Free porn

i want your love

Je parlais il y a quelques semaines de théâtre gay, tout en incluant, dans le même panier, l’ensemble des productions culturelles spécifiquement dédiées à un public majoritairement homosexuel masculin. Des films, romans et autres BD qui se distinguent assez facilement par leurs titres vaguement évocateurs, les affiches / pochettes / jaquettes avec gossbô plus ou moins habillés, leurs éditeurs et distributeurs spécifiques, etc. Et, dans le cas des films, le fait qu’il est quasiment impossible de les voir en salles en France, en dehors du MK2 Beaubourg, du Nouveau Latina ou du cinéma art et essai friendly de la ville, si tu vis hors de Paris. I want your love est de ceux-là, précédé d’un mini-buzz positif en amont de sa sortie sur les réseaux sociaux et la blogosphère gay et sorti dans deux pauvres salles parisiennes. Attention, spoilers de scènes de cul (et d’intrigue inexistante).

 

 

Son parti-pris, visuel surtout : filmer le réalisme des amours gays, avec notamment des scènes de sexe non simulées entre les partenaires, et dont des détails habituellement uniquement visibles dans les films X nous sont montrés sans ambages : organes génitaux, fellation, pénétration anale, etc. Le tout étant filmé de manière suffisamment réaliste pour ne pas être réellement pornographique (c’est-à-dire pas destiné à l’excitation du spectateur ni à la masturbation). Ici, on suit donc un groupe d’amis gays (ouais) bossant pour la plupart de manière plus ou moins lointaine dans l’art contemporain (ouille, problème d’identification et d’empathie n°1), à San Francisco (ouille, cliché n°1) (quelques autres suivent, hélas), notamment dans leurs vies sexuelles, durant une période d’environ 72 heures. Jesse, un artiste un peu raté (= pas encore célèbre ni friqué) a décidé de quitter San Francisco pour retourner vivre chez ses parents dans l’Ohio pendant quelques mois, histoire de faire quelques économies et de « chercher un nouveau souffle ». L’aveu d’échec, déjà, à sa place je m’accroche à SF en prenant un job alimentaire, ou je saute par la fenêtre direct.

 

 

i want your love travis mathews

 

 

Ce faisant, il quitte sa colocation avec un autre gars, gay lui aussi, Wayne. Wayne en profite pour s’installer avec son copain, une place et une moitié du loyer étant désormais vacants. Jesse, de son côté, se prépare à dire au revoir à un tas de gens lors d’une grande fête d’adieux organisée par son coloc’. Avant ça, il revoit son ex, Ben, qui est tout choupi…

 

 

 

Alors on pourrait croire qu’il est encore amoureux de l’ex et qu’il va coucher avec mais en fait non, on se prend juste la tête pendant vingt minutes avec eux deux et il ne se passe rien. Puis Wayne, le coloc’, se prend un peu la tête avec son mec passif-agressif qui a déplacé un peu du bordel de sa piaule sans lui demander son autorisation, et se demande s’il doit vraiment emménager avec lui. Et puis en fait ils baisent. Bon, et puis après, ils discutent de l’idée de faire un plan à trois, et ils en commencent un le soir-même pendant la soirée d’adieu de Jesse avec tout le monde à côté et personne pour venir les gauler, et puis en fait non, ils laissent tomber au bout de trois minutes de fellation, et puis il se passe rien de plus.

 

 

 

A la même soirée, l’ex de Jesse se tape un des potes de Jesse dans le lit de Jesse, mais pareil, à part ça que dalle, ils ne se font pas surprendre, ni rien. Et puis Jesse apprend qu’en fait il ne pourra squatter que pendant un mois chez son père en Ohio et qu’après il devra se démerder, mais il ne dit rien à personne, quasi-couche avec son meilleur ami (parce que pourquoi pas) et part quand même…

 

 

 

Et c’est tout. Le film se finit comme ça, sans vraie intrigue, sans élément perturbateur pour bousculer le cours de choses (et quand il y a le potentiel, ça n’arrive pas), avec des personnages qui en sont exactement au même point, ou du moins au point où on les attendait au début du film. Par contre, oui, on les a vus baiser. Sauf que le sexe n’est même pas le sujet du film. Du coup, ça apparaît comme un peu vain et gratuit.

 

 

Tout le monde a déjà fait la comparaison, mais c’est vrai que dans le genre « film intello qui montre du cul non simulé », Shortbus de John Cameron Mitchell était beaucoup plus fin, et beaucoup moins gratuit : c’était bien autour de leur couple, de leur sexualité et de leur fréquentation d’un club libertaire/libertin que les personnages parlaient et évoluaient. A la fin du film, ils n’en étaient pas au même point qu’au début, et une partie de l’action sexuelle vue pendant le film y était pour quelque chose… Bref, j’ai eu une petite déception à la vision de I want your love, dont j’attendais une intrigue et une réflexion plus intéressante autour du sexe, et pas des scènes de cul glissées gratuitement entre des scènes d’atermoiements un peu boring sur lesquelles elles n’ont aucun impact. Il y a un côté « porn meets indie » dont je perçois mal l’intérêt (autre qu’expérimental). Au final, et quitte à jouer la carte du sulfureux et des pénétrations non simulées, autant regarder le film de John Cameron Mitchell.

4 réflexions au sujet de « Free porn »

  1. Malheureusement, si le cinéma « gay » n’est pas si visible que ça, c’est surtout qu’il est en général pas très bon, souvent trop « communautaire », trop « niche » et, il faut bien le dire, blindés de clichés comme tu le dis.

    Mais parfois, il y a de vrais pépites. Je pense notamment à l’anglais « Week-end » et l’américain « Keep The Lights On » sortis l’année dernière. Parce que ce sont des films qui sont basés sur le sentiment (sans pour autant renier la partie sexuelle et « graphique »), ils me semblent plus « universels » et être de vrais bons films.

    <a href="http://www.youtube.com/watch?v=aePMSW-i-mk&quot;

    <a href="http://www.youtube.com/watch?v=fJmRQX8RjUE&quot;

    1. Héhé, c’est exactement ce que j’ai déjà laissé transparaître ici et ici (au passage, Weekend, effectivement, fut un vrai coup de cœur en 2012). 🙂

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