Hansel et Gretel se prennent un peu pour Buffy Summers

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(mais sans les vampires). C’est que, désormais, et après avoir fait le tour des adaptations premier degré des contes européens, notamment par le biais du film d’animation, l’industrie hollywoodienne tente de transcender le genre, histoire d’utiliser cette matière si familière en direction d’un public adulte. Voilà comment on se retrouve avec des adaptations typées film d’action (Blanche-Neige et le chasseur) ou film d’horreur (Le Chaperon Rouge), soulignant au passage la violence de ces histoires racontées au chtites n’enfants pour leur faire prendre conscience de la vie, de la mort, de l’adversité et des quêtes existentielles. Evidemment, cela suppose la nécessité d’extrapoler un peu par rapport au conte de base. Car que sont les contes, si ce n’est la version romancée et rendue fantastique par les déformations narratives et les folklores locaux d’histoires arrivées pour de vrai. Tueurs en série, souverains jugés illégitimes, sauvetages spectaculaires, mariages tragiques, conflits familiaux… les ingrédients des contes n’ont rien à envier aux faits divers. Pas difficile d’imaginer comment ils sont nés dans l’esprit de leurs auteurs : soit par déformation d’une histoire qui a fini par leur parvenir après des dizaines de versions, soit en laissant une imagination débordante enchanter un fait divers sordide trouvé dans un journal local…

Et donc, Hansel et Gretel, les deux mômes abandonnés par leurs parents en forêt et survivant ensuite à une vilaine sorcière tentatrice dans sa maison en sucre, sont devenus les symboles de la lutte des braves gens ordinaires et sans pouvoirs contre les forces occultes. Avec les dérives qu’on peut imaginer dans la catégorie « chasse aux sorcières » : inquisition, procès sommaires, intolérance, exécutions de personnes innocentes ayant eu le malheur de ne pas avoir la bonne attitude ou la bonne couleur de cheveux…

Hansel & Gretel : Witch Hunters parle un peu de tout ça, et s’en sert surtout comme prétexte pour proposer un divertissement pur popcorn made in MTV, jouant avec jubilation sur les codes du gore et de la comédie d’action, tout en adoptant une esthétique dark (merci l’ambiance Moyen-Âge européen), bien dans l’air du temps. Un produit bien ficelé en somme.

Ici, Hansel (Jeremy Renner) et Gretel (Gemma Arterton) sont toujours frère et sœur, ils représentent toujours ce duo fraternel qui a su se protéger face à une vilaine sorcière… mais ils sont devenus grands et, guidés par l’idée qu’ils sont des élus immunisés contre la magie noire et par une haine farouche des vilaines dames qui font de la magie, monnayent leurs services pour les liquider. L’équivalent de chasseurs de prime, donc, mais s’en prenant à des meufs qui font de la magie : obscurantisme premier degré bonjour. Évidemment, comme on est dans un film d’action SF, la magie existe vraiment, et les sorcières attaquées par le duo sont vraiment de grosses vilaines dangereuses, mais bon, au début il y a quand même cette impression un peu âcre de peine de mort justifiée, de « chasse aux sorcières » et de violence cool, dans un contexte de conte de fée, certes, mais avec des motivations qui ont réellement existé, dans le passé, pour mettre à mort des gens sans que personne n’ose broncher…

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Et puis l’intrigue, un peu pachydermique, amène avec de gros sabots les deux protagonistes principaux (dont on peut imaginer qu’ils n’ont guère, depuis leur époque reculée, les connaissances nécessaires pour se rendre compte de leur bigoterie puante planquée sous leur aspect « empowerment ») à adopter des positions moins manichéennes : en gros, sous couvert d’intrigue visant à sauver un groupe d’enfants menacés de sacrifice pour une obscure quête d’invincibilité, Hansel et Gretel mettent à peu près les deux tiers du film à comprendre que 1) toute personne faisant de la magie n’est pas forcément mauvaise (et ne s’y intéresse pas forcément pour de mauvaises raisons) et que 2) tout ce qui a un aspect monstrueux n’est pas nécessairement méchant. A croire qu’ils n’ont jamais vu un Disney, ces blaireaux.

N’empêche que l’idée d’avoir mis sur ce film un réalisateur européen, avec une équipe majoritairement européenne, se sent, et tant mieux : on s’y retrouve niveau dialogues, décors, seconds rôles, ambiance générale, et évidemment avec ce rapport ludique au gore (têtes qui explosent, corps écrabouillé sous le pied d’un troll avec option giclures, sorcières passant à toute allure à travers une toile de fil à couper le beurre qui les réduit en bouillie…) qu’on croise assez rarement dans un produit de ce genre, marketé « film léger et funky du samedi après-midi pour ados fans de Nabila ».

Alors certes, ça ne vole pas très haut. Mais si c’est bien foutu et que ce n’est pas décevant par rapport à ce que l’on est en droit d’attendre de ce type de film, est-ce que Hansel & Gretel : Witch Hunters ne serait pas, en toute modestie, une réussite ? En tout cas, tu remarqueras que je me compromets gravement niveau Actors Studio dans les salles obscures en ce moment, hein. Et dire que j’ai touours pas vu Amour ni Zero Dark Thirty

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