Marc Cherry se rate avec Devious Maids

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Évidemment, tous les ingrédients n’étaient pas vraiment réunis pour le succès : Marc Cherry, essentiellement connu pour avoir créé Desperate Housewives, une série qui s’est terminée péniblement, à bout de souffle, il y a plus d’un an ; Eva Longoria à la production d’une série centrée sur la communauté latino où, bizarrement, elle refuse d’apparaître elle-même ; un pitch suffisamment similaire à la première saison de Desperate Housewives (quatre copines aux personnalités différentes, le mystère autour de la mort d’une cinquième comme fil conducteur de la saison) pour faire craindre une resucée ; et bien évidemment, ce rejet de la série par ABC, à qui Marc Cherry la destinait au départ, pour échouer sur Lifetime, la chaîne des mémères diffusant les très mous The Client List et Army Wives (… et qui diffusait les épisodes de Desperate Housewives en syndication)… Bref, tout cela sentait un peu la régression générale pour Marc Cherry. Mais on s’est accrochés, on a essayé. Dans le pire des cas, retrouver les sensations tranquilles d’une saison mollassonne de Desperate Housewives ne pouvait pas être si terrible que cela, non ?

 

Sauf que c’est moins bien qu’une saison mollassonne de Desperate Housewives. L’idée de départ est pourtant loin d’être mauvaise : une mort violente (en l’occurrence, un meurtre, et non un suicide) et un groupe d’amies qui, en plus de gérer leurs problèmes personnels, vont peu à peu se mettre à chercher à le résoudre. Sauf qu’au lieu d’être des femmes au foyer qui s’emmerdent dans leur banlieue chic face à des maris blasés et des gamins odieux, elles sont femmes de ménage chez des gens riches à Beverly Hills. L’enquête officieuse des héroïnes est le fil rouge de la saison, mais chacune d’elle a ses propres chats à fouetter : une première enquête sur le meurtre pour des raisons personnelles et se charge d’explorer le « milieu » pour le téléspectateur, une deuxième essaye de faire venir son fils du Mexique tout en s’efforçant de satisfaire une patronne évidemment narcissique, la troisième essaye de protéger sa fille d’une désillusion amoureuse et sociale, et la quatrième n’accepte de faire la bonniche chez une star de la chanson que dans l’espoir de percer elle-même dans le showbiz.

 

 

Elles sont toutes assez archétypales, de la sexy Roselyn Sánchez (40 ans, superbe femme, comme par hasard chanteuse aussi dans la vraie vie) qui avait fait un caméo dans le final de Desperate Housewives, à la renfrognée et soucieuse maman Judy Reyes (qui semble bien loin de la jeune infirmière qui fit sa gloire dans Scrubs), en passant par la larmoyante Dania Ramirez. On n’a donc pas de raison de les confondre, même si elles sont toutes des latino-américaines autour de la quarantaine et qu’on sent certains rôles comme un peu interchangeables. Mais le problème est ailleurs : pour l’instant, au bout de deux épisodes, on se fout un peu de ce qui leur arrive, et pour tout dire on n’a même pas retenu les noms de leurs personnages.

 

 

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La faute à des enjeux narratifs pour le moment très plats et franchement déjà vus (la petite bonne amoureuse de son employeur en dépit des barrières sociales, l’actrice gâtée et égoïste qui refuse une micro-faveur à la nounou pour ne pas louper sa séance de spa, la « deuxième épouse » qui essaye de s’imposer en nouvelle maîtresse de maison, les blagues usées jusqu’à la trame sur les domestiques qui piquent l’argenterie… Au secours, en somme). Et puis, surtout, au-delà du manque d’originalité des intrigues et de la caractérisation des personnages, un gros problème, plus grave : le manque de charisme et d’alchimie de l’ensemble.

Là où la série avait clairement l’opportunité de prendre le meilleur de Desperate Housewives (les dialogues ciselés, les répliques cinglantes et les scènes de nervous breakdown hautes en couleurs dans un milieu social très codé et très policé) tout en s’en démarquant par l’exploration d’un univers nouveau et riche (Beverly Hills, la grande ville plutôt que la banlieue engoncée, le fric facile et les putes plutôt que les maisons de Madâme, le showbiz et ses succès immérités, les relations entre les riches et leurs bonnes…), elle prend en fait le pire : sous-intrigues dont on se fout (Carmen et son collègue-soupirant), blagues qui tombent à plat (le monologue « ghetto » complètement ridicule et pas drôle d’Ana Ortiz quand elle fout l’ex-femme de son employeur dehors pendant un dîner), impression de regarder quatre séries différentes dont on ne voit pas trop comment elles vont finir par se télescoper dans le fil rouge de la saison (en gros, à part quand elles déjeunent ensemble au parc, elles pourraient tout aussi bien ne pas se connaître)… Pas un équivalent, en termes d’humour, d’Edie Britt, de Renee Perry ou même de Gabrielle Solis, pour sortir des horreurs à la face des personnages « gentils ». Et bah ça manque. Et tout ça, ça commence à faire beaucoup de lacunes.

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N’osant pas assez les clins d’œil, les sous-entendus grivois ou même les grosses vacheries bien méchantes qu’on pourrait facilement mettre dans la bouche des personnages « riches », Devious Maids passe pour le moment complètement à côté de sa cible pourtant avouée : les gens qui aimaient bien Desperate Housewives, Ugly Betty et toutes ces séries un peu féminines, sérieuses, drôles et futiles à la fois, qui assumaient à fond leur côté soap/telenovelas tout en déployant un humour camp et cassant. Au lieu de cela, on s’ennuie poliment, et tout ce qui est prétexte à des manipulations et coups dans le dos de la part des bonnes ou de leurs employeurs manque, en ce début de saison 1, cruellement de piquant.

La promesse de Desperate Housewives, en 2005, avait ceci d’original qu’elle consistait à déceler derrière les façades policées les petits secrets tordus et honteux que les apparences s’efforcent de cacher. Devious Maids semble simplement vouloir nous révéler que les domestiques en voient des vertes et des pas mûres chez les riches, entre mépris de classe et harcèlement sexuel plus ou moins avoué. Super, meuf, mais on est en 2013, alors à moins que les bonnes ne deviennent franchement plus énergiques et que les patrons ne deviennent odieusement méprisants / cassants / racistes / égoïstes / bitchy à s’en taper le cul par terre, ça va faire un peu léger pour se motiver à se fader une saison entière…

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