La Pop-Pouffe de juin

Miley 2.0. Il paraît en effet bien loin, le temps d’Hanna Montana (que je confondais avec Lizzie Maguire parce que bon, hein, j’ai beau adorer les daubes je ne regarde pas les séries de Disney Channel). Le temps de Party in the USA aussi où, fin 2008, elle sembla traverser l’Atlantique avec un single pour la première fois ; rien de bien énorme, mais un hymne sympathique à la fête, propret et guilleret, qui traîne toujours aujourd’hui quelque part au fond de mon compte iTunes (oui oui, j’ai 28 ans et une chanson de Miley Cyrus – que j’ai ACHETEE genre, de mon plein gré – sur mon iPhone). Désormais, Miley Cyrus a 20 ans, et envie qu’on la prenne au sérieux. Finie, donc, la gamine joufflue qu’on voyait bien finir en maman grassouillette de cinq enfants dans le Tennessee. L’appel de la gloire aura été le plus fort : Miley a pris un coach sportif, s’est coupée sa chevelure de jeune première au profit d’une brosse à la Desireless, s’est fait faire des tatouages de pétasse urbaine, et a réclamé un single hype à Mike Will Made It, dans l’espoir de dominer le monde, rien de moins.

  

Il faut dire qu’au même âge, Britney Spears et Rihanna (ses modèles les plus évidents – surtout la seconde quand on regarde et écoute le clip de We Can’t Stop) (je me prends à imaginer ce que Rihanna aurait fait de la même chanson) avaient déjà quelques tubes mondiaux sous le pied, et surtout avaient passé la quille. C’est en effet quelques mois avant leurs 21 ans que Brit-Brit et RiRi avaient réussi leur virage « sulfureux » (l’une avec la crypto-partouze moite de I’m A Slave 4 U, et l’autre avec les délires fétichistes de Disturbia). L’heure a donc sonné, pour Miley Cyrus, de nous livrer un aperçu détaillé de son épilation du maillot. Parce que, c’est bien connu, la maturité, en pop, c’est d’être capable de faire du twerk avec des filles black so ghetto et de se cambrer comme une professionnelle au peep show. Ainsi va une musique pop qui ne sait plus s’affirmer comme subversive qu’en sexualisant les ex-enfants stars ou en surjouant la supposée langueur friquée des orgies hollywoodiennes. Héritage d’années 2000 où seuls Britney Spears, Lady Gaga et Justin Bieber auront réussi à nous sortir de notre torpeur, entre déchéance, bling-bling et pedophonie vaguement consciente d’elle-même.

Miley Cyrus Billboard

Les différences, car il y en a, sont toutefois de taille : là où Rihanna et Britney Spears étaient déjà des poids lourds de l’industrie du disque à 20 ans, Miley Cyrus a un peu traîné, un peu tardé à se tailler une brochette de tubes imparables pour devenir l’égérie de Fun Radio ou de NRJ. Un peu comme Selena Gomez, Rita Ora ou Azealia Banks, Miley fait partie de ces chanteuses qu’on voit beaucoup dans les magazines et dont on annonce l’explosion musicale en grandes pompes… mais à côté desquelles il est bizarrement très facile de passer. Hormis auprès des fans purs et durs, quel a été le retentissement des albums et singles de Miley Cyrus chez nous ? Bah bof bof, quoi. Il y a bien eu la tentative, en 2010, de s’imposer en petit oiseau sexy en cage sur le point de prendre son envol dans Can’t Be Tamed, mais 1) on y croyait moyen, et 2) ça n’a pas vraiment été le carton de l’année non plus.

Une autre différence notable avec ses aînées, c’est que même si elle surjoue ici un peu des gimmicks de la cambrure et des jambes écartées, elle est loin d’être aussi sulfureuse qu’une Iggy Azalea. Avant ses 21 ans, Britney Spears avait déjà depuis longtemps déniaisé son image en soufflant le chaud et le froid quant à sa supposée virginité et la probabilité qu’elle ait consommé sa relation avec Justin Timberlake ; de son côté, et (on l’espère) davantage malgré elle, Rihanna s’était fait taper dessus par Chris Brown quelques jours avant son 21ème anniversaire. Miley, elle, est gentiment fiancée à Liam Hemsworth, petit frère de Chris et héros de The Hunger Games, qu’elle a rencontré en 2009 (a.k.a. une éternité dans le showbiz, à cet âge-là) sur le tournage de The Last Song, un film insignifiant distribué par Disney. Alors certes, elle s’est fait gauler en train de fumer un joint et elle a posé nue, mais tant qu’elle ne se fait pas tabasser, engrosser par un teubé, reprendre ses enfants par la DDASS, ou qu’elle ne croupit pas quelques semaines en prison, vue d’Europe, elle est encore très sage.

Enfin, et même si on peut saluer l’effort et les nombreuses inspirations que le clip puise dans l’art contemporain (on dirait un peu du Lady Gaga grande période), il faut bien avouer que We Can’t Stop ne vaut pas un Umbrella, un Oops! I did it again ou un Don’t Stop The Music. Avec un peu de matraquage, cela devrait prendre, mais on est quand même loin de la grosse tuerie évidente qui se minaude et se gémit en boîte de nuit. Reste un clip enjoué et weird à souhait, que les fans de Miley vont s’efforcer d’analyser et décortiquer dans les jours à venir, et cette ambition autoproclamée de faire la fête avec toute une génération de coreligionnaires. Le genre de sommation auxquelles le public de moins de trente ans ne saurait résister éternellement.

miley-cyrus-we-cant-stop

Bizarrement, et même si elle n’a pas (encore) la même armée de fans et de producteurs de tubes FM à ses pieds que ses modèles, je suis de plus en plus confiant quant au devenir de Miley Cyrus. Parce qu’elle a un peu plus de charisme qu’une Hilary Duff et qu’elle a l’air un peu moins déglinguée qu’une Lindsay Lohan face à son parcours de teenage star / chair à paparazzi, elle pourrait bien réussir là où même Britney et Rihanna ont échoué : être sexuelle mais dans la maîtrise, être glamour mais sans les coulisses douteuses, être sexy sur pellicule mais sans la vie privée chaotique étalée dans la presse. C’est en tout cas celle qui fait le mieux illusion pour le moment. A moins que le temps des scandales ne fasse que commencer…

6 réflexions au sujet de « La Pop-Pouffe de juin »

  1. Bon, euh, je trouve le clip très déprimant quand même. La voir se tortiller en mode ghetto c’est quand même très risible quand tu connais son cv.
    En fait je n’arrive pas à adhérer à Miley car pour moi elle reste la nana pas jolie avec son appareil dentaire et ses oreilles décollées qu’on a essayé de transformer en sexy indépendante.
    La différence avec Britney et Rihanna c’est quand même aussi qu’elle ne fait pas rêver les autres filles: tu n’as pas envie de lui ressembler en vrai.
    Donc avis encore mitigé pour moi sur son vrai potentiel

    1. Tu sais, je crois que c’est générationnel, aussi. On est passés à côté des héroïnes de Disney Channel à cause de notre âge, et du coup on n’associe pas un historique ou un affect particulier à cette fille. Un peu comme les One Direction et la plupart des nouveautés qui, soyons honnêtes, ne s’adressent pas en priorité à des adultes de 28 ans. Nous avions 13-14 ) l’avènement de Britney, environ 20 ans à celui de Rihanna. A leur façon (teen pop, dance putassière pour soirées en club), elles s’adressaient directement à notre génération…

      Toutefois, assez d’accord avec toi, en termes d’empathie, on est loin de rêver autant devant le clip de Miley que devant ceux de l’âge d’or de Brit-Brit. 😉

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