Norman Bates, gentil garçon

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Cela fait quelques années que le cinéma, notamment hollywoodien, a la manie des remakes, des adaptations de comics ou de succès littéraires, des biopics, ou encore des franchises exploitées jusqu’à l’os. C’est le réflexe, un peu couard, consistant à donner au public ce qu’il connaît et aime déjà, pour être un peu plus sûr de ne pas le rebuter et de ne pas faire un bide. Jusque-là relativement épargnées par le phénomène, les séries US, qui connaissent depuis une grosse décennie un regain de popularité et d’estime auprès du public et de la presse (au point que même des acteurs de cinoche chevronnés comme Jessica Lange, Julianne Moore, Kevin Costner ou Kate Winslet tentent une incursion dans des séries ou mini-séries, avec l’ambition à peine dissimulée d’y glaner facilement un Golden Globe), semblent en train de céder à cette facilité.

 

 

Alors certes, ce n’est pas complètement nouveau (Melrose Place était bien un spin-off de Beverly Hills, Ugly Betty une adaptation de telenovella, et Smallville une exploration de la genèse du mythe de Superman), mais ces derniers mois cela semble s’accélérer : après Dallas-la-suite-vingt-ans-après-l’arrête-de-la-série-avec-les-mêmes-et-des-nouveaux-personnages-jeunes (qui a dû récemment composer, dans la série, avec la mort réelle de Larry Hagman en incluant la mort de J.R. à l’intrigue), après le probablement monstrueux The Carrie Diaries il y a quelques mois (que je me suis personnellement épargné : diffusion sur la CW oblige, je sentais trop venir le produit éducoré façon Carrie Bradshaw meets Gossip Girl dans un univers girly et fashion où personne ne prononce un seul gros mot) et avant le spin-off de Once Upon a Time au pays des merveilles ou la mini-reprise de 24, voici donc venu le temps de Bates Motel.

 

L’histoire ? Les errements et problèmes d’adolescent du jeune Norman Bates, quelques années avant qu’il ne croise la route de Marion Crane dans le film Psychose d’Alfred Hitchcock, alors que lui et sa mère, veuve, démarrent l’exploitation d’un motel en bord de route d’une petite ville d’apparence plouc.

 

 

freddie highmore norman bates

 

 

Typiquement l’exercice casse-gueule, donc, puisque le mythe mis en place par Alfred Hitchcock et Anthony Perkins en 1960 semble indépassable, et que les quelques suites que Perkins, dont l’image publique était complètement noyée par ce rôle iconique, avait tentées, se sont soldées par des navets et des échecs.

 

 

A&E a pourtant tenté le coup, en y mettant des moyens et du casting, avec dans les deux rôles principaux Freddie Highmore (l’insupportable Arthur d’Arthur et les Minimoys) et Vera Farmiga (Up In The Air, Esther).

 

Si le climat général n’est pas aussi lourd, meurtrier et psychotique que dans le film d’Hitchcock, la série prend bien soin de parsemer des références et clins d’œil à ce qui, vraisemblablement, constituera le sombre avenir du jeune Norman. Tout en jouant un peu sur l’ambiguïté puisque, comme on le comprend à la moitié du premier épisode environ, la série ne se déroule pas quelques années avant l’action de Psychose en 1960… mais de nos jours. Voitures, smartphones et tenues des camarades de lycée de Norman viennent en effet nous indiquer le contexte contemporain d’une intrigue dont bien des aspects semblent intemporels. Si le Norman Bates que nous voyons évoluer dans la série n’est pas celui qui avait quinze ans dans les années 40, si le Norman Bates d’A&E n’est pas celui d’Hitchcock, va-t-il vraiment finir par tuer une certaine Marion Crane ? Ne va-t-il pas commencer par décimer une partie de son entourage un peu tordu ?

 

 

 

La série semble proposer quelques pistes en ce sens, entre le flic un peu trop clairvoyant, la camarade de classe populaire qui joue sur deux fronts en dragouillant gentiment Norman alors qu’elle a déjà un soupirant, le grand frère toxique qui s’immisce dans la complicité mère-fils, la gentille fille qui le « comprend » et, bien sûr, la maman Norma, qui a mis la première pierre à l’édifice de l’identité brouillée de Norman en le prénommant quasiment comme elle, et qui pince toutes les cordes sensibles de son fils adolescent : look de pin-up rétro, culpabilisation à outrance, interrogatoire corsé de la moindre femelle lycéenne en approche…

 

 

On sent bien le terreau qui, stimulé par les « bons » traumatismes, va faire basculer Norman Bates. Tout dépendra évidemment du nombre et de la qualité des épisodes et intrigues déclencheuses qui, tout au long de Bates Motel, mèneront le personnage à l’horreur. Pour le moment, et après visionnage de trois premiers épisodes, j’ai envie de laisser une chance aux créateurs de la série, qui sont loin d’avoir créé (du moins jusqu’à présent) une bouse déshonorante.

2 réflexions au sujet de « Norman Bates, gentil garçon »

  1. Et que pensez vous (penses tu?, on ne se connait pas…) de « Hannibal », qui retrace la genèse du silence des agneaux, avec Dr Lecter encore en liberté. Là aussi, casting assez impressionnant : Mads Mikkelsen et Lawrence Fishburne.

    1. Oh tutoyons-nous, les us de la blogosphère sont ainsi ! 🙂

      Je n’ai pas encore regardé Hannibal, n’étant pas particulièrement fan du mythe (un peu surexploité à mon goût) du Dr Lecter. Mais ça s’inscrit dans le même mouvement, que je décris en début d’article : les acteurs de ciné qui s’acoquinent avec les séries (plus Mads Mikkelsen que Lawrence Fishburne, d’ailleurs, ce dernier s’étant pas mal tourné vers la télévision ces dernières années).

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