serait une femme vaguement paumée et pas très funky qui a un peu foiré ses choix de vie) ?

La solution, bizarrement, est apportée sur un plateau par le personnage de Vincent (Gilles Cohen), personnage glaçant de cynisme, de condescendance et de misogynie, qui rappellera peut-être aux gays parisiens qu’à force de s’être battus pour leurs droits depuis leur tranquille tour d’Ivoire de CSP+, ils en ont oublié que les positions de pouvoir, si elles ne sont utilisées que pour profiter d’un train de vie superficiel de patachon et pour contribuer à dicter aux femmes quelle doit être leur place, sont contre-productives. Parce que misogynie et homophobie s’épanouissent dans le même terreau, on ne peut être complice de l’une sans servir l’autre.

En attendant une éventuelle adaptation aux Etats-Unis, croisons les doigts pour que ce ne soit pas Katherine Heigl ou Sandra Bullock qui décroche le rôle d’Alice Lantins, au risque de nous transformer un film au ton gentiment subversif (qui se permet de faire apparaître un sein ou un joint) en grosse rom’com’ bien premier degré. Une Kristen Wiig, une Tina Fey ou une Elizabeth Banks, au contraire, ferait des merveilles…

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