Parce qu’il faut arrêter deux minutes de se pignoler sur Ryan Gosling

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Il m’arrive de me demander si Ryan Gosling n’est pas surévalué. Puis, de peur d’être lapidé en place publique, je me ravise et ravale cette sombre pensée. C’est que, inventeur du concept du blond ténébreux, le très décoratif Ryan trimballe sa mono-expression dans le cinéma indé coolos depuis maintenant une grosse décennie, récoltant reconnaissance et notoriété mondiale depuis 2011 essentiellement, sans avoir particulièrement révolutionné la mayonnaise. Encore deux films d’action « d’auteur » où il nous servira cinq lignes de dialogues et un calme olympien de deux heures, et il sera officiellement devenu le Jason Statham respectable.

Note que je n’ai pas vu beaucoup de films de Ryan Gosling : Drive bien sûr, Crazy Stupid Love, The Believer, Murder by Numbers, The Ides of March (la « passation de pouvoir » entre George Clooney et lui, qui a un peu fait pschitt)… et c’est à peu près tout. J’ai loupé The Notebook, dont la dimension tellement culte chez les demoiselles anglo-saxonnes me l’a rendu un peu intimidant avec le temps. J’ai même raté les deux films qui lui ont (enfin) permis de se faire remarquer par les critiques cinés au tournant de la décennie 2010 : Half Nelson et Blue Valentine. Il paraît que je loupe quelque chose. Je ne suis pas un expert en Goslinguerie, quoi.

Mais à part son air impénétrable qui lui donne tantôt l’air d’un gentil garçon perturbé, tantôt celui d’un petit con arrogant, qu’est-ce qui distingue au juste le beau Ryan d’un mannequin Calvin Klein ordinaire ? Hormis son passé commun au Mickey Mouse Club avec Justin Timberlake et Britney Spears, ou ses relations médiatisées avec des quasi-cougars (Sandra Bullock, Eva Mendès) ou l’ex-petite fiancée de l’Amérique (Rachel McAdams), je ne vois pas trop ce qui, dans le jeu ou dans la filmo de Ryan Gosling, justifie une si grande pâmoison du web et des médias du monde entier, en comparaison de gars comme James Franco, Orlando Bloom, James McAvoy ou Joseph Gordon-Levitt qui tapinent à longueur d’année pour rafler le titre de nouveau James Dean. Ou de Sexiest Man Alive, à défaut.

Ses abdos, peut-être…

Non pas que ça me dérange, hein.

Mais dans Only God Forgives, sa deuxième collaboration avec Nicolas Winding Refn, il est plus monolithique que jamais, au point que je commence à douter de sa fameuse intériorité pour désormais penser qu’il croit que garder une expression neutre suffit, et que son regard de chien battu fait le boulot. Il a dans les yeux cette petite étincelle triste de petite chose fragile, qui fait que même quand il est torse nu on a un peu envie de le consoler.

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Le pitch : « À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue.

Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers.

Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics … »

Soit. Ou comment, entre cinq scènes dialoguées violentes et relativement courtes, meubler 1h30 (qui semble 2h30) avec de très jolis plans esthétisants. Alors oui, c’est très joli, il y a de très belles choses faites avec les couleurs et les lumières, et on prend un certain plaisir à contempler la manière dont Nicolas Winding Refn pose une ambiance hyper stylisée en deux secondes : le silence feutré et suffocant du bordel de luxe dans son rouge sang, les rues froides et bleues où se règlent les comptes, la vie légère de la maison de Chang et de sa fille en pleine lumière du jour, le vide assourdissant d’une salle de boxe déserte… Tout cela est très joli, quoiqu’un chouïa branling si tu veux mon avis, mais à la limite, là n’est pas le problème.

Le problème, ce sont les personnages, ou plutôt leur caractérisation. Bénéficiant de peu de dialogues, les acteurs se démènent comme ils peuvent pour donner chair à leurs personnages. Cependant, ils n’en ont guère le temps. Ou pas l’opportunité, je ne sais pas. La pauvre Kristin Scott-Thomas, grimée en Donatella Versace, manque un peu de matière et de temps de présence à l’écran pour donner corps (et donc, pour nous intéresser) à son personnage de mère gorgone. Quelques motivations et traits de caractère grossièrement dessinés en deux scènes, et roule ma poule. Le plus bizarre étant que, dans le cas du « héros » Julian, le réalisateur tente de nous plonger dans son esprit, mais que cela ne nous permet pas de comprendre sa psychologie, ni ses raisons. Ce qui le meut, le motive, le touche, l’énerve ou le fait disjoncter, on ne le constate que sur pièce. Et encore. En 1h30, on aura compris qu’il est un peu moins barré que le reste de sa famille, et pas très motivé par cette histoire de vendetta sanglante. On aura aussi vu, mais sans comprendre comment ni pourquoi (don de divination ? souvenir d’une rencontre passée ?) qu’il redoute l’affrontement final avec Chang et sa redoutable lame… avant même de les avoir rencontrés. Alors qu’aux deux tiers du film, un premier affrontement laisse clairement entendre une supériorité nette du flic sur le petit trafiquant, ce dernier se révélera bien plus docile à la perspective du châtiment final.

Reste le personnage de Chang, sorte d’ange exterminateur incarnant une police qui a renoncé au système judiciaire et qui enquête, arrête, juge et exécute les sentences toute seule. Il se serait bien fait engueuler par Casey Novak de New York Unité Spéciale, lui. N’empêche que son histoire, ses motivations, sa personnalité (borderline ? psychotique ?)… bah on n’en saura pas grand-chose. Ah si, apparemment il aime chanter des chansons d’amour chelou au karaoké, mais on sait pas trop pourquoi.

On ressort du film avec l’impression d’avoir vaguement compris le héros, mais c’est surtout parce que l’histoire est une tragédie toute bête dont la fin paraît inéluctable dès le premier quart d’heure. Pour le reste, on s’est un peu ennuyés, maintenus éveillés surtout par le suspense entre deux moments d’ultraviolence. Et on n’a même pas vu Ryan Gosling torse nu.

2 réflexions au sujet de « Parce qu’il faut arrêter deux minutes de se pignoler sur Ryan Gosling »

  1. Je partage totalement ton avis. La bonne nouvelle, c’est qu’il parle assez peu dans ses film (perso, sa plastique me laisse assez froide) contrairement à notre Marion Cotillard (qui m’insupporte). Je trouve que c’est un bon acteur, mais vachement répétitif et faire la même chose, ça lasse. Pas vu tout ses films (même si j’adore Drive), mais je serais curieuse de le voir dans un vrai rôle comique (dire qu’il a commencé chez Disney).
    Bon et sinon, tu attaques Carey Mulligan la prochaine fois (parce que le regard de chien battu, la douleur muette…tout ça, c’est aussi surfait !)

    1. Figure-toi qu’à part Orgueil et Préjugés (dans lequel elle a un tout petit rôle) et Drive, j’ai miraculeusement échappé, sans même le chercher, à TOUTE la filmo de Carey Mulligan jusqu’à présent. Du coup elle ne me dérange pas et je ne comprends pas encore trop bien la source de cette haine des internets envers sa personne, j’avoue… Tout comme je n’avais pas compris que Anne Hathaway était haïe de tous avant que tout le web ne le dise à la suite de son oscar. Je suis à la ramasse, niveau têtes à claques.

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