Je n’ai pas testé pour toi : coucher avec une célébrité

notting hill

Dans la famille « Vinsh et son obsession vintage pour Julia Roberts », je demande Notting Hill, revu hier soir un peu par hasard. En 1999, alors qu’elle est au sommet de sa popularité et qu’elle s’apprête à tourner le film qui lui rapportera l’oscar de la meilleure actrice, Julia Roberts voit sortir en salles Notting Hill (forcément rebaptisé du titre ingrat de Coup de foudre à Notting Hill, en France) (en cas de doute sur la nature de comédie romantique du film, on met un « coup de foudre » en début de titre, dans la limite du nombre de lieux où ledit coup de foudre peut avoir lieu, comme ça Madame Michu comprend et n’a pas l’impression de prendre de risque en se payant son ticket à 10 euros) (c’est que, à 100 millions de dollars de budget, faudrait pas perdre du public en faisant dans le titre abscons et/ou intello), un film qu’elle a tourné en 1998 sous la direction de Roger Michell et sur un scénar’ de Richard Curtis (Four Weddings and A Funeral, Bean), sa comédie romantique ultime, qui sera son plus gros succès du genre au box-office pour un premier rôle. Son dernier premier rôle dans un film de ce genre, aussi, si l’on exclut le demi-succès America’s Sweethearts en 2001.

 

Notting Hill et Erin Brockovich marquent ainsi le sommet de la carrière de Julia Roberts au cinéma. La décennie suivante sera marquée par une pause professionnelle, des premiers rôles plus discrets (Le Mexicain), des succès plus modestes (Charlie Wilson’s War, Charlotte’s Web), des seconds rôles (Full Frontal, Ocean’s Eleven) et même une déception commerciale pour le film qui lui valut le plus gros cachet de sa carrière (Mona Lisa Smile)… Bref, Notting Hill, c’est un peu la dernière fois de sa carrière que Julia Roberts est effectivement la plus grande star du monde. Une aura qui peine pourtant à se dissiper, même quinze ans après.

Ironiquement, Julia y incarne Anna Scott, la plus grande star d’Hollywood, qui rencontre par hasard William Thacker, un timide libraire divorcé, et s’en entiche. A l’époque de sa sortie, on avait beaucoup parlé du contraste saisissant entre la vie d’un commerçant lambda et celle d’une superstar, supposé faire le sel du film. Si ces deux « univers » opposés perturbent régulièrement la romance durant le film, le fait est qu’on voit surtout Anna la star redécouvrir avec plaisir la joie de vivre une vie normale, on ne voit guère William se confronter à la vie quotidienne des célébrités. La confrontation survient une ou deux fois (au Ritz, sur un plateau de tournage, au Savoy), mais rien de bien concret. Tout juste voit-on le charmant Hugh Grant aborder avec un soupçon de maladresse l’exercice du tapis rouge d’avant-première dans les derniers instants du film. Ce sont pourtant ces scènes (Hugh humilié par un acteur qui le prend pour le room service – Alec Baldwin non crédité – ou Hugh qui se fait jeter à l’entrée du tournage par le gars de la sécurité) qui révèlent le mieux l’incompatibilité probable, au quotidien, entre un anonyme qui circule à peu près librement et une vedette qui circule uniquement en territoire sous contrôle. Bien plus intéressant, au demeurant, que de voir que la star de ciné passe un bon moment quand elle assiste à un dîner où elle est traitée comme une personne normale par des gens normaux.

Vu des 90’s, que ce film se fasse le chantre des valeurs de la vie normale, des vrais amis et d’un quotidien tranquille loin des paparazzi, c’est assez normal. Vu de 2013, c’est déjà un peu plus curieux. De nos jours, un spectateur s’attendrait plutôt à voir William se confronter aux conséquences d’une célébrité dont il n’est pas responsable et dont il « bénéficie » en tant que pièce rapportée essentiellement. Notting Hill ne traite que partiellement ce sujet, et il m’apparaît aujourd’hui comme étant potentiellement le plus intéressant dans tout le pitch. C’est presque à regretter qu’il n’y ait pas eu de suite se concentrant sur ce que devient la vie de William Thacker face aux obligations d’une femme sur laquelle les studios misent des millions de dollars tous les ans…

notting hill hugh grant julia roberts

Je ne désespère pas de voir une grande comédie romantique populaire capable d’aborder ce sujet un jour, toutefois, dans la mesure où notre époque s’y prête, et surtout parce que les exemples ne manquent pas : sans aller les mettre sur un pied d’égalité avec les femmes de footballeurs ou les ex-candidats de Secret Story, les « maris de » et « femmes de » sont assez nombreux dans le showbiz, et ne sont pas forcément d’inconnus libraires, et pourtant, ils vivent à la fois dans l’ombre et éclaboussés d’une célébrité dont ils ne sont guère les artisans. Scénaristes, techniciens, chef opérateurs… combien sont des professionnels du cinéma, pas stars pour un sou, qui épousent ou vivent avec un acteur ou une actrice célèbre ? Connais-tu seulement le nom du conjoint de Julia Roberts ? Celui de Kate Winslet ?  Ou le nom de la copine de George Clooney ?

Les couples de stars à la Brangelina, c’est en fait l’exception matrimoniale à Hollywood, et bien des hommes et des femmes sont condamnés à être « Madame Clooney » ou « Monsieur Madonna », parce pas célèbres du tout, ou simplement pas aussi célèbres que leur conjoint (généralement dans un job ou une position qui ne leur donnait tout simplement pas vocation à l’être). Une vraie question, à mon sens, qui mériterait d’être étudiée, que ce soit par un essai ou par une fiction : qu’a été la vie de William Thacker après Notting Hill ? Qu’a été la vie de Guy Richie pendant ses huit ans de mariage avec Madonna ? Qu’est la vie publique de Don Gummer, le mari de Meryl Streep ?

Parce qu’il est question ici de vie publique, d’égo, de célébrité non recherchée et/ou non méritée, on soulèverait l’une des énigmes de la pop culture : qu’est-ce qui nous fascine tant dans la célébrité, au point d’imaginer que vivre auprès de célébrités, même sans être célèbre soi-même, est nécessairement génial ? Les questions de fierté et de genre (virilité publique de Guy Richie perturbée par son statut de « Monsieur Madonna », volonté de Kevin Federline de faire « chanteur » pour s’espérer aussi important que sa femme, comment exister artistiquement quand on est le mari chanteur de Mariah Carey…) ne manqueraient pas non plus. Remarque, étant moi-même marié avec Cathy Guetta doté du charmant surnom de « Madame la sous-préfète » lors de mes sorties mondaines en compagnie de l’Homme (qui, contrairement à moi, ne peut pas marcher deux mètres dans une boîte de nuit sans devoir dire bonjour à trois personnes, pendant que bien évidemment je fais la potiche à l’arrière-plan), je peux dire que quand on évolue dans un milieu qui n’est pas le nôtre et dans lequel on n’investit ni temps ni fierté, on s’en fiche un peu de ne pas voler la vedette à qui que ce soit.

Avec un peu de recul, Notting Hill est un film assez plat, organisé en quatre temps : ils se rencontrent et se plaisent, ils se revoient et ça ne marche pas, ils se revoient encore et ça vire à la cata, et enfin ils se revoient encore et décident d’essayer en dépit de leur bilan de couple tout pourri. Le film est surtout sauvé de la niaiserie par les dialogues de Richard Curtis et par quelques seconds rôles à la fois drôles et touchants (Rhys Ifans, Emma Chambers et… Hugh Bonneville, à mille lieues de Downtown Abbey) (merci la caution de l’humour british). Mais c’est vraiment, pas de doute, un film de 1999, cette époque dont on se souvient un peu mais qui semble s’être déroulée des années et des années avant Loft Story, le 11 septembre, ma première adresse e-mail, ou les adaptations ciné d’Harry Potter… Il contient pourtant un certain nombre de jolis moments et de petites allusions à un star system déjà transformé en grand cirque, auquel le personnage principal ne comprend rien, comme en atteste son incapacité à préjuger du fait qu’une gamine de douze ans (jouée par la méconnaissable Mischa Barton) ait déjà tourné plusieurs films, ou son ignorance manifeste de la vie amoureuse officielle de la star qu’il adule, infoutu de faire du stalking dans Voici ou simplement de googler le nom de la meuf. Une naïveté qui, en 2013, nous paraîtrait encore plus désuète et anachronique. C’était beau, c’était pur, c’était la préhistoire. Quand une star pouvait te faire baver de désir, mais pas forcément baver d’envie de prendre sa place.

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