10 raisons d’aller voir ‘Sublimes Créatures’

sublimes créatures alden alice

5 bonnes, 5 mauvaises. Aller au cinéma en couple est toujours un exercice de diplomatie. Parce que je veux conserver l’illusion d’une maîtrise de mon libre-arbitre et de mon individualité, je fais régulièrement faire à l’Homme la liste des films qu’il n’a pas envie de voir, histoire de vérifier s’il n’y en a pas que, moi, j’aimerais voir. Ce qui me permet, en principe, de mettre en place dans mon emploi du temps évidemment surchargé (c’est compliqué, la vie parisienne, quand tu aimes dormir 18 heures par nuit) une séance de cinoche où je me rends seul, de temps en temps. Parce que bon, c’est pas parce que tu es en couple et que tu fais tout par deux que tu dois te priver de voir les films qui t’intéressent, t’vois. En principe. Car dans les faits, je suis si bien organisé que je dois aller voir environ 3 films par an tout seul, le reste de ma fréquentation des salles obscures s’opérant donc exclusivement en direction des films qui font consensus entre Monsieur et Monsieur.

N’empêche que comme je suis la personne la plus sympa de la planète (comme chacun sait), j’accepte parfois de me fader, pour faire plaisir à Monsieur, une bouse que je n’avais pas spécialement l’intention d’aller voir. Bon, pas au point de le suivre pour Le Hobbit, hein (j’ai vu aucun film de la trilogie Le Seigneur des Anneaux, c’est pas pour aller me compromettre avec un sous-produit, merci bien), mais c’est quand même grâce à lui que je n’ai pas baissé les bras au deuxième volet de Twilight.

 

Et donc, mercredi 27 février, jour de sa sortie en salles, je me suis laissé traîner au mk2 d’à côté pour découvrir Sublimes Créatures, un truc dont je ne savais absolument rien en dehors des informations partielles que laissaient filtrer les affiches qui avaient fleuri dans le métro : « Vous avez aimé Twilight, vous allez adorer Sublimes Créatures », le casting, les costumes, l’ambiance vaguement romantico-gothique… Bref, on nous promettait de la romance ado vaguement SF, et le Crash Test du Grand Journal avait adoré. La vérité se situant un peu entre les deux, comme souvent, avec les ingrédients d’un Twilight allégé (tu transposes la romance dans une région plus ensoleillée et moins glauque, tu remplaces les vampires par des sorciers, et tu donnes des pouvoirs à la fille plutôt qu’au garçon) mais une qualité générale tout de même nettement plus marquée. J’ai toujours pas compris le titre, par contre.

Alors, faut y aller ? Oui, pour 5 bonnes raisons.

 

1) Soutenir une production de qualité pour que les poncifs et autres catastrophes visuelles de Twilight ne soient pas reproduits à l’infini dans les fictions romantiques pour adolescents. Sublimes Créatures propose, entre autres, une mise en scène assez réussie, de belles images avec une belle lumière, une bonne caractérisation des personnages qui va au-delà de l’ado niaise, mono-expressive et taiseuse face au mannequin Calvin Klein qui garde en permanence son air constipé pour avoir l’air de pen-ser-à-des-cho-ses-sé-ri-euses, des effets spéciaux cheap mais pas non plus risibles… C’est déjà beaucoup plus que ce dont la saga inspirée par « l’œuvre » de Stephenie Meyer peut se vanter.

 

Alden

 

2) Alden Ehrenreich est peut-être la superstar de demain. J’avais déjà aimé son faux air de Leonardo DiCaprio dans Tetro, vu début 2010, où il campait un naïf jeune premier qui ouvrait le placard à squelettes du passé de sa famille. Le film était superbe, visuellement assez ébouriffant malgré son noir et blanc sobre et quelques temps morts, et il y était très difficile d’exister face à Vincent Gallo. Alden Ehrenreich avait réussi cela, en grande partie parce que le public passait environ les trois quarts du film à espérer le voir se déshabiller. Redevenu un peu plus quelconque dans Sublimes Créatures, Alden n’en reste pas moins un beau gosse agréable à regarder, et qui fait bien son boulot de comédien : il rend notamment compte à merveille de l’éveil amoureux, de la panique lorsque l’on prend conscience pour la première fois d’être face à une force surnaturelle et de ne plus avoir le contrôle de la situation (très joli monologue sur la manière dont il visualise son avenir le plus sombre), ou encore de l’état d’esprit dans lequel on se trouve lorsqu’on a l’esprit ouvert dans un milieu social où tout a été fait pour que vous ayez l’esprit étriqué…

 

sublimes créatures jeremy irons viola davis

 

3) Il y a de vrais acteurs. C’est bête à dire, mais le casting a de la gueule. Jeremy Irons et Emma Thompson en tête (c’est sûr, quand tu mets des acteurs oscarisés, c’est crédibilité +++), mais aussi des acteurs dont le CV affiche autre chose dans leurs compétences et dans leurs expériences que « mannequin Calvin Klein », les deux heures sont moins douloureuses à passer.

 

4) Sous couvert de métaphore cucul et de discours sudiste réac’, le film cache un message subtilement féministe. On s’arrache les cheveux lorsqu’on apprend qu’à l’âge de 16 ans, une sorcière (ou « jeteuse de sorts ») devient une bonne ou une mauvaise ensorceleuse lors d’une cérémonie rituelle, non pas par choix, mais parce que sa « véritable nature » l’appelle alors. Les garçons, eux, peuvent librement choisir, par contre, hein. C’est une nouvelle fois pas de bol d’être née avec un vagin. Mais tout le film nous dirige vers une transgression de cet ordre incontournable. Plutôt fataliste pendant les trois quarts du film, l’héroïne trouve la ressource de ne pas se laisser dicter une « nature ». Alors que les « bonnes » ou « mauvaises » sorcières se distinguent notamment par la couleur de leurs yeux, la jolie Lena finit le film… avec les yeux vairons. Et donc, vraisemblablement, en ayant encore le choix. Finir un film de ce type en laissant entendre qu’il y a du bon et du mauvais en chacun de nous, et que le bien ne triomphe pas de manière définitive, c’est par ailleurs plus osé que ce que Twilight a jamais osé avancer.

 

5) On s’adresse à des ados dans Sublimes Créatures, on convoque la religion, les « valeurs » et un tas de trucs de ce genre (notamment à travers la voix des « parents » de substitution Viola Davis et Jeremy Irons) MAIS on n’en fait pas une métaphore douteuse sur l’abstinence et le rapport au sexe : les ébats de Lena et Ethan déclenchent des éclairs. Alors certes, on peut y voir la vision habituelle du cul comme déclencheur ou catalyseur de passion, de destruction, d’électricité, de feu purificateur, d’amours interdites… N’empêche qu’ils le font quand même. Et qu’ils n’attendent pas quatre films pour ça.

 

 

Et oui, pour 5 mauvaises raisons :

 

sublimes créatures 2

 

1) Le film est un four au Box-Office US, et ses recettes mondiales devraient vaguement couvrir le budget, mais rien de transcendant non plus. Aller voir Sublimes Créatures, à ce stade de son exploitation en salles, c’est peut-être encore lui permettre d’avoir une suite (ou au moins de nouveaux épisodes direct-to-DVD). Parce que, sinon, ça sent un peu le I am Number Four

 

2) Richard LaGravanese est un scénariste qui en a déjà sous le pied, avec notamment à son actif Sur la route de Madison, Beloved, L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, De l’eau pour les éléphants, et un épisode de Narnia (le troisième et dernier à ce jour, alors qu’il reste encore quatre bouquins de C.S. Lewis à adapter – ils sont mal barrés). Et si, niveau réalisation, il n’a pas fait grand’chose, il m’a fait chouiner avec la moitié de mes copines en 2008 avec P.S. I Love You, une gentille daube romantico-dépressive sur le veuvage avec Hillary Swank, son actrice fétiche).

 

3) Comme dans tout gentil navet popcorn pour ados, on s’amuse à relever les petites incohérences et débilités. Genre les personnages de Mavis Lincoln (Emma Thompson) et de Link, qui ont quand même été exposés à des expériences un peu perturbantes sans que cela n’ait aucune conséquence sur la suite (ils ont juste oublié ?), la mémoire effacée du héros qui se réveille à la vision d’un panneau calciné, les bigots tellement implantés dans la vie locale qu’ils se permettent d’interdire des livres (Moyen-Âge bonjour) tout en gardant ces livres disponibles à la bibliothèque…

 

4) Ça ne sert un peu à rien, mais on appréciera toujours de reconnaître, ça et là, un second couteau croisé ailleurs, genre Zoey Deutch en ravissante idiote bigote, croisée l’année dernière dans la malheureuse série Ringer (le come-back raté de Sarah Michelle Gellar sur The CW), Emmy Rossum en cousine maléfique et délurée, déjà remarquée en héroïne de Shameless sur Showtime, ou encore Thomas Mann, le héros de Projet X.

 

sublimes créatures alice englert

 

5) Alice Englert (fille de Jane Campion, mais en fait on s’en fout un peu), joue beaucoup mieux que Kristen Stewart l’héroïne un peu niaise et torturée par les difficultés d’une relation entre un humain lambda et une créature surnaturelle. Beaucoup moins mono-expressive, elle est accessoirement servie par des dialogues plus costauds, et même deux ou trois répliques marrantes.

 

Au final, tu l’auras compris, je conseille Sublimes Créatures. Ne serait-ce que parce que, si on doit vraiment continuer à subir les romances adolescentes gothiques au cinéma, autant encourager les films les moins pourris du genre. Et même sans taper à bras raccourcis sur les malheureux mannequins de Twilight, on peut quand même dire qu’il y a eu bien pire que Sublimes Créatures

3 réflexions au sujet de « 10 raisons d’aller voir ‘Sublimes Créatures’ »

    1. Tu n’as plus beaucoup de temps avant que le film ne soit purement et simplement éjecté de la programmation des salles, je crois…

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