Addiction de l’été : Tatiana Maslany

tatiana maslany

Il y a des séries qu’on se met à aimer comme ça, très vite, en à peine deux épisodes on est accro. Je préviens tout de suite : pour les prochains Emmy Awards et Golden Globes en catégorie série dramatique, Claire Danes peut d’ores et déjà aller se rhabiller, après deux années confortables en position de favorite grâce à Carrie Mathison la givrée. L’outsider de l’année, dont l’absence de nomination serait franchement mal comprise de pas mal de gens, est une canadienne qui, en plus d’avoir mis le grappin sur Tom Cullen, a livré la meilleure performance de l’année sur l’ensemble de la première saison de Orphan Black : Tatiana Maslany (mon pronostic pour les nominations des Emmy cette année dans la catégorie Drama, pour les actrices : Claire Danes, Vera Farmiga, Keri Russell, Julianna Margulies, et donc Maslany). Rien que parce qu’il faut se faire un avis sur sa prestation et parce que tu dois absolument connaître son nom dans les prochains mois, la saison 1 de Orphan Black (10 petits épisodes, pas cher, pas long !) est un must pour ce début d’été 2013.

Tiens, pour preuve : j’ai bouffé la saison 1 en moins de 48 heures, passée prioritaire devant un épisode tout frais de la (pour l’instant) très molle saison 6 de True Blood. Orphan Black, qu’est-ce que c’est ? Une série fantastique canadienne, co-produite et diffusée par BBC America. Canada + BBC = pas les moyens, ni l’ambiance, ni la pudibonderie habituelles des séries US. Non pas qu’on voit des fesses et des nichons partout, mais si c’est utile à l’intrigue, le montage ne fera pas une ellipse hypocrite. Et on bénéficie d’une image moins léchée, moins artificielle aussi, et d’acteurs qui ont de la gueule sans pour autant apparaître dans la pub L’Oréal au milieu de l’épisode.

 

Le pitch : Sarah Manning, une arnaqueuse / voleuse à la petite semaine, revient après avoir disparu pendant un an, dans une ville que l’on suppose être Toronto, avec l’espoir de récupérer sa fille. Elle vient de voler 10 000 dollars de cocaïne à son petit ami et pense s’en faire un petit pécule de départ pour se barrer et refaire sa vie avec son enfant. Sur un quai de gare, elle tombe nez à nez avec une fille qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau et qui, avant même qu’elle n’ait eu le temps de lui adresser la parole, se jette sous un train. Ne perdant pas le nord, Sarah voit immédiatement l’opportunité de s’enfuir avec le sac à main de la suicidée : une chance de lui voler le contenu de son portefeuille et, si son apparence le lui permet bien, de lui vider ses comptes en banque en deux-deux. Orpheline de naissance, Sarah ne semble pas se demander qui pouvait être la suicidée : sœur jumelle séparée d’elle à la naissance ? simple sosie présent là par coïncidence ?… Le fait est que rien ne va se dérouler comme prévu, et que Sarah va aller de surprise en surprise.

 

L’idée de gémellité, de double, de doppelgänger, n’a pas grand-chose de nouveau dans l’univers des séries. La série Ringer, à l’existence fort brève, avait même un pitch de départ assez similaire à celui de Orphan Black : une femme qui profite de la mort inopinée de sa jumelle pour lui emprunter sa vie, qu’elle imagine plus simple et plus confortable. Mais cela s’arrête là, et Orphan Black, à la fois avec le vrai sérieux d’une série SF « à concept » (Lost, Revolution) et la légèreté d’une série B, va s’aventurer, durant toute sa première saison, dans des terrains allant du fantastique au policier, en passant par la romance, la comédie familiale et le thriller psychologique. Et, au fur et à mesure des épisodes, révélations et nouvelles pistes et théories vont s’enchaîner, à un rythme un peu over the top mais particulièrement agréable, pour balader le spectateur dans une réflexion quasi-empirique sur les questions de bioéthique.

 

 

ORPHAN BLACK

 

C’est beaucoup d’ambitions, bien sûr, que de positionner la série comme une série de « réflexion éthique », mais par bien des aspects, et sans renier un instant sa nature de divertissement, c’est bien ce qu’elle fait : Orphan Black repose sur un élément fantastique mais scientifiquement crédible (en tout cas considéré comme techniquement possible à notre époque), introduit dans un monde réel, et en explore les conséquences sur ce monde « normal » et ses personnages ordinaires. La vraie intelligence de la série consiste à nous laisser élaborer, en tant que téléspectateurs, nos théories et nos avis plutôt que de nous faire un exposé didactique, en se concentrant plutôt sur les aspects personnels et psychologiques de ce qu’implique le doppelgänger, en termes de construction d’identité, de place dans la société, de choix de vie. En une saison, Orphan Black a d’ores et déjà commencé à développer, autour de Sarah Manning, un véritable petit écosystème de personnages riches et uniques, tout en réussissant le tour de force d’imposer Tatiana Maslany dans quasiment chaque scène. L’interprétation de l’actrice est un vrai point fort, et les Critics’ Choice Awards viennent de lui paver le chemin vers les Golden Globes. Orphan Black vient peut-être de faire éclore une star, et surtout de réussir, sans proposer une fin de saison particulièrement épique, à nous faire languir avec désespoir dans l’attente du printemps 2014.

 

 

C’est malin, pas trop sérieux, avec une forte empathie spontanée chez le téléspectateur et des seconds/premiers rôles qui ne manquent pas d’humour. C’est clairement une des bonnes surprises parmi les nouveautés séries de 2013. Et me dire qu’il me reste neuf mois avant le début de la saison 2 me fout encore plus le seum qu’une fin de saison de Game of Thrones.

3 réflexions au sujet de « Addiction de l’été : Tatiana Maslany »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*