Une semaine de séries US – #4 : Shameless

shameless showtime

Je n’arrive toujours pas à savoir si c’est une comédie ou un drame, à force de fous rires choqués et de scènes glauques totalement barrées. Depuis trois saisons, la famille Gallagher, qui fait pourtant les beaux jours de Channel 4 en Angleterre depuis onze saisons, a donc débarqué sur Showtime (la chaîne surtout connue pour Dexter, Californication, Homeland… et la version US de Queer as Folk) dans une version remaniée pour le marché américain. Et s’il y a de vrais moments drôles, voire légers, il se passe aussi des trucs franchement horribles et malsains.

Le pitch de départ est à ce titre assez clair : « Pour les enfants Gallagher, la vie est tout sauf un long fleuve tranquille… Fiona, l’aînée, âgée de 20 ans, élève du mieux possible sa sœur et ses quatre frères. Leur mère, Monica, les a abandonnés pour refaire sa vie avec une femme. Quant à leur père, Frank, paumé, chômeur et alcoolique, il dilapide l’argent des allocations familiales… » (source Allociné).

En gros, tous les personnages sont barrés, et la série suit la manière dont ils se débrouillent, dans une banlieue pourrie de Chicago, pour s’en sortir, payer leur loyer, essayer de gratter un peu de fric ça et là sans se faire rattraper par le système, et bien sûr, concernant les plus grands, leur vie amoureuse. Petit tour d’horizon à travers mes cinq personnages préférés de la série :

shameless frank gallagher

Frank Gallagher, le chômeur alcoolique qui sert de père à la plupart des autres personnages, est une sombre merde, à vous faire douter de l’humanité pour de bon. Menteur, profiteur, volontiers voleur, chacune de ses apparitions à l’écran est un summum de mauvaise foi et de manipulation, visant généralement à amener son interlocuteur à lui payer son verre, à l’héberger, à lui rendre un service ou à lui donner du fric. Le reste de ses conversations, qu’il tient (moins souvent) avec ceux qui ne sont pas dupes de sa filouterie permanente (ses plus grands enfants, notamment), est généralement consacré à justifier sa roublardise par des théories politiques fumeuses sur le libéralisme, les impôts ou les démocrates. Tout pour justifier ses arnaques et son bon droit à toucher un maximum d’allocations (pour la plupart indues) : Frank, c’est la caricature extrême du « profiteur du système », cette figure obscure qui concentre de plus en plus facilement nos aigreurs de citoyens payant nos impôts, grâce au populisme verdâtre qui a envahi la sphère politico-médiatique depuis une grosse dizaine d’années. Sauf que comme il est tellement outrancier, sale, roublard et ridicule, il est hilarant. Et puis, il ne donne pas franchement envie de tout quitter pour se mettre au RSA. C’est tellement difficile, en regardant William H. Macy dans la peau de Frank, de se rappeler qu’il est le mari de Felicity Huffman / Lynette Scavo dans la vraie vie…

shameless sheila jackson joan cusack

Sheila Jackson (Joan Cusack) est la voisine, mariée à un flic qu’elle fout rapidement dehors, chez qui Frank décide assez vite de s’installer lors de la première saison (repérant en un clin d’oeil ce nid douillet dont l’occupant mâle vient de libérer la place) : agoraphobe atteinte de germophobie, Sheila est un peu l’aubaine du siècle pour Frank, lorsque ses enfants le fichent dehors. Bien qu’elle n’arrive pas à quitter sa maison, Sheila (qui est probablement le personnage le plus attachant de la série, mélange détonnant de bourgeoise perchée, de nymphomane avide et de niaise généreuse) invite Frank à vivre avec elle, où il profite de sa pension d’invalidité et de son hospitalité pour vivre chez elle gratuitement… Le personnage de Sheila, au départ conçu comme un « guest », a depuis intégré le casting principal, au bénéfice des interactions entre le personnage de sa fille Karen et deux des enfants Gallagher. Nommée deux fois à l’Emmy Award du meilleur second rôle, Joan Cusack (qui est vraiment géniale dans ce rôle) est la seule de la série à avoir eu l’honneur d’une nomination à ce jour…

shameless debbie

Debbie Gallagher, la jeune sœur de l’héroïne Fiona, commence à vraiment devenir un personnage intéressant à mesure que la série avance : elle grandit, commence à devenir un peu moins naïve… et en même temps, on comprend peu à peu que sa naïveté n’est qu’apparente. C’est juste une fillette qui a naturellement bon cœur et qui voit le bien chez les gens, mais qui n’est pas non plus complètement dupe quand on voit toutes les couleuvres qu’elle a dû avaler depuis sa naissance. Obligée de bosser (elle tient une garderie clandestine dans le salon de la maison familiale) pour donner un coup de main au reste de la famille, elle en voit de belles et ne semble jamais vraiment choquée. A mesure que son adolescence approche, les scénaristes ont quand même envie de lui donner un supplément de mordant, ce qui est clairement une bonne chose, et commence notamment à lui permettre de prendre une part plus active dans les ruses imaginées par ses aînés.

shameless ian lip

Ian Gallagher forme un binôme quasi-inséparable avec son grand frère Lip, qui est l’un des seuls membres de la famille à savoir qu’il est gay. Il semble, bizarrement, être l’un des membres les plus « normaux » de cette fine équipe, même s’il est loin d’être hors du coup… Le fait que ce soit un personnage gay et qu’il incarne une vision peu ordinaire de l’ado gay dans une fiction n’est évidemment pas pour rien dans l’affection que je lui porte.

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Steve / Jimmy est le riche petit ami de Fiona, avec qui il entretient une relation ponctuée de hauts et de bas depuis la première saison. Elle le rejette parce qu’elle le croit riche, puis l’accepte lorsqu’elle se rend compte qu’il vole pour tenir ce train de vie. Puis elle refuse de le suivre lorsqu’il est contraint de quitter Chicago à cause de ses activités illégales. Puis elle le reprend alors qu’il est marié à la fille d’un parrain brésilien de la drogue et qu’elle découvre qu’il vient d’une famille riche… Arrivé en fin de saison 3, on voit bien que le pauvre Jimmy, qui ne peut plus compter sur le soutien matériel de sa famille et s’est vu interdire par son beau-père d’exercer une activité illégale (qui compromettrait les chances de sa fille de devenir citoyenne américaine), commence à être nostalgique de ce qu’était sa vie avant Fiona : du fric facile, des amis riches et exerçant des boulots intéressants… Désormais obligé de partager son temps entre sa femme et sa petite amie et de gagner sa vie honnêtement sans qualification académique (= des jobs de merde), on commence à avoir un peu moins de sympathie pour lui. Et pourtant, il incarne le point de vue le plus proche de la « normale » parmi tous les personnages, l’élément perturbateur qui avait probablement espéré faire profiter Fiona de son standing (et non pas, à l’inverse, qu’il serait obligé de profiter du standing de la famille Gallagher), le petit gosse de riche qui a voulu jouer au rebelle en s’encanaillant avec les quartiers mal famés et qui s’y retrouve connement coincé, d’autant que sa fiancée, il s’en rend compte maintenant, ne lâchera jamais « ses » enfants pour aller vivre sa propre vie… Jimmy n’est pas le personnage le plus sympathique de la série, mais il est peut-être celui dont le parcours est le plus intéressant.

N’empêche que je ne sais toujours pas si Shameless est une comédie (trucs et astuces pour frauder les allocs’, blagues politiquement incorrectes, situations tordues dans lesquelles Frank se met pour gratter un peu de thune…) ou un drame (inceste, viol, tentative de suicide, suicide réussi, prostitution, harcèlement sexuel, cancer, détournement de mineur, abandon de domicile, agression homophobe, overdose, dépendances diverses…). C’est peut-être pour ça que ni les Emmys ni les Golden Globes n’arrivent à se décider.

4 réflexions au sujet de « Une semaine de séries US – #4 : Shameless »

  1. je vois pas l’intérêt de regarder la version américaine alors que c’est exactement les mêmes épisodes que la version anglaise mais retournés avec des acteurs américains ! autant se faire l’original !

    1. C’est un peu comme pour Queer as Folk : dans la version US c’est plus récent, c’est marketé autrement, les moyens ne sont pas toujours les mêmes… Culturellement, je crois que je suis plus sensible à l’aura américaine, pour les contenus audiovisuels (séries, ciné). C’est mon côté dinde superficielle. Et puis bon, la version de Channel 4, c’est 11 saisons à rattraper, quoi !

  2. Je n’ai vu que la série US mais j’ai lu des trucs sur l’originale UK. Il semble quand même que les intrigues divergent et qu’il n’y ait évidemment pas la même galerie de personnages.

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