Une semaine de séries US – #5 : The Americans

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Felicity s’est défrisée les cheveux et est devenue un agent dormant du KGB infiltré aux Etats-Unis pendant les années Reagan, en pleine Guerre Froide. C’est à peu près l’idée de départ qui est supposée nous rendre The Americans, la nouvelle série de FX (Nip/Tuck, The Shields, Anger Management, Sons of Anarchy…), « vendeuse », comme on dit. A priori, ça a marché au niveau des pontes de la chaîne, puisque la série a déjà été renouvelée pour une saison 2, alors même que la première, qui compte treize épisodes, n’en avait diffusé que quatre. On suit donc les « aventures » de deux agents du KGB qui vivent en 1981 sous les noms de Phillip et Elizabeth Jennings, dans un quartier résidentiel de Washington : agents « dormants » du KGB, ils ont été formés 20 ans plus tôt à être indétectables (attitude, anglais parfait) et ont donc construit toute une fausse vie aux Etats-Unis sous leurs fausses identités, poussant la mise en scène jusqu’à avoir deux enfants (qui, parce que sinon ce ne serait ni drôle ni crédible, ne sont bien évidemment pas au courant qu’ils ne sont que des éléments tactiques pour que le couple Jennings « fasse vrai » et n’ait pas l’air suspect). Activés régulièrement pour des missions ponctuelles, ils n’en sont pas moins humains et cachent, derrière leur froideur apparente, les faiblesses et névroses qui vont alimenter une bonne partie de la série…

Créée par Joe Weisberg, un ex-agent de la CIA, The Americans a donc à peu près tous les ingrédients de la respectabilité : casting impeccable (Noah Emmerich, Matthew Rhys, Keri Russell), sujet historique, tension dramatique, climat paranoïaque typique de ces séries d’espionnages plus ou moins matinées de peurs et de terrorisme qui ont fleuri dans le paysage audiovisuel anglo-saxon post-11 septembre. Alias, née juste avant les attentats du World Trade Center et dont la diffusion a commencé à peine quelques semaines après, aura été la dernière série d’espionnage « à la cool ». Depuis, l’Amérique se regarde le nombril espion avec angoisse, The Americans n’étant que le dernier exemple en date. Ce qui est étrange dans cette série, c’est qu’elle multiplie un peu les enjeux : la « mission du jour » dans chaque nouvel épisode, les tensions qui apparaissent dans le « couple » Jennings à mesure qu’ils se rendent compte de leur différence d’implication (en gros, pour elle, c’est la patrie avant tout, tandis que pour lui, plus romantique, la mission consistant à construire une famille américaine est la plus importante – ce qui l’amène à chercher à protéger sa famille au détriment du reste, et à développer des sentiments qui semblent aller au-delà du simple job pour sa « compagne »), le passé russe des deux héros (supposé nous aider à comprendre leur psychologie vingt ans plus tard), le suspense autour du nouveau voisin qui vient de s’installer juste en face et qui se trouve (COMME PAR HASARD) être un agent du FBI qui bosse justement sur les agents soviétiques infiltrés…

Le premier épisode de la série est centré sur le couple Jennings tentant de neutraliser un autre agent infiltré qui, comme cela arrivait parfois, a tenté de « passer à l’ennemi » : autrement dit, livrer aux autorités américaines des informations (des noms ?) sur les agents dormants, en échange de la possibilité de poursuivre sa petite vie pépère au pays de l’oncle Sam. Une option pas très noble, mais à laquelle le personnage de Phillip va vite songer… Car comme je le disais, l’agent « dormant » mâle du couple, qui a pourtant épousé sa compagne pour le boulot et sans la connaître (il ne connaissent même pas, entre eux, leurs vrais noms), a tellement bien bâti son mensonge et sa petite famille « fictive », qu’il commence à se demander si rendre tout cela réel ne serait pas bien plus simple.

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Et c’est là que The Americans, à la manière d’un Homeland, peut devenir bien plus passionnante qu’une bête autopsie de la Guerre Froide : l’incursion du privé, de l’intime, dans des enjeux géo-politiques monstrueux où le mensonge est un ingrédient incontournable. Homeland n’est pas tant passionnante grâce aux arcanes politiques qui mènent Abu Nazir à une croisade vengeresse que grâce aux relations tordues au centre desquelles Brody s’enchevêtre non sans maladresse. Avec sa femme, avec ses enfants, avec Carrie. Dans The Americans, les relations entre les époux Jennings, mais aussi entre eux et leurs enfants ou entre eux et leurs voisins/amis seront très probablement la piste narrative la plus passionnante à explorer. Car si un mensonge a pris toutes les apparences de la réalité, au point que les menteurs s’y perdent, et que les cocus de l’histoire commencent au contraire à y voir plus clair… Dans le fond, on s’en fout que Phillip et Elizabeth risquent de se faire gauler et arrêter par le FBI : on attend avec impatience que leurs sentiments refoulés, mais surtout leurs enfants et leurs amis « vrais » américains, avec lesquels ils ont fini par partager un certain nombre de souvenirs et de valeurs (dont la plus universelle selon les fictions moralisatrices : la famille), leur explosent au visage…

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