Déjà le tube de l’été ?

On est le 2 avril, et on nous annonce que le tube de l’été 2013 est déjà là, avec un clip sorti le 20 mars et déjà censuré dans sa version « normale ». Le TGV de la pop va de plus en plus vite, il n’y a plus de saison, on ne sait plus où donner de la tête. Bwef, c’est de plus en plus difficile de suivre. A noter, toutefois, qu’on retrouve dans Blurred Lines certains aspects qui laissent à penser que cette annonce, un peu prématurée, tient surtout au fait que le clip de Robin Thicke, T.I. et Pharrell est bien dans l’air du temps, juste ce qu’il faut. Né sous la bonne étoile au bon instant, en somme.

L’attaque surprise du mec qui rame depuis dix ans à traverser l’Atlantique

 

Robin Thicke, d’abord, c’est qui ? Un auteur-compositeur de 36 ans, essentiellement tourné vers le R’n’B, qui a entre autres signé des chansons de Brandy, Mya, Christina Aguilera, Usher, Jennifer Hudson ou Mary J. Blige. Pas trop de singles ni de tubes dans le lot, donc on ne peut pas dire que Thicke soit résolument un « faiseur de hits », mais suffisamment de collaborations prestigieuses pour comprendre qu’il a un carnet d’adresse et une certaine respectabilité dans le milieu. Il a déjà sorti cinq albums solo, dont le dernier date de 2011, et semble opérer un retour en ce printemps 2013 avec le single Blurred Lines, notamment accompagné de Pharrell Williams, sorte d’étiquette hype qui lui a témoigné une confiance quasi-continue depuis dix ans. Si le résultat de leur collaboration n’est probablement pas le nouveau Someone Like You (encore moins avec un clip censuré pour cause de femmes apparaissant seins nus), il se veut suffisamment edgy pour tenter de faire de Robin Thicke la « nouvelle » sensation R’n’B un peu hipster et élégante de 2013. Une sorte de nouveau Frank Ocean ou Plan B, quoi. Blurred Lines sera peut-être à Robin Thicke ce que Family Affair fut à Mary J. Blige en 2001 : la collaboration de prestige (en 2001, c’était plutôt avec Dr Dre qu’il fallait fricoter) qui t’assure enfin une vraie notoriété en Europe, quand bien même tu étais une star aux Etats-Unis depuis des années…

 

 

Le rap « ouvert »

 

Depuis le début de l’hiver 2012-2013, on voit débarquer en force dans les charts internationaux une certaine vision du rap U.S., assez cool et encline à jouer avec les codes de la pop, de la mode ou même des symboles gays. Macklemore, Bauuer ou Kendrick Lamar sont les héritiers d’une tendance entamée il y a plus de dix ans avec les parcours d’Eminem, de Kanye West ou des Neptunes : un rap « de blancs », alliant le flow et la respectabilité « ghetto » des gros pontes du milieu et la visibilité mainstream des sucreries pop de Will Smith dans les 90’s (et dire qu’à l’époque, il gagnait des MTV Awards de Best Hip-Hop Artist au nez et à la barbe des Dr Dre, Jay-Z, Tupac ou Notorious B.I.G.) (même moi je sais que rétrospectivement, c’est la teu-hon). On garde le son et on se débarrasse de l’artillerie gangsta rap : ces gars-là revendiquent une urbanité qui les a amenés à fréquenter les milieux populaires comme les centre-villes classieux, une réflexion personnelle (et parfois hyper-introspective) plutôt qu’une révolte anti-système ou anti-autorités, une virilité qui ne nécessite pas d’avoir survécu à trois fusillades entre gangs… Robin Thicke, avec son clip beigeasse et son Pharrell en combi argentée (qui, au passage, a l’air d’avoir 49 ans), a clairement envie de se positionner dans ce mouvement, qui en plus de rapporter du Grammy Award à la pelle, semble donc commencer à générer du tube. La question que cela soulève étant : 50 Cent et The Game survivront-ils à 2013 ?

 

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Hello, I am a fille à poil holding a baby sheep in my arms, ’cause I am a hipster de merde

 

La mélodie répétitive

 

C’est tout bête, mais le hip-hop favorise le tube, à condition d’avoir déniché le refrain qui accroche l’oreille en cinq secondes. C’est un genre musical qui a, encore plus que d’autres, la culture de l’earworm : comme en général, le grand public n’en a à peu près rien à battre des couplets, qu’il se contentera de yaourter outrageusement sur les pistes de danse, il suffit d’un bon petit refrain de 15-20 secondes, répété ad nauseam, pour boucler la recette d’un bon gros tube hip-hop de derrière les fagots. Ici, on dirait un peu des gémissements à la Prince ou à la Matthew Bellamy rythmés par des « hey hey hey », qui trouveront facilement leur public en club et leur sponsor dans un spot TV quelconque. La recette idéale.

 

 

 

Le vintage ou le simili-vieux pot

 

Depuis que Will Smith a joué dans La Légende de Bagger Vance, le monde semble avoir pris conscience d’une vérité crypto-raciste de la mode : un noir habillé comme un joueur de golf aristocrate de 1912, c’est la classe. Même Chris Brown l’a compris, c’est te dire si on ne va plus tarder à voir Snoop Dogg se déguiser en Tintin. Avec leurs costards qui crient « 60’s » et leur bruching à la Elvis, Robin Thicke et ses copains jouent à donf’ cette carte du vintage, probablement supposée les lustrer d’un vernis de respectabilité à l’ancienne, genre « on est des héritiers de Ray Charles et de la Motown, mais en même temps on est rigolos et cool, et on danse comme des ploucs avec des mannequins anorexiques qu’on tente de faire passer pour des héritières des pin-ups ». Le pire, c’est que ça peut marcher.

 

 

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