Cory Monteith, vision brouillée

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Depuis dimanche matin, tout le web y est allé de sa reprise, au compte-goutte, des infos concernant Cory Monteith. L’un des rôles principaux de l’une des séries têtes de gondole des comédies musicales US de ces dernières années, qui meurt soudainement, à 31 ans, c’est trop tentant de se joindre aux centaines de milliers de tweets et de commentaires attristés. Éplorés, même, tant la communauté des #Gleeks est mobilisée en ligne depuis 2009, faisant écho bien au-delà des seuls forums de fans. Le web social a ceci de joli qu’il permet de se réunir rapidement autour d’une cause, d’une peine, d’un mouvement spontané de sympathie ou de soutien. Les hashtags #PrayForLea et #StayStrongLea ont fleuri sur Twitter en quelques instants, et ont trusté les trendings topics mondiaux pendant des heures. Soudain, nous avons tous regardé avec tristesse ce jeune homme, que nous assimilions tellement à son rôle de quaterback pas dégourdi, et qui ne partagera plus l’écran, ni le micro, avec personne. De la chair à pleurs virtuels.

 

Un drame dont je ne minimise pas l’horreur. Pas tant pour les Gleeks que pour ses proches, qui doivent morfler, cette semaine, d’essayer de digérer la disparition de quelqu’un qu’ils ont, très probablement, tenté de sauver maintes fois par le passé. Mais pas notre drame, quoi qu’on en dise. Encore quelques heures, et nous aurons tout oublié. Rien que depuis qu’on sait qu’il est mort d’un cocktail héroïne-alcool, la ferveur s’est calmée. Ou la curiosité malsaine. Encore quelques semaines, et nous serons surtout préoccupés par la manière dont Glee gèrera la disparition d’un de ses acteurs principaux, dont le personnage est un peu le « Ross » de sa Rachel. Encore quelques mois, et après avoir analysé, commenté et critiqué la manière dont la série aura géré cela à l’écran, nous passerons tous à autre chose. Quelques mois de plus, et le dernier film qu’il a tourné axera probablement sa promotion sur la présence de Cory Monteith au générique, fera 10 000 entrées de plus que ce qu’il aurait fait de son vivant, et notre soif de mort sera étanchée pour de bon. Concernant ce garçon, du moins. C’est épatant de voir à quel point le web offre matière à sur-réaction quand il s’agit de deuil. Parmi les (probablement désormais) centaines de millions de tweets, statuts Facebook, relais Tumblr, partages d’articles, visionnages intempestifs de « Don’t Stop Believing » ou « Can’t Fight This Feeling », combien de véritables téléspectateurs de la série ? Combien de véritables fans de Cory Monteith ? Ou même de Finn Hudson ? Moi-même, c’est à peine si je rentre dans l’une de ces catégories.

Le fait est que, depuis un bon moment maintenant, je suis Glee avec un intérêt modéré, mollement stimulé par quelques performances musicales intéressantes, les souvenirs de deux premières saisons plutôt réussies, et franchement agacé par les incohérences et le manque général de respect des scénaristes pour certains personnages. Une coach de pom-pom girls qui paye un avion publicitaire pour faire défiler une banderolle indiquant que l’un de ses élèves, gay, est passif lors de ses relations sexuelles ? Aucun problème, la prod’ de Glee trouve ça très crédible et très drôle. Un personnage (Sugar Motta) introduit à la va-vite et qui chante tellement faux qu’elle a besoin d’avoir sa propre chorale subventionnée par son riche papa ? Pas de problème, on dissout sa chorale au bout de deux  épisodes et on l’intègre au Glee Club, alors que chaque rentrée est prétexte à la sélection de nouveaux membre SUR LEURS CAPACITÉS VOCALES. Le père de Kurt a un cancer ? Aucun souci, on balance cette info au téléspectateur puis on n’en reparle plus de la saison…

Parmi les personnages de la série, Finn faisait partie des mieux traités, désigné « héros » de la série, non pas parce qu’il était central dans les intrigues mais surtout parce qu’il était le love interest de la seule membre du Glee Club qui semblait intéresser les scénaristes. Alors franchement, sa cote de popularité, en tant que personnage ou en tant qu’acteur, n’était pas exactement la plus élevée du casting.

sadly no one cared

 Mais avec la mort, les haters disparaissent, les vannes et les moqueries aussi. L’attachement, typique des séries, à un visage qu’on avait pris l’habitude de voir toutes les semaines. L’impression de le connaître un peu. La mémoire sélective, comme si on avait vraiment cru un jour que Cory Monteith deviendrait le nouveau George Clooney après la fin de Glee (par définition, de toute façon, on ne saura jamais – mais qui pensait sincèrement que sur les deux ou trois acteurs de la série qui perceront dans leurs carrières solo au-delà de 2015, le gentil goofy canadien en serait ?). C’est comme ça, le web social nous regarde, il y a un devoir de tristesse, ou a minima un devoir de réserve, à observer face à un décès brutal, jeune, inattendu. On pleure le talent, la jeunesse, le destin brisé, même si on n’a guère contribué à rendre ce destin formidable. Comme pour Frank Geney, cet acteur décédé hier à 34 ans, qui n’aura probablement jamais vu son nom buzzer autant de son vivant : en dehors de quelques tweets de vannes sur Le Groupe ou sur les pubs McDo, qui connaissait son nom, qui s’intéressait à ce qu’il devenait, qui avait une véritable et sincère bienveillance pour ce garçon sur le web, jusqu’à ce matin ? Ni moi ni un autre, hein, je ne donne pas de leçon, je constate seulement que, brouillée par une tristesse de circonstance (que je ne saurais avoir la prétention de partager avec sa fiancée, sa famille ou ses amis l’ayant vraiment connu et aimé), notre vision ne semble plus, depuis dimanche, vouloir nous transmettre une information dont nous étions pourtant tout à fait conscients jusqu’à samedi soir : on s’en foutait, de Cory Monteith.

4 réflexions au sujet de « Cory Monteith, vision brouillée »

  1. Moi la mort de Franck Genet m’a fait plus de peine (si si, promis j’avais suivi Le Groupe).
    Maintenant Cory est mort victime de ses démons, c’est triste, c’est clair. Mais ce n’est pas comme si Glee était un monument en matière de TV. Là ou tu as raison, c’est qu’il est clair que peu de la série perceront à la fin du show.

    1. Glee n’est peut-être pas un monument de télévision, mais son impact culturel est en fait assez énorme. Le problème, c’est que cela tient plus au concept qu’aux acteurs, et de moins en moins aux personnages ou à l’histoire.

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