Une semaine de séries US – #1 : Scandal

scandal abc

Nan mais je te jure, comment ai-je fait pour vivre avant Olivia Pope ? Un personnage qui réussit la synthèse improbable d’être à la fois fierce, addictive et détestable. C’est que tous ses choix sont orientés vers la poursuite de buts rarement très nobles, et non, comme la plupart des personnages de séries dramatiques, vers un hypothétique bonheur personnel pour lequel elle accomplirait courageusement un parcours semé d’embûches. Nan, la seule embûche d’Olivia Pope à son bonheur, c’est elle-même. Du coup on a envie de la baffer. Elle, et notre moi intérieur carriériste aussi, tiens. T’étonnes pas si tu finis ta vie toute seule entourée de tes chats dans un appartement miteux de la banlieue de Washington, gurl.

 

 

Oui, bon, j’exagère un peu. N’empêche que c’est intéressant de voir comment Shonda Rhimes a su passer avec succès du drama médical qui a fait sa gloire (Grey’s Anatomy et Private Practice, deux séries qui ont un point commun : je n’en ai jamais regardé le moindre épisode) à un produit aussi bizarre que Scandal, à la fois complètement immoral et en même temps si parfaitement dosé et formaté qu’elle a réussi à le vendre à la même chaîne : ABC.

 

Scandal, c’est donc l’histoire d’Olivia Pope, une sorte d’avocate / experte en relations publiques, qui se trouve être l’ancienne directrice de la communication de la Maison Blanche. Après avoir fait élire le Président, elle a ouvert son propre cabinet de gestion de crise, y recrutant une poignée d’hommes et de femmes de confiance et aux talents complémentaires (même s’il y en a un ou deux qui n’ont en fait aucun talent particulier). La série commence avec une affaire sur laquelle le cabinet se retrouve, pour protéger un gars qui risque de se faire accuser de meurtre d’un jour à l’autre et lui épargner un « scandale », pense-t-on. Dès le premier épisode, on se dirige donc apparemment tout droit vers un procedural classique, avec chaque semaine un « case of the week », une enquête rondement menée et un client plus ou moins satisfait à la fin de l’épisode… Sauf que très vite, une affaire arrive, qui commence à traîner sur deux-trois épisodes, puis qui commence à déterrer un « arc » scénaristique plus large… qui devient le cœur de la série. C’est un peu obscur, dit comme ça, si tu n’as jamais regardé, mais c’est l’un des attraits majeurs de la série alors je ne veux pas le gâcher : tu crois que tu regardes un certain type de série, et progressivement tu comprends que tu étais en fait en train de regarder un tout autre type de série. Je crois que cela ne m’était en fait jamais arrivé.

 

scandal gladiators

 

La bonne nouvelle étant que le type de série que Scandal se révèle être, est en fait bien meilleur que le procedural de départ, même si on ne crache pas sur un petit « case of the week » classique de temps en temps. Alors évidemment, l’intrigue part dans de telles directions, avec des twists et des changements d’alliances tellement tordus, et des conséquences si « complotistes » et si énormes qu’on a parfois un peu de mal à croire que six ou sept potes réussissent à faire tout ça, mais le rythme est vraiment bien, et on ne voit plus du tout passer les épisodes de 42 minutes une fois qu’on est accroché.

 

Kerry Washington, à qui j’avais bizarrement réussi à échapper jusqu’alors (je n’ai jamais vu Ray, le biopic sur Ray Charles qui valut l’oscar du meilleur acteur à Jamie Foxx en 2005 et qui constituait jusqu’à présent, si j’ai bien compris, le fait d’arme majeur de l’actrice). Je l’avais vue plus récemment dans Le Dernier Roi d’Ecosse sans savoir qui elle était, et évidemment cette année dans Django Unchained. Elle joue bien la meuf black fierce et en colère qui te sort de temps en temps une tirade magistrale en forme de plaidoirie pour te convaincre de la laisser faire, tout en ayant la fibre lacrymale apparemment indispensable à une héroïne de Shonda Rhimes. Alors évidemment, c’est fatigant de voir la fiction américaine recycler à l’infini depuis des décennies le mythe de la femme noire en colère façon bitches get the job done. Mais comme il s’agit là d’un personnage principal ET d’une série, le personnage a quand même plus de profondeur, et on a le temps d’explorer un peu ce que son attitude et son assurance masquent désespérément. Et c’est avec joie qu’on se rend vite compte que les revendications anti-racistes n’ont rien à voir là-dedans (ce qui serait noble, hein, mais cliché à mourir, avouons-le).

 

Parallèlement à cela, la série est bien servie, non pas par les personnages secondaires (qui pour la plupart sont à peu près aussi peu attachants que ce glaçon carriériste d’Olivia) (je pense notamment aux « gladiateurs », les cinq puis quatre employés de Pope & Associates) (même si j’aime Huck et que Quinn devient enfin intéressante), mais par les acteurs qui campent ces personnages secondaires. Avec un talent certain puisque, dans la plupart des cas, je finis par ressentir une légère empathie à l’endroit de ces tordus dont la logique est totalement viciée par leur fidélité absurde à leur employeur. En gros, ils trahissent leur entourage, voire se trahissent entre eux, à peu près tout le temps, juste pour soutenir ou ne pas contrecarrer les plans de leur chef. Ce sont des employés modèles, quoi, mais les tortures personnelles qui en résultent nécessairement sont suffisamment bien jouées (et bien enchevêtrées dans les scénarii) pour qu’on oublie les quelques invraisemblances qui surgissent ça et là.

Avec un cliffhanger de temps en temps et, au détours des intrigues, une crasse un peu plus grosse que les autres faites à l’un des protagonistes, on tient là l’un des guilty pleasures qui ont permis, l’air de rien, à ABC de passer le cap de la fin de Lost et de Desperate Housewives avec élégance.

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