Enfin le début

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Pas besoin de dire à quel point cette journée du 23 avril 2013 résonnera particulièrement dans l’histoire de la longue lutte vers l’égalité. Que tu l’appelles marche vers un monde plus juste ou mise à mort des justifications traditionnelles du patriarcat et de la domination masculine, que tu sois homme ou femme, féministe ou conservateur, heureux ou non de la loi qui vient d’être votée par l’Assemblée Nationale, la République Française te dit désormais que tu es l’égal de ton voisin.

Que tu ne vaux ni plus, ni moins. Que tes pratiques sexuelles ou le partenaire avec lequel tu veux faire ta vie ne sont pas des critères acceptables de discrimination. Que de ne pas vous considérer comme un couple avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres face au mariage, c’est un jugement de valeur, pas une vérité. Qu’être un couple hétérosexuel n’est pas un critère objectif de supériorité. Que prétendre ne pas mentir aux enfants adoptés lorsque l’on avance comme principal argument qu’un enfant adopté doit pouvoir croire que ses parents adoptifs l’ont vraiment conçu, c’est à la fois naïf, hypocrite, méprisant envers les enfants adoptés comme envers les parents adoptants, et pas cohérent pour deux sous. Que désormais seule l’homophobie peut justifier de considérer l’adoption plénière par les hétérosexuels comme nécessairement plus souhaitable que l’adoption plénière par des couples homosexuels. Que chacun reste libre de se marier avec qui il le souhaite, dans les valeurs qu’il souhaite, et le cas échéant avec l’Église qu’il souhaite. Que tous les discours anti-mariage pour tous sont des opinions (qui ont le droit d’exister), et non pas la vérité absolue (que l’État devrait mettre au-dessus des opinions). Que la lutte pour l’égalité n’est pas terminée mais que des hommes politiques, enfin majoritaires, ont eu le courage de faire un pas en avant vers une société qui ne juge pas les qualités d’un parent à l’aune de sa sexualité, les qualités d’un adulte à l’aune de ses amours, la capacité d’une femme ou d’un homme à adopter à l’aune du sexe de la personne avec qui elle souhaite éduquer et transmettre des valeurs républicaines à ses enfants. Que même si l’homophobie ne cessera pas d’exister demain, ni dans un an, ni dans dix ans, désormais notre pays ne joue plus sur deux tableaux, clamant lutter contre l’homophobie d’un côté tout en limitant les couples homosexuels à un seul statut conjugal possible de l’autre. Que désormais, à tout le moins sur le papier, tous les Français sont égaux.

Pour les gens de ma génération, et de quelques générations au-dessus de la mienne, quelque chose de crucial vient, enfin, de débuter. La marche vers une tranquille indifférence, dans laquelle nous n’aurons plus besoin de nous sentir ni fiers, ni honteux, quelles que soient nos amours. Au regard des vingt derniers siècles écoulés, c’est encore très ambitieux. Mais c’est peut-être la perspective la plus euphorisante,  la sensation la plus grisante que la politique m’ait jamais procurée.

 

Le parcours parlementaire de la loi sur le mariage pour tous
Le parcours parlementaire de la loi sur le mariage pour tous

4 réflexions au sujet de « Enfin le début »

  1. En bon hétérosexuel, catholique de surcroît, je me réjouis de voir que les archaïsmes ont été enfin dépassés, et que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » n’est plus un vain mot dans notre pays. Au-delà de l’égalité, qui devrait être naturelle, mais qui est enfin légale, c’est surtout le droit à l’indifférence qui me semble avoir triomphé aujourd’hui. Le droit pour tout Français de ne pas être jugé selon son origine, son orientation sexuelle, ses idées, ou je-ne-sais quel autre critère discriminant. Le droit d’être Français avant d’être homo ou hétéro, le droit d’être parent avant d’être célibataire, gay ou divorcé. Le droit d’exister légalement sans aucune distinction. Et ça, c’est vraiment une révolution. Bref, aujourd’hui je suis fier de ma patrie. Espérons que ça dure…

    1. Merci Julien. Être hétéro et catholique sans se sentir menacé ou dérangé par la possibilité que d’autres vivent leur vie autrement, on eût pu croire que c’était la moindre des choses, mais au vu des odeurs d’égouts qui sont remontées ces dernières semaines,ça fait plaisir à lire, et ça me touche que tu le manifestes ! 🙂

  2. J’ai vraiment hâte de voir les premiers mariages et de voir la joie qui se lira sur ces visages radieux après souvent de longues années de frustration.
    C’est beau de voir l’amour triomphé de la plus sombre bêtise humaine.
    Qu’on les oublie bien vite et qu’on les laisse retourner à leur triste vie.

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