Tout ce qui brille – Maroc Edition

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C’est devenu un genre à part du cinéma français, un peu condescendant mais tellement dans l’air du temps : ces « petites » comédies, souvent de premiers films, qu’on a tôt fait de qualifier de « fraîches », « sympa », « la comédie du printemps », « la comédie de l’été »… Un moyen à peine caché de dire que bon, ça n’a pas été tourné avec les moyens de Transformers 5 et ça n’a pas le potentiel pour aller chercher le César du meilleur film, mais c’est mignon. A dix euros la séance, ne pas avoir de mauvaise surprise, c’est déjà pas si mal.

 

Ces films, qui voient le jour à un rythme de plus en plus appuyé pour malheureusement peu de succès (dépasser le million d’entrées n’est pas donné à toutes les comédies, contrairement à la fausse idée qui voudrait que les drames soient condamnés aux miettes et que seuls les genres « populaires » – comédie, action – tirent leur épingle du jeu), ont surtout de plus en plus souvent la même recette : un héros / une héroïne tiraillé entre deux identités, généralement entre des « racines » et une aspiration. C’est Virginie Efira tiraillée entre son naturel de fille sérieuse et son aspiration à être cool dans 20 ans d’écart. Ce sont les deux nénettes de Tout ce qui brille qui se voudraient parisiennes branchées mais ne parviennent pas à se détacher de leurs familles et de leurs adresses banlieusardes. C’est le petit héros de Neuilly-sa-mère contraint de se faire accepter en banlieue chicos et sarkozyste. Ce sont Les Kaïras qui rêvent d’ascension sociale et de sexe sans réussir à se départir de leurs codes sociaux de la cité (langage, vêtements, préjugés). Ce sont les héros de La Cage Dorée, torturés entre la fortune qui les attend au Portugal et leurs réflexes de bonniches dans lesquels ils se sentent tellement plus à l’aise à Paris. C’est Eric Judor qui se fait passer pour Mohamed Dubois afin de séduire une beurette, craignant que son background bourgeois ne le desserve…

Toujours ce même principe : le choc de deux cultures, incarné par un héros qui vient de l’une mais a choisi l’autre, et la manière dont ce héros va rééquilibrer ses deux identités, dépasser son mépris et sa condescendance de parvenu (ou aspirant-parvenu), refaire un pas vers ses origines sans renier sa deuxième identité.

 

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Ces films, ils parlent de la France d’aujourd’hui, telle qu’on l’imagine après quelques décennies de volonté d’intégration et d’ouverture mainstream aux pays voisins, aux religions non-chrétiennes, et à leurs subcultures (rap, raï, cultures méditerranéennes, élargissement de l’Union européenne). Et surtout, ils parlent de la nécessité, pour chaque Français, d’accepter que « l’identité nationale » est multiple, faite d’un peu du dedans, et d’un peu du dehors. Cela vaut pour beaucoup de parisiens que je connais, qui n’ont pas besoin d’avoir des origines marocaines pour être triturés entre deux identités : combien d’entre nous viennent d’une province qu’ils considèrent avec une condescendance polie comme bouseuse, et dans laquelle ils ne retourneraient vivre pour rien au monde ? Combien subissent les molles réprimandes de maman ou de mamie parce qu’ils n’appellent / ne viennent jamais ? Combien mangent, achètent ou écoutent des trucs dont ils n’avaient jamais entendu parler quand ils étaient au collège Emile Zola de Plouc-en-Bresse mais font comme si c’était leur seule culture ?… Ces films marchent bien, notamment à Paris, parce qu’ils parlent de ces parisiens, de trente ans ou un peu moins, qui n’appellent plus leur grand-mère et qui checkent avec satisfaction et suffisance les profils Facebook de miséreux camarades de lycée qui vivent encore dans la même ville que leurs parents et bossent au Crédit Agricole où ils ont eu leur première carte Mozaic. Je m’inclus dans ce triste lot, tu penses bien.

 

 

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Et donc, Paris à tout prix, c’est cela : cette comédie fraîche et pimpante, « petit » film d’été bien sympa qu’on ira voir avant de se faire un mojito en terrasse à 22h, qui parle d’identités et de choc des cultures. Le film est assez conforme aux standards du genre. Pas désagréable mais pas exceptionnel.

Le pitch selon Allociné : Maya, d’origine marocaine, vit à Paris depuis 20 ans. C’est une it girl de la mode. En pleine ascension, elle s’apprête à décrocher son premier CDI de styliste dans la maison de haute couture pour laquelle elle travaille. Mais un simple contrôle de police, où l’on découvre que son permis de séjour est périmé, la renvoie en moins de 24 heures directement au Maroc. Retour auprès de ce pays et cette famille qu’elle voulait oublier. Choc des cultures, choc des préjugés, Maya va tout faire pour rentrer. Vraiment tout. Quand l’avenir d’une parisienne trendy devient la galère d’une immigrée sans papier.

Ne compte pas sur Le Grand Journal pour dire du mal du film : Reem Kherici est une ex de La Bande à Fifi, et a invité la moitié de la télé française au casting. Cécile Cassel, Philippe Lacheau (de… La Bande à Fifi), Shirley Bousquet, Alex Lutz (La Revue de presse de Catherine et Liliane), Florence Foresti (dans son habituel numéro de « la pétasse »), Tarek Boudali (En Famille), François-Xavier Demaison, Salim Kechiouche, Stéphane Rousseau… Globalement que du beau monde, dont la plupart est assez identifié par le grand public pour adouber correctement la demoiselle, mais pas assez encroûté dans la case « rentiers de la comédie populaire française » pour donner un coup de vieux à l’ensemble. Dosage parfait. Au final, pas la comédie de l’année, mais une assez correcte déclinaison du genre, qui devrait sans peine propulser Reem Kherici dans la course aux César 2014 du meilleur premier film et du meilleur espoir féminin.

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