Lolilol Academy

monsters university

On n’a pas pu s’empêcher, en France, de traduire le titre de manière foireuse, comme d’hab’. Évidemment, pourquoi se priver de caler un « Academy » dans un titre pour qu’on comprenne bien que ça parle d’études ET que c’est américain ? C’est qu’on en a eu, depuis la Star Ac’, du titre de film mal traduit de cette manière pour attirer le djeunz’ : String Academy, Rock Academy, Basket Academy, Sex Academy, Kung-Fu Academy… Pour plus d’exemples de la risible habitude française de traduire dans un anglais de cour d’école des titres anglais généralement très corrects, se reporter au très bon Tumblr Pardon My Titres, tenu par Virgoblog. En tout cas, Monsters University n’échappe pas à l’usage, et a même fait des mécontents, du coup.

 

Donc, dans Monstres Academy, on est dans le cadre habituel des films en Academy : un parcours initiatique sur fond de comédie. Celui de Bob/Mike et Sulli, les deux gentils monstres de Monsters Inc. (Monstres & Cie, déjà une traduction de titre un peu moins grotesque). On les découvre donc quelques années avant le film sorti en 2001 (eh oui, avant Nemo), alors qu’ils sont de jeunes monstres aspirants « terreurs d’élite », c’est-à-dire faisant leurs études pour devenir les monstres chargés de produire de l’énergie grâce aux cris d’effrois des petits enfants humains, sous les lits desquels ils se cachent la nuit… Et c’est aussi, bien évidemment, l’histoire de la manière dont ils se sont rencontrés et sont devenus amis (ce qui ne se fait pas de manière simple, et surtout pas en cinq minutes, hein, sinon les scénaristes n’auraient pas réussi à pondre 1h40 de film).

 

 

 

L’exercice du prequel est assez délicat, en cinéma. Déjà parce qu’il est généralement scruté avec un œil intransigeant par les fans du film de départ, qui ne laissent passer aucune erreur, aucune incohérence par rapport à ce que le film originel leur a appris des héros et de leur histoire, ou même par rapport au passé qu’ils leur avaient imaginé. A ce petit jeu, Monstres Academy évite une bonne partie des écueils, même si mes souvenirs de Monstres & Cie ne sont plus aussi frais qu’il y a quelques années. Ce qui est sûr, c’est que le prequel m’a donné envie de revoir le film original, ce qui, en un sens, est peut-être le meilleur signe de réussite.

 

 

monsters university car scene

 

 

Pour ce qui est du contenu, toutefois, j’ai quelques réserves à émettre. Tout d’abord, là où Pixar se montre généralement impérial (créer un petit bijou narratif porteur d’une leçon universelle et, généralement, assez surprenante par sa profondeur, sa tournure morale ou sa charge émotionnelle), Monstres Academy échoue assez lamentablement à provoquer la décharge d’émotion et d’empathie d’un Wall-E, d’un Up! ou d’un Toy Story. C’est le syndrome habituel de la comparaison inconsciente : Pixar nous a servi trop de caviar, maintenant on se montre intraitables quand ils nous servent des rillettes de thon, si délicieuses soient-elles. L’autre point noir, hélas assez inhérent au principe de prequel, mais beaucoup moins digeste dans Monstres Academy que dans, par exemple, une saga de films d’horreur : le héros n’a pas encore acquis la leçon fondamentale que lui a enseignée l’histoire « originale ». Souvent assez pessimistes sur la nature humaine, les films d’horreur ou d’action condamnent leurs protagonistes à ne pas tirer les leçons de leurs mésaventures, et à sans cesse revivre l’expérience de la noirceur de l’âme humaine, de la corruption, de la haine, etc. Des constats pessimistes qui se prêtent bien au format « horreur » : ne pas retenir les leçons et les erreurs d’une histoire, c’est se condamner à les répéter, que ce soit dans Freddy 14, dans Massacre à la Tronçonneuse 15 ans avant, ou dans Prometheus. En revanche, dans le cadre d’une fable universelle à forte dominante enfantine, on s’y retrouve un peu moins : voir les héros de Monstres Academy se casser la tête pour devenir des prédateurs flippants, alors que Monstres & Cie s’achevait plutôt sur l’idée qu’une source d’énergie plus positive que la peur (le rire) était possible, rend l’adhésion à la quête de Bob/Mike Wazowski un peu plus compliquée. Lui inventer une amitié avec Randy Boggs, complètement absente de Monstres & Cie, est un autre souci, mais à la limite, on peut passer, vu que l’aspect « reptilien » du vilain antagoniste violet semble de nature à l’intimider dès les premiers instants.

 

 

Reste l’humour. Pas aussi génial que certains films Pixar sur ce plan-là, Monstres Academy reste un très honnête divertissement, où l’on se surprend parfois à glousser, sans réel temps mort (même s’il semble durer un peu plus longtemps qu’1h40). La psychologie de Mike/Bob, la petite bulle verte à un oeil, est très bien explorée et contrebalance bien Monstres & Cie, qui faisait plutôt la part belle à Sulli et à Boo, mais la plupart du temps, il faut bien avouer qu’on a l’impression d’assister à un simple défilé d’épreuves colorées et rigolotes, qui rendront très bien dans le jeu vidéo et autres produits dérivés. Comme tout filon exploitant un succès déjà existant (suites, prequels, parcs d’attractions, séries TV, etc.), on sent bien que les motivations pour créer Monstres Academy ont été plus commerciales que véritablement artistiques. On s’amuse mais on n’a pas encore trouvé la profondeur, le sens d’une gigantesque fable comme Toy Story, étirée avec finesse et sensibilité sur trois films. Peut-être une chance de se refaire dans un troisième opus ?

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