Une semaine de séries US – #2 : Revenge

revenge saison 2

Well played, Emily Thorne. C’est un peu la surprise de l’année dernière. Bientôt arrivée au terme de sa saison 2 (une transition toujours un peu casse-gueule où, pour maintenir l’intérêt tout en essayant de proposer de nouvelles choses pour ne pas lasser le téléspectateur trop vite, on risque de casser le rythme et le charme de la saison 1), Revenge, la série de Mike Kelley (qui avait déjà sévi sur The O.C., Providence ou One Tree Hill), est quand même une sorte de miracle : un soap opera bourré de clichés, de conflits familiaux chez les riches, de complots improbables et de coïncidences énormes qui te font hurler « COMME PAR HASARD !! » devant ton écran, et qui réussit à s’imposer en tête de gondole du prime time du dimanche soir d’ABC, ce n’était pas couru d’avance.

 

Le principe (mais en très gros, hein) : Le Comte de Monte-Cristo adapté à un contexte contemporain (les Hamptons, lieu de villégiature des riches New Yorkais, gros cliché des séries américaines), et d’un point de vue féminin. Ou Amanda Clarke, une gamine séparée à l’âge de 8 ans de son gentil papa, dont les amis / associés se sont servis comme bouc émissaire pour cacher leur propre implication dans un scandale financier qui a conduit au financement d’une attaque terroriste (fictive, mais on sent bien que c’est, en gros, l’équivalent du 11 septembre). La gamine se perd miraculeusement dans les méandres des services sociaux et des orphelinats (parce que, genre, absolument personne ne pouvait la prendre en charge – pas un oncle, pas une marraine, rien) et le papa se fait buter en prison, clamant son innocence jusqu’au bout. Vingt ans plus tard, riche à millions et sous une nouvelle identité, la gamine revient tourmenter incognito ceux qui ont brisé sa vie, causant leur déchéance sociale, un par un, avant de s’attaquer aux deux plus gros poissons de toute cette histoire : le couple Grayson.

 

 

J’ai eu un peu de mal à accrocher au début de la première saison, la faute à un jeu d’acteur pas toujours très finaud (notamment au niveau des jeunes du casting) et à un manque de charisme de pas mal de personnages (en gros, la plupart sont des mannequins qui ne transpirent pas l’intelligence mais qui sont quand même CEO de la World Company ou majors de promo à Harvard – lol). Puis je me suis attaché à la petite mécanique hebdomadaire d’Amanda Clarke / Emily Thorne et à son exercice de doom of the week : chaque semaine, un personnage, sur sa feuille de route, a le malheur de croiser son chemin et paye alors, avec les intérêts, la déchéance et le déshonneur qu’il/elle a contribué à jeter sur elle et sur son père. Elle déglingue ainsi, sans jamais se salir les mains, la secrétaire qui a témoigné contre son père en le sachant innocent, le procureur véreux qui s’est laissé acheter, la psychiatre qui l’a envoyée chez les dingues quand elle clamait l’innocence de son papa…

 

 

Bref, ça m’amusait pas mal, il y avait un côté répétitif mais toujours renouvelé qui me plaisait : qui va-t-elle abattre cette semaine ? comment va-t-elle s’y prendre ?… Les scénaristes ont évidemment été obligés de couper court à ce petit jeu après la moitié de la première saison, parce que sinon aujourd’hui elle en serait probablement réduite à déclencher la chute sociale de la serveuse du country club qui avait servi un soda pas frais à son père un jour il y a vingt ans.

 

Depuis la seconde partie de la première saison, on se concentre donc sur les Grayson, qui étaient le couple d’amis de feu papa Clarke et qui l’ont trahi pour sauver leurs fesses et leur train de vie fastueux. Si la série n’avait pas été renouvelée pour une saison 2, cela aurait probablement permis d’offrir un final correct et bien amené à la série. Et si la série était renouvelée pour une saison 2, cela nous épargnait donc la lassitude d’une liste infinie de complices à abattre.

 

La série ayant été renouvelée pour une saison 2, les scénaristes ont bricolé une fin de saison 1 un peu foireuse avec un cliffhanger ridicule (qui pouvait sérieusement croire qu’ils allaient tuer Victoria Grayson ? La question à l’issue de la saison n’était pas tant « est-elle vraiment morte ? » que « comment vont-ils se débrouiller pour nous expliquer où elle était planquée et comment ? »), assorti de la promesse que de nouveaux personnages allaient entrer en scène et modifier les rapports de force dans ce petit jeu d’échecs.

 

revenge saison 2 madeleine stowe

 

 

La saison 2 aura été un peu plus calme, donc, avec cette nouvelle nécessité de penser l’intrigue sur plus de deux épisodes. L’intérêt est tout de même relancé, à l’approche de la fin de saison, en utilisant l’un des artifices les plus courants des séries dramatiques US de ces dernières années : l’épisode catastrophe de mid-season. Le genre de truc avec twist, cliffhanger et/ou mort d’un personnage à la clé, histoire de redistribuer les cartes et de créer de nouveaux enjeux (vengeance, enquête sur le passé du personnage disparu, conséquences d’un geste qu’il a commis juste avant de disparaître, etc.). Ça marche toujours.

 

N’empêche qu’on reste toujours dans cette ambiance un peu bitchy-drama-camp si propre aux soap operas, un truc de ménagères ou de pédés, avec des intrigues over the top, des problèmes de gens riches, des robes et des coiffures ridiculement parfaits dans des décors stylisés. Le genre de truc qui a l’air de se prendre au sérieux (et dont la création nécessite en effet, à mon avis, beaucoup de sérieux) mais qui distille finement une sorte de recul sur lui-même et d’auto-dérision. C’est (aussi) ce qui fait qu’on continue de regarder, à la fois au premier et au second degré, ce genre de série. Quand elle réussit à maintenir un rythme soutenu, à assumer sa manière d’en faire des caisses… et à nous faire des clins d’œil.

 

On attend avec impatience qu’Emily commence à perdre un peu de terrain, et de maîtrise et d’avance sur ses adversaires (et que le personnage d’Ashley se décide enfin à servir à quelque chose – on sent bien son potentiel de gêneuse). Mais en attendant, tout cela reste très addictif, atterrissant systématiquement en top priorité sur ma serie-list du lundi soir.

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