How I Met My Brothers

The-Goodwin-Games

Décidément, depuis Ugly Betty (oui, je garde une tendresse particulière pour les ex-acteurs d’Ugly Betty), on ne réussit pas à recaser la délicieuse Becki Newton, dont la célèbre Amanda Tanen Summers nous avait offert, au détour d’un rôle potentiellement banal de standardiste cochonne, certaines des répliques et des situations les plus drôles de la défunte série d’ABC. Après un passage éclair dans la série Love Bites (une charmante bluette comique et romantique sur le hasard, qui prenait dans chaque épisode trois personnages qui ne se connaissaient pas et les lançait dans une quête – généralement amoureuse – avant que leurs trois intrigues ne se télescopent à la fin de chaque épisode) (c’était vraiment très mignon, et cela figurerait encore probablement dans ma serie-list hebdomadaire si NBC ne s’en était pas débarrassée au bout d’une petite saison de huit épisodes) puis un guest de luxe dans How I Met Your Mother, la malheureuse Becki n’a toujours pas retrouvé de lead role à se mettre sous le CV. Alors quand j’ai su que la Fox avait acheté une première saison de sa nouvelle série The Goodwin Games, je me suis jeté dessus, penses-tu. J’aurais voulu être davantage convaincu, toutefois.

 

 

The Goodwin Games, kékécé ? Bon, déjà, et pour te situer le niveau du truc (et les attentes qui, inévitablement, en découlent), c’est la nouvelle série créée par Carter Bays et Craig Thomas, que tout amateur éclairé de séries US connaît comme étant les créateurs de How I Met Your Mother – ça va donc bien au-delà des amateurs éclairés de séries, puisque j’ai environ 150 amis qui likent cette sitcom sur Facebook (c’est dire si c’est le comble du mainstream). On en déduit que Carter Bays et Craig Thomas ont bien aimé bosser avec Becki Newton sur leur série-phare. On s’attend donc, d’entrée, à un certain nombre d’ingrédients, même si des variations peuvent survenir : des personnages archétypaux, une quête existentielle supposée nous tenir en haleine tout au long de la série, un humour un peu primaire lorgnant gentiment vers les limites du bon goût, un zeste de romantisme et d’idéalisation des valeurs familiales, une ambiance de copains à laquelle s’identifier facilement, et une rhétorique générationnelle basée sur les clins d’œil à l’actualité et aux références culturelles des trentenaires… Ou à peu près. Mais on est sur la Fox, pas sur CBS…

 

 

Le pitch de The Goodwin Games : avant de décéder, Benjamin Goodwin (Beau Bridges), père de trois enfants qu’il a élevés dans une compétition apparemment quasi-permanente, a décidé de léguer une mystérieuse fortune de 23 millions de dollars (dont rien ne prouve l’existence), à celui ou à celle qui remportera les Goodwin Games. Les Goodwin Games, ce sont des épreuves, supposées départager les trois enfants, que nous découvrirons apparemment au fur et à mesure des épisodes. En effet, et si j’ai bien compris la mécanique mise en place par le pilote, chaque épisode verra l’exécutrice testamentaire de Benjamin Goodwin diffuser une cassette vidéo du patriarche, dans laquelle il donne une nouvelle épreuve à ses rejetons. La fin de l’épisode consistant (mais après tout, qui sait ce qu’on nous réserve) à désigner le vainqueur, puis à dresser la morale que l’épreuve leur a révélé. Un peu à la manière de 2 Broke Girls, les personnages principaux vont cheminer à travers les épisodes en construisant une hypothétique et lointaine fortune, mais c’est un objectif que l’on peut, parfois, perdre de vue.

 

 

Les trois enfants en compétition pour toucher le pactole :

 

the goodwin games

 

Henry, l’aîné, control freak un peu alcoolique devenu docteur et maniaque, vraisemblablement fiancé à une miss perfection.

Chloe, une actrice un peu ratée et un peu paumée dont on n’apprendra pas grand-chose si ce n’est qu’elle est moins bête qu’elle en a l’air (elle lit le morse).

Jimmy, le petit dernier qui, à 32 ans, semble avoir passé la majeure partie de sa vie d’adulte en prison, probablement chopé à chaque fois bêtement pour de petits larcins et plans foireux pour se faire de l’argent facile (c’est ce qu’on déduit tant il a l’air naïf et gentil), mais qui a trouvé le temps de concevoir une gamine, qui a l’air d’avoir cinq ans et d’être plus mature que lui.

Un quatrième candidat mystérieux apparaît peu après le début de l’épisode, mais on ne sait pas trop si ça va durer, ni même à quoi il sert tant son apport est inexistant…

 

Déjà orphelins de mère, les trois enfants Goodwin ne se fréquentaient plus trop (et ne parlaient plus vraiment à leur père non plus) avant le décès de Benjamin, lequel les avait patiemment détruits dans leur enfance en les mettant toujours en compétition, entre eux ou avec eux-mêmes, puis en les assommant de la pire chose qu’un parent puisse dire à un enfant lorsqu’ils échouaient : I love you anyway (la série monte ce slogan en épingle comme s’il était trop mignon, personnellement je le trouve assez violent).

 

 

scott foley

 

J’espère sincèrement que Bays et Thomas savent ce qu’ils font. Si l’on retrouve bien, dans The Goodwin Games, quelques ingrédients de dramedy qui ont fait le supplément d’âme et le succès de HIMYM face aux autres sitcoms (poids de la relation parent-enfant, mort du père, le passé s’adressant au futur, etc.), on est franchement loin de la grosse poilade, en ce qui concerne les aspects comiques. Là où on se serait attendus à trouver des enfants affreux, avides de fric et caricaturaux à souhait (qui ne demanderaient, à la manière d’un Barney Stinson, qu’à s’assouplir progressivement à la lumière des événements traversés), on trouve trois personnages assez gentils, voire lisses, et dont les failles personnelles sont non seulement visibles à dix kilomètres, mais bien appuyées au sabot par le script. Et surtout, alors que l’enjeu des 23 millions de dollars aurait pu faire ressortir (avec les effets comiques nécessairement associés) le pire chez chaque protagoniste, on met presque immédiatement en doute l’existence de ce fric avant de se rendre compte, sans surprise au regard d’un premier épisode gentillet où les Goodwin re-fraternisent un peu trop facilement autour d’une partie de Trivial Pursuit, que le véritable enjeu des Goodwin Games n’est pas l’argent mais la reconstruction du lien familial. Hmmmm ok… Que le rapprochement et la reconstruction du lien fraternel brisé soient le but de ce petit défi de notaire à la légalité probablement contestable, je peux bien le comprendre (c’était déjà le cas dans un film de Coline Serreau au pitch très similaire, qui s’intitulait Saint Jacques – La Mecque, en 2005), mais vu que ce rapprochement forcé est la première conséquence des injonctions d’outre-tombe de papa Goodwin, je n’ai pas besoin que Peyton Reed (réalisateur des trois premiers épisodes de la série, à qui l’on doit déjà Bring It On et The Break-Up au cinéma) me prenne pour un idiot en me mettant le nez dedans dès le pilote. Les bons sentiments flinguent apparemment d’office le potentiel de mauvais esprit du concept. Dommage.

 

 

Côté casting, ce n’est pas la cata mais on n’est pas encore bien en place. Becki Newton est à l’évidence plus à l’aise pour jouer les garces arrivistes et bitcher à bout portant que pour donner un souffle quirky à une jolie girl next door surdouée mais paumée. Scott Foley (qu’on vient de quitter en mauvaise posture dans le season final de Scandal) n’a vraisemblablement pas la fibre comique très développée pour le moment (ses références en séries louchant plutôt du côté du drama, avec Felicity, Grey’s Anatomy ou True Blood). T.J. Miller a un personnage à fort potentiel mais pas très nouveau dans son genre. Les trois, pour couronner le tout, souffrent dans le pilote d’un manque criant d’alchimie, malheureusement pas encore compensé par des qualités d’écriture ciselée.

 

 

On ne désespère pas, toutefois, de voir la série s’installer un peu mieux au bout de quelques épisodes. Après tout, j’ai bien fini par me laisser convaincre par New Girl et The Neighb0rs, qui m’avaient un peu rebuté à leurs débuts : la première à cause d’enjeux faiblards et de personnages pas encore bien dessinés, la seconde à cause d’un humour que j’imaginais (à tort) trop familial et trop prude pour réussir à m’arracher un sourire. Le fait est que les deux sont d’ores et déjà à mon programme de la rentrée de septembre. De même, si on pourrait penser qu’une première saison de 7 épisodes, c’est un peu light, voire pas bon signe, on peut se rappeler que la saison 1 de Scandal n’avait, elle aussi, que 7 épisodes (de 42 minutes – format Drama – certes)… Et comme on aime Becki Newton très fort, on va de toute façon lui laisser une chance de se refaire d’ici l’été.

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