Very Bad Trip 3, la conclusion qui a oublié d’être drôle

the hangover part 3

Cela faisait quelques semaines qu’on voyait la bande-annonce tourner dans les salles la bande-annonce vaguement cryptique, sur fond de piano de Kanye West, à connotation épique et culte, gorgée d’autosatisfaction et de conscience, chez Todd Philipps et ses copains, d’avoir durablement impacté la pop culture mondiale avec leurs sombres daubes réchauffées sur un groupe de « potes de circonstances » dramatiquement malchanceux à chaque fois qu’ils font un enterrement de vie de de garçon.

 

 

C’est peu dire que je n’ai jamais été un grand fan de la saga Very Bad Trip, une resucée vaguement trash de Very Bad Things, comédie noire du milieu des années 90 avec Christian Slater et Jon Favreau (oui oui, le même qui réalise les Iron Man 1 et 2) (what a small world), qui fut l’un des premiers gentils flops de la carrière alors florissante de Cameron Diaz. Bien moins noire et audacieuse, dans sa tonalité générale, la comédie de Todd Phillips est en fait assez conformiste, dans le genre de la comédie d’action : groupe hétéroclite de mecs pas forcément faits pour être potes, ode à l’amitié face à l’adversité, jolis mariages dans de belles villas familiales, confrontation entre des gars vaguement embourgeoisés et des milieux socio-culturels différents… L’intrigue ne révolutionne pas vraiment la sauce du buddy movie. Mais quand c’est assaisonné d’un plan de deux secondes sur une bite, d’un ou deux gags crades genre scato ou tête dans le cul d’un éléphant, et d’une prostituée transexuelle, ça passe pour le comble du trash et de la subversion. En ce qui me concerne, j’y vois essentiellement un héritage d’American Pie pour trentenaires frustrés, mais bon. Oh tiens un nichon ! Oh tiens le héros s’est accidentellement fait sodomiser quand il était bourré ! Trop PTDR.

 

 

very bad trip the hingover part 3

 

 

Cela n’a pas empêché The Hangover de rafler le Golden Globe du meilleur film (catégorie comédie) en 2010, certes face à une concurrence un peu faiblarde cette année-là (quoiqu’une récompense pour 500 Days of Summer, dont je ne suis pourtant pas un grand fan, ne m’aurait pas semblé inconvenante), mais rejoignant surtout au palmarès des films comme Tootsie, My Fair Lady, Moulin Rouge!, Chicago ou The Sound of Music. Bonjour l’incruste. Non pas que les Golden Globes aient toujours eu un pif d’enfer pour flairer le film de genre qui passera à la postérité (Green Card soufflant le Golden Globe à Pretty Woman en 1991, Mrs Doubtfire doublant Sleepless in Seattle en 1994, le pachydermique Dreamgirls préféré à Little Miss Sunshine en 2007), mais bon, ce n’est pas parce qu’on ne veut pas passer pour l’antichambre des oscars qu’il faut primer le premier succès potache qui passe. Bientôt un Golden Globe du meilleur réalisateur pour Michaël Youn, pendant qu’on y est ? Mais bon, cette année-là, The Hangover a battu des records au box-office estival, le genre de performance qu’il convient d’homologuer, même si cela peut donner lieu à quelques levers de sourcils.

 

Lorsqu’ils ont sorti le deuxième volet, il y avait un peu de redite, mais pourquoi changer une recette qui gagne ? Donc, après Las Vegas dans le premier film, on suivait l’enterrement de vie de garçon d’un deuxième membre du « groupe » (et surtout ses conséquences), cette fois-ci en Thaïlande, avec tout ce que cela peut supposer de clichés : prostitution, pauvreté, tatouage improvisé, singe apprivoisé, opium, un doigt coupé « par accident » dans un petit jeu au couteau… Toujours un peu de trash et de cul, mais déjà la récurrence de deux running gags un peu racistes : le nabab asiatique qui jure comme un charretier et joue les gros durs malgré son 1m52 de hauteur et sa voix de pucelle, et le gros beau-frère (Zach Galifianakis, qui devra le reste de sa carrière à cette saga) vaguement déficient mental  (dont The Hangover 2 tentera de nous expliquer la psychologie en le mettant brièvement en scène dans la peau d’un gamin de douze ans), qui font absolument tout et n’importe quoi et semblent n’avoir aucun filtre social. Une source de gag un peu facile, et lassante à la longue (d’autant plus que c’est exactement le genre d’humour que je n’apprécie pas sur la longueur : celui basé sur le seul fait qu’un personnage est stupide et agit / parle en dépit du bon sens ; ça va bien deux minutes, au bout de trois films on commence à avoir compris que le mec est neuneu, on peut passer à autre chose s’il vous plaît ?).

 

very bad trip 3

 

 

Et c’est là où le bât blesse dans Very Bad Trip 3 / The Hangover, Part 3 : le film ne se base plus que sur les deux personnages d’Alan et de Leslie Chow pour tenter (assez péniblement) de nous arracher un sourire. Et en 1h40, à part une malheureuse girafe et un gag à base de bouffe pour chiens, rien ne m’aura provoqué ne serait-ce qu’un rictus. Je crois que, faute d’assumer un troisième enterrement de vie de garçon de suite (de peur, probablement, qu’on finisse par connecter deux neurones et se rendre compte qu’on nous a servi trois fois le même film en quatre ans), Todd Phillips a essayé de proposer une intrigue de départ un peu différente. Le souci, c’est que le film porte alors bien mal son titre, vu que les personnages ne font pas de « hangover » (gueule de bois, hein, si tu n’avais toujours pas pris la peine de te renseigner sur ce point). Or, c’était peut-être le charme principal des deux premiers films : les trois héros, raide torchés, se réveillent sans souvenir de leur cuite de la veille, ayant ingéré une puissante drogue « à leur insu », et doivent enquêter sur un élément disparu (généralement, l’un d’eux) tout en faisant face aux conséquences de ce qu’ils ont fait la veille (tatouage sur le visage, tigre enfermé dans la salle de bain, bébé planqué dans le placard sans même qu’ils sachent comment il est arrivé là, strip-teaseuse épousée par « inadvertance »…). Un terreau assez fertile et imprévisible, dont Very Bad Trip 3 se prive bêtement en enfermant ses héros dans une chasse à l’homme hyper-rationnelle.

 

 

Tout cela pour, non-sens total, achever ce troisième film par un troisième mariage (recyclant au passage celle qui, dans Bridesmaids, avait été estampillée « Zach Galifianakis au féminin », Melissa McCarthy) (MAIS QUEL CLIN D’ŒIL D’UNE FOLLE SUBTILITAY !), et une troisième « gueule de bois ». Very Bad Trip 3 se termine, outre de manière pas du tout crédible (des prothèses mammaires posées et cicatrisées en moins de 12 heures ? Seriously ?), pile au moment où le film aurait pu commencer à redevenir intéressant. Une manière complètement ratée de boucler une franchise pas aussi originale qu’on a bien voulu le croire, mais qui aurait bien mérité, vu son immense aura internationale, une fin sympa et ingénieuse.

2 réflexions au sujet de « Very Bad Trip 3, la conclusion qui a oublié d’être drôle »

  1. Je te trouve un peu sévère avec le premier, qui s’était certes très largement inspiré des bud movies qui l’ont précédé (dont les American Pie dont je resterai toujours friand, va savoir pourquoi), mais qui avait au moins le mérite de faire rire sans tomber dans la surenchère inutile des deux suivants ni leur vulgarité crasse (spéciale casse-dédi au 2ème notamment).

    Par contre sur le dernier rien à redire, c’était abominable, et accessoirement pas drôle du tout (un peu con pour une « comédie », n’est-ce-pas)

    Le plus fou dans cette histoire, c’est que j’ai beaucoup plus ri devant le dernier Star Trek…

    1. Le premier n’était pas une sombre daube non plus, hein, mais c’est le genre de film « facile », qui sent les ingrédients réchauffés et les personnages archétypaux à dix kilomètres, pour lequel je n’ai pas de sympathie spontanée.

      J’avais passé un assez bon moment mais c’est un peu comme pour « Bienvenue chez les ch’tis » : certes c’est sympa mais faudrait peut-être se calmer deux minutes avant que ça ne devienne overrated, non ? Trop de bruit, trop de succès autour d’un seul film, qui n’était pourtant pas franchement innovant, ça m’a vite gonflé. Mais le premier se laisse regarder, oui. 🙂

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