Dave acteur : bonne idée, mauvais film

une chanson pour ma mère 2

Il a pas toujours eu 50 ans, Dave ? C’est que, depuis tout gamin, j’ai l’impression qu’il a toujours le même brushing et la même tête. Pas vraiment une superstar, mais le genre de gars qui reste assez inexplicablement scotché dans le radar médiatique, en dépit du fait qu’il n’a pas sorti un tube depuis les années 70. Remarque, il a eu l’intelligence de ne pas cracher sur les « ménages » et les reconversions médiatiques en chroniqueur, présentateur, juré, etc. Ce qui l’a sûrement aidé à durer. Ça et sa réputation de « bon client » en plateau télé, et probablement, aussi, le fait que c’est un garçon tout ce qu’il y a de sympathique, dont même ceux qui n’ont jamais acheté un de ses disques sentent bien qu’il est plutôt gentil et pas du genre à se prendre au sérieux (et donc, pas du genre à prendre les gens de haut).

C’est à peu près dans cet état d’esprit que Dave a donc entrepris son premier « grand rôle » au cinéma, près de vingt ans après son inoffensif caméo dans La Cité de la Peur (« Odile Deray ? »), dans le genre gentiment fainéant de la comédie à « star face aux vrais gens » qui nous a valu le film Jean-Philippe, il y a quelques années. Ce premier grand rôle : lui-même, donc, kidnappé par une famille de neuneus du ch’nord qui voudraient réaliser le rêve de leur môman avant que celle-ci ne meure à la fin du film, en lui faisant chanter une cholie chanson à son chevet. Bon, on voit venir à dix kilomètres qu’un pitch pareil va ruer dans les bons sentiments à la première occasion, mais avec le bon rythme et les bons gags, ça peut passer. La bonne surprise, c’est que Dave ne joue pas comme une pince à linge, et que son jeu dénote un certain naturel, et un recul qu’on avait de toute façon pressenti sur sa propre image.

La mauvaise nouvelle, c’est que le film n’est quand même pas terrible. Pour un personnage intéressant (le frère moine muet), quatre personnages sans intérêt (le reste de la fratrie, le manager de province caricatural mais pas drôle, la petite fille gentille sans aspérités). Pour une idée narrative un peu subtile (le fils « rejeté » par le reste de la famille, parti vivre « en ville » en adoptant le pseudonyme Angel et le brushing de Victoria Beckham, mais dont l’homosexualité n’est jamais frontalement évoquée), plus d’une heure de scènes lourdes et longuettes. L’intrigue avance à deux à l’heure et l’enjeu du kidnapping échappe assez vite au spectateur, tandis que Patrick Timsit cachetonne tranquilou dans son habituel rôle de plouc pleutre et arriviste. Le film ne dure qu’une heure trente-cinq, mais on en sent bien deux passer. C’est un premier film, et l’équipe est sympathique, mais le concept de départ (kidnapper Dave chez les ploucs) ne saurait suffire à garantir 1h30 de rigolade, ou d’action, ou d’émotion, ou que sais-je. Le parti-pris du réalisateur Joël Franka semble être de jouer la comédie plouc avant de nous asséner un dernier quart d’heure tire-larmes (assez réussi, au demeurant), mais sans assumer ce côté « plouc ».

une chanson pour ma mère

A trop vouloir être « tendre » et pas méprisant avec ses personnages de paysans qui prennent Dave pour une superstar et l’applaudissent dans les foires au cochon, il en oublie de faire d’eux de véritables personnages de film. Pour un Timsit qui cabotine, quatre acteurs qui ne savent pas trop où se foutre. Alors que la débilité de leur projet nous aurait spontanément amenés à espérer voir des personnages un peu caricaturaux, voire dégénérés à la Dikkenek, la famille de fermiers est juste gentille, et un peu dépassée par un kidnapping qui, loin d’être un projet mûrement concerté, est surtout le résultat d’une impulsion passagère. Sylvie Testud n’est jamais vraiment mauvaise actrice, mais on voit tout au long du film des dizaines d’occasions, pour les scénaristes, de lui caser de la réplique marrante, de la réaction complètement inappropriée ou du sous-entendu trash. Au lieu de ça, on la limite à une partition de mère de famille sympa de téléfilm. Pareil pour le frère muet, une bonne idée hélas pas très bien exploitée, ou bien le frère fermier, seul de la fratrie à être resté à la ferme familiale, le genre de personnage dont le décalage avec tous les autres devrait être flagrant et ne l’est au final vraiment pas. En fin de compte, on ne voit que trois frères et une sœur qui ont eu une idée invraisemblable mais gentille, qu’ils auraient pu transformer en aventure comique inénarrable mais qu’ils s’évertuent en fait à concrétiser avec une désarmante bonne volonté, pour prévenir le deuil qui les guette. C’est dommage, parce que cela jette sur le film un climat pas très subtil de bons sentiments (MAIS SI, REGARDEZ BIEN, LES GENS, EN FAIT LA VRAIE HISTOIRE CE N’EST PAS LE KIDNAPPING DE DAVE, C’EST L’HISTOIRE DE GENTILS PAYSANS QUI NE SE SONT PAS ASSEZ SOUVENT DIT QU’ILS S’AIMAIENT). Le concept (kidnapper Dave) s’efface derrière l’histoire que le réalisateur voulait vraiment raconter (une fratrie qui profite de l’expérience pour se ressouder), alors que cette dernière aurait justement dû, à mon sens, apparaître subtilement à l’arrière-plan d’une histoire de kidnapping bien rocambolesque et bien débile.

Seule consolation : s’il n’est pas l’occasion de voir Dave se faire chier dessus par une vache ou se faire agresser sexuellement par une vieille fille de ferme lubrique, Une chanson pour ma mère est en revanche une occasion unique de voir ses fesses sur grand écran. C’est peu, mais c’est déjà ça.

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