I give it a year (but not a decent french title)

i give it a year

Encore un film marketé de manière toute pourrie par son distributeur français, se sentant obligé de nous vendre une bluette à la Quatre Mariages et Un Enterrement, en insistant bien sur l’aspect british via une traduction de titre impliquant la fameuse expression fourre-tout « à l’anglaise » (quand c’est un film américain, on se retrouve assez vite avec un titre français en « American Machintruc », mais quand c’est anglais, c’est « à l’anglaise », et quand c’est italien c’est « à l’italienne » – peu importe que la nationalité des protagonistes soit quasiment sans impact sur l’histoire)… quand le mec aux commandes est juste le scénariste de Borat et Brüno, bordel !

Mariage à l’anglaise, donc, traduction approximative et pensée pour la ménagère qui s’imaginera aller voir un quasi-téléfilm mignon (et sera probablement choquée de voir de la bite) du pourtant délicieux titre original I give it a year, est la bonne surprise de ce printemps, avec son rythme soutenu, ses gags bien au-dessus de ce que l’on attend habituellement d’une comédie romantique, et sa réflexion peu commune sur l’amour, le couple, les choix de vie et le mariage. Des sujets qui résonnent de manière bien particulière chez nous en ce moment, qui plus est.

Le pitch : Depuis qu’ils se sont rencontrés dans une soirée, Nat, jeune femme ambitieuse, et Josh, apprenti romancier, nagent dans le bonheur, malgré leurs différences. Car si Josh est plutôt du genre intellectuel, Nat est une fonceuse. Ce qui ne les a pas empêchés d’être réunis par un coup de foudre réciproque. Leur mariage est idyllique, même si personne – de leurs proches à leurs amis, jusqu’au pasteur qui officie – ne croit qu’il pourra durer… Surtout quand l’ex-petite amie de Josh, Chloe, et le charmant client américain de Nat, Guy, s’en mêlent…

i give it a year simon baker

En France, l’essentiel de la promo a été basé sur Simon Baker (le client américain), le seul acteur à peu près connu du casting grâce à The Mentalist. C’est injustement négliger Rose Byrne (Damages, Bridesmaids), Anna Faris (Scary Movie, The Dictator) ou Rafe Spall, ma révélation du film, qui ont en plus des rôles beaucoup plus intéressants et développés. Mais bon, puisque personne ne demande mon avis, hein.

Outre les quatre héros du film, les seconds rôles bénéficient de scènes assez drôles, sans toutefois parvenir à voler la vedette. On retiendra le numéro de vilaine sœur de Minnie Driver, et on regrettera que le personnage de la conseillère conjugale (Olivia Colman), de parti pris permanent et au potentiel assez hilarant, n’ait pas été mieux intégré à l’intrigue générale. Restent les amis et les parents du couple, qui sont à mon sens le sujet principal du film : comment tenir dans un mariage, lorsque l’on se rend compte que l’on n’a pas tant de choses que ça en commun avec son conjoint, et que tout votre entourage ne semble être qu’un argument de divorce (ex-petite amie, meilleur pote ringard et lourd, parents détestant cordialement la pièce rapportée…). Le film s’attache donc à suivre cette première année de mariage (« I give it a year », prophétise aimablement la sœur de la mariée dès la fin de la cérémonie, au bout de trois minutes de film) et la manière dont se gèrent, pour de quasi-inconnus amoureux, l’apprentissage de la vie à deux et les pressions extérieures sur leurs personnalités peu assorties.

Ce qui passe évidemment par une belle somme d’incidents et de boulettes supposés incarner et jalonner leur parcours amoureux compliqués. Mais là où une comédie romantique classique US aurait juste créé quelques situations gênantes et lapsus malvenus en éludant soigneusement nudité, détails un peu crades et méchanceté gratuite dans les répliques, le réalisateur/scénariste Dan Mazer s’est fait plaisir et n’a pas hésité à brutaliser un peu ses personnages, et à leur mettre dans les mains des situations et dans la bouche des répliques à la moralité douteuse, qu’on imaginerait difficilement voir Sandra Bullock ou Jennifer Aniston subir ou prononcer. Du coup, et même si le film est loin d’être parfait, on se laisse surprendre à rire sincèrement, à se mettre à la place des personnages et à véritablement traverser les mêmes questionnements qu’eux. A défaut de les prendre complètement en sympathie, le film étant un peu court (à peine 1h35) et un peu foutraque pour laisser le temps à Nat, Josh, Chloe et Guy de vraiment s’installer dans notre champ de vision.

N’empêche que c’est bien plus réussi que ça en a l’air, et que c’est pour ce genre de surprise qu’on continue tous d’aller au cinéma, au-delà des dix euros par séance ou de la surconsommation blasée induite par les cartes illimitées.

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